Procès de Bourges, audience du ly mars
5. Louis Blanc, Pages d'histoire, p. 9^ ; Hist. de la Rév. de 18^8, t. I", p. 3i3.
de croire qu'il s'illusionnait sur les intentions du Gouvernement à son égard et qu'il ne cherchait pas à le renverser. Mais Blanqui et ses amis pouvaient cependant être prêts à profiter d'une occasion qui se présenterait. Louis Blanc prenant parti pour les délégués du peuple le 17 mars, n'était-ce point l'occasion espérée, prévue peut-être P De là sans doute la colère des blanquistes, et le silence de Blanqui, déçu pour la deuxième fois ce jour là. Mais de là à comploter l'épuration du Gouvernement, la distance était grande '.
Si l'on a accusé Blanqui d'avoir conspiré ce jour-là, c'est qu'on avait déjà l'habitude de voir en lui le « conspirateur monomane- », l'auteur désigné de tout mouvement populaire.
Le Gouvernement répondit au 17 mars en ajournant au 5 avril les élections de la garde nationale ^, au 20 avril celles
1. Dans la séance de la Société républicaine centrale du 17 mars au soir {Voix des Clubs, 19 mars), quelques phrases furent prononcées qui peuvent au premier abord faire croire à un complot : « On a demandé le i-etarddes élections par la manifestation d'aujourd'hui, dit le citoyen Bonnias ; et, au lieu de dire qu'elle a dépassé le but, il serait à désirer qu'elle l'eût atteint. Car il y a certainement une réaction sourde qui se remue de mille manières, qui a cherché à ébranler le Gouvernement provisoire. Eh bien ! on a voulu soutenir celui de ses membres qui a indiqué les moyens révolutionnaires d'atteindre ce but. Ces moyens, attaqués par la réaction, sont révolutionnaires, légitimes, justes ; quand on procède par la ruse, comme le fait cette réaction, procédons par une énergie calme, sans violence. » Un autre orateur, le citoyen Folley, demanda qu'on interpellât les candidats aux élections sur leurs sentiments au sujet de la circulaire de Ledru-Rollin.
Les sympathies témoignées ainsi par les orateurs de la Société républicaine centrale pour le ministre de l'Intérieur peuvent faire croire à un complot destiné à procurer le triomphe de la partie avancée du Gouvernement. Mais ce n'est point là une preuve ; et, si l'on songe à la réponse évasive donnée par le Gouvernement aux délégués du peuple ce jour-là, on sera tenté de ci'oire que la déception des membres de la Société républicaine centrale, qui voyaient le Gouvernement peu disposé à entrer dans la voie du socialisme, suffit à expliquer leur attitude, sans qu'il y ait besoin de parler de complot.
2. Au procès de Bourges (audience du 3i mars) le procureur général déclara avoir emprunté cette expression de « conspirateur monomane » à Lamartine qui l'avait en effet employée en parlant de Blanqui dans sa déposition devant la Commission d'enquête (Coiniiiission d'enquête, 1. 1", p. 3o5).