‹ Les clubs de Barbès et de Blanqui en 1848Chapitre 88 sur 246 · Commune de Paris, i4 mars · texte numérisé non relu

Commune de Paris, i4 mars

des Hommes libres une adresse demaiidaiil l'éloignement des troupes de la capitale et la remise des élections à une époque plus éloignée. Le club adopta l'adresse après quelques modifications. Au contraire, le i/i^ la Société républicaine et patriotique de l'Atelier refusa d'y adhérer.

Le i3 mars, la Société républicaine centrale- adopta, sur la proposition de son président, la motion suivante : « Que tous

1. h'ational, 22 mars: Garnier-Pagès, op. cit.., t. IV, p. 60.

2. Commune de Paris et Courrier français, l'j mars, compte rendu de la séance de la veille. — Selon MM. Crémieux et Génique (La Question électorale en mars iSUS, dans La Révolution de 18^8, t. III, 1906-1907, p. 2Ô\), une pétition motivée aurait été lue. le i3 mars, au club de Blanqui par le président ; mais la séance dont ils parlent est, d'après La Commune de Paria, qui en rend compte (i5 mars), une séance de la Société démocratique centrale et non de la Société républicaine centrale. 11 est vrai que tous les orateurs de la séance nommés dans le compte rendu, les citoyens H. Bonnetier, ]'<[illière, Varé, sont des membres de la Société républicaine centrale ; il est donc possiblo que nous nous trouvions en présence d'une simple erreur d'impression de La Commune de Paris, et que le compte rendu soit en réalité celui d'une séance de la Société républicaine centrale. Dans ce cas il faudrait croire que c'est le 11, et non le 11 et le 12 comme le dit Garnier-Pagès (op. cit., t. III. p. 33-), que fut votée l'adresse présentée le 12 au soir à la Société des Droits de l'Homme ; que c'est le 12 et non le i3 que la Société républicaine centrale adopta la motion d'inviter les clubs à se réunir pour demander au Gouvernement l'ajournement des élections (Commune de Paris et Courrier français, i4 mars, compte rendu de la séance de la veille) ; et que le i3. la Société républicaine centrale (Cf. Commune de Paris, i5 mars, compte rendu de la séance du 1 3 de la Société démocratique centrale) discuta le texte de l'adresse à présenter au Gouvernement au sujet de l'ajournement des élections, A'oté dans la séance de la veille.

Quand bien même il en aurait été ainsi, cela ne modifierait point ce que nous savons de l'attitude de la Société républicaine centrale ; car le compte rendu de la séance du 1 3 delà Société démocratique centrale publié par La Comouin*' de Paris rapporte seulement que le citoyen Millière présenta quelques observations sur les termes de l'adresse ; que le citoyen Bonnelier en demanda la modification, disant qu'il fallait remplacer avant les élections « la presque universalité des maires et juges de paix de l'ancien régime, qui tous exercent une très grande influence sur les populations inexpérimentées des communes et des cantons de la République » ; que le président soutint les termes de l'adresse par l'obligation de dire la vérité, quelque acerbe qu'elle soit, aux gouvernants actuels ; que le citoyen Varé trouva les termes de l'adresse trop modérés ; que le citoyen Bonnelier monta de nouveau à la tribune et présenta des explications « au sujet du bas clergé, qu'il dit non hostile à la liberté, ainsi qu'à l'égard du pape Pie IX que la République française doit encourager dans la marche de fraternité où il s'est engagé ». L'adresse fut ensuite adoptée presque à l'unanimité.

CirvriTRE DEUXIÈME C^'

les clubs soient invités à se réunir pour demander au Gouvernement provisoire l'ajournement de toutes les élections, et celles de la garde nationale, et celles de la nouvelle Assemblée constituante qui va être appelée à prononcer sur les destinées de la République. » Cette mesure fut défendue par différents orateurs, les citoyens Michelot. Blanqui. Hervé. Viatène. On dénonça les complots de la réaction et les ruses destinées à exclure les prolétaires des grades et même du vote. Le citoyen Michelot prit comme exemple les élections de la garde nationale, fixées au i8 courant'. « Ce délai est trop court, dit-il ; elles ne peuvent avoir lieu. » Il dévoila alors les manœuvres quemployaient les officiers de l'ancienne garde nationale pour se faire réélire, et " refouler ce qu'ils appellent la populace ; car c'est ainsi qu'ils osent qualifier ces braves prolétaires qui nous ont conquis la République. Or, vous ne pouvez ignorer, ajouta-t-il, que cette garde nationale n'avait été formée que pour perpétuer en France le régime déchu : qu'elle est composée d'hommes soigneusement triés parmi ceux qui étaient le plus aveuglément dévoués à la dynastie citoyenne, d'hommes habitués depuis longtemps à aller recevoir au Château des poignées de main, des croix... Quoi! vous voudriez qu'après quinze jours de République les gardes nationaux aient abjuré leurs amours et leurs préférences pour une monarchie dont ils étaient les benjamins?... De pareilles conversions seraient miraculeuses ; or nous ne sommes plus au temps des miracles. Il faut croire, pour l'honneur de l'humanité, que de tels hommes ne peuvent être déjà républicains. On ne passe pas aussi vite du blanc au noir. Ce serait un scandale inouï. Il est donc évident que la plupart de ces messieurs voient la République avec dépit, et que, s'ils cabalent pour être réélus, c'est afin de pouvoir à la première occasion rendre quelque service au régime objet de

I. « Tout ce que je viens de dire pour faire ajourner les élections de la garde nationale s'applique aussi bien aux élections de l'Assemblée constituante. Je vote donc pour l'ajournement de toutes les élections ». dit-il en terminant.

leurs prédilections. L'exclusion des prolétaires est donc décidée par eux, et pour cause.

« — Les preuves? », s'écria alors une voix. Michelot les donna : dans les réunions organisées en vue des élections de la garde nationale, a les ci-devant et tous ceux de leur bord peuvent parler, dit-il. et donner à leurs professions de foi une teinte plus ou moins républicaine. On les écoute, on les applaudit, quoique leurs discours actuels soient en désaccord

complet avec leurs actes d'il y a trois semaines Mais un

démocrate longuement connu, un prolétaire veut-il prendre la parole,... on lui fait subir des interrogatoires humiliants; c'est une inquisition révoltante, et si, après tant de déboires, il lui est enfin donné d'aborder la tribune, ce sont des cris, des interruptions continuelles ; il lui faut en descendre au milieu du désordre le plus affligeant. Aussi les pauvres prolétaires aiment-ils mieux se retirer que daffronter les sarcasmes, les ironies et les dédains de tous les gens comme il faut de la cour citoyenne. <> Puis, Michelot montra que les partisans de la monarchie déchue s'eff*orçaient d'empêcher l'enrôlement des ouvriers dans la garde nationale: les mairies, disait-il, éludent de donner des fusils aux prolétaires qui vont se faire enregistrer. « Les boutiquiers seuls en ont! Mais les prolétaires .►>... Allons donc 1... est-il possible de laisser des armes dans les mains de telles gens ?... Y aurait-il sécurité pour l'ordre bourgeois qui nous régit encore.^... Voilà ce que disent et répètent ces graves personnages de la garde nationale de Louis-Philippe. On ne peut donc sans danger pour la République faire les élections maintenant, parce que les cabales des partisans du régime déchu sont encore toutes puissantes, et que les prolétaires ne sont ni assez éclairés sur leurs droits et leurs devoirs, ni assez compacts pour lutter aux élections contre les républicains du lendemain. Si, au contraire, un délai est accordé, les prolétaires auront le temps de se compter, de s'éclairer et de se concerter pour déjouer les manœuvres hostiles —

« — Il faut à la République des hommes nouveaux, sans cela point de salut 1 dit un autre orateur... Les hommes du lende-

Page 1