CHAPITRE DEUXIEME :>I
La Société républicaine centrale se donna pour rôle de stimuler le zèle des gouvernants, d'empêcher toute défaillance, d'exprimer les réclamations du peuple, de maintenir le Gouvernement dans la voie ouverte par la Révolution.
Jusqu'à la manifestation du 17 mars. Blanqui et son club gardèrent cette attitude. C'est la période des conseils, des critiques, des reproches encore à demi cordiaux : le club croit à l'efficacité de son rôle ; il envoie au Gouvernement des adresses et des pétitions.
Le 28 février, le jour de la manifestation faite à l'Hôtel de Ville pour obtenir la création d'un ministère du Progrès ^ La Démocratie pacifique annonçait que « Futilité du ministère du Progrès » serait discutée le soir même à la Société républicaine centrale. « Nous invitons ceux de nos amis dont l'intention est de prendre part à cette discussion, à se réunir à midi chez nous ». ajoutait-elle, montrant ainsi qu'un lien assez étroit existait entre la discussion projetée et la manifestation du 20 : la pétition présentée ce jour-là avait été rédigée par un
sept années de lutte contre la tyrannie » à se réunir le 26, à deux heures de l'après-midi, dans la salle du Tivoli d'hiver « pour se constituer en association » (Courrier français et Démocratie pacifique, 26 février). L'opposition qui exista, dans le sein du club, entre les fanatiques ardents et les hommes de talent qu'attirait l'intelligence de Blanqui, mais qui n'étaient pas, comme les premiers, dévoués corps et âme à leur chef, se révèle déjà dans ces deux réunions : la première, toute spontanée, composée des fidèles qui pèsent les chances de l'émeute, la seconde ouverte à tous et préparée par les initiés de la veille.
I. L'éditeur des Affiches rouges (p. 52) dit que De Flotte, GrafQn, Laporte du club Blanqui, Dezamy du club de la Sorbonne, Feuillàtre du club du Collège de France, Toussenel, Vidal furent les principaux promoteurs d'une adresse qui réclamait l'organisation du travail et qui, portée le I" mars à l'Hôtel de Ville, aboutit à la création de la Commission du Luxembourg. Or, tous ces noms sont des noms de membres de la Société républicaine centrale ; mais l'éditeur des Affiches rouges se trompe lorsqu'il dit que leur démarche fut faite le i" mars : c'est le 28 février qu'eut lieu la manifestation qui aboutit à faire créer la Commission du Luxembourg.
rédsicieur de La Démocratie pacifique^. Mais il semble qu'on se borna à annoncer cette discussion, sans qu'elle ait eu réellement lieu "2.
Avant de marcher à de nouvelles conquêtes, il fallait d'ailleurs fortifier le terrain conquis : il fallait rendre absolues et intangibles les libertés premières gagnées sur les barricades : liberté d'association, liberté de la presse. Le 28 février 3, la reconnaissance du droit de réunion, l'abolition des mesures qui entravaient la liberté de la presse furent l'objet de discussions animées.
L'assemblée se préoccupa d'abord de <' savoir si la loi sur les associations, qui n'a pu encore être légalement abrogée, l'était implicitement parle fait même de la victoire populaire, et si la déclaration du Gouvernement provisoire à cet égard suffisait pour rassurer complètement les esprits ^ d. Préoccupation naturelle au lendemain de la Révolution 5, et dans laquelle il ne faut pas voir un sentiment de m.éiiance contre le Gouvernement. Au contraire, le journal L'Assemblée nationale ^ déclare que, dans la discussion, a une confiance entière dans la parole et les intentions du Gouvernement s'est hautement manifestée ». Sans suspecter les intentions actuelles du Gouvernement, la Société républicaine centrale voulut cependant avoir un gage qui lui répondît de l'avenir, u Pour qu'aucune
1. Cf. Garnier-Pagès, Hist. de la Révol. de lS-^t8, t. III, p. :i8.
2. Cf. les comptes rendus de la séance du 28 (Presse et Courrier français, 29 février; Assemblée nationale, 2 mars), qui ne mentionnent point la question du ministère du Progrès.
3. Presse et Courrier français, 29 février ; Assemblée nationale, 2 mars.