‹ Les coccidés utilesChapitre 12 sur 21 · LEP UR ES EL ON TL ASE DO METRE NTIC · texte numérisé non relu

LEP UR ES EL ON TL ASE DO METRE NTIC

Fig. 24.

Indien séparant la grana des Nopals et la recevant dans un vase appelé chilcalpestl, de forme concave-convexe ; on le fait avec du bois ou avec la coquille de certaines calebasses. D’après Alzate.

LES COCCIDÉS UTILES y:

Les procédés de culture que de Ruusscher nous fait connaître ne se sont guère modifiés par la suite, car ceux que J. A. de Alzate décrit un siècle plus tard leur sont presque identiques. La manière de recueillir l’Insecte est notamment demeurée la même, comme le montre la figure 24.

Réaumur disait dans l’un de ses mémoires :

« Il y a toute apparence que le Mexique ne restera pas toujours seul en possession de la Cochenille ; car, pourquoi les Cochenilles ne pourraient-elles pas être transportées de leur pays natal daus tous ceux où les Nopals peuvent croître, comme les Vers à soie l’ont été des Indes dans les pays qui peuvent leur fournir des feuilles de Mûrier ? »

Ce vœu ne put être réalisé que quarante ans plus tard : vers 1785, un avocat au Parlement, Thiéry de Ménonville, plein de confiance dans l'opinion du grand uaturaliste, entreprenait un voyage au Mexique et rapportait au Port-au-Prince le précieux Insecte ; vers la même époque, il publiait un important ouvrage dans lequel il exposait en détail les avantages que présentait sa culture et les soins qu’elle exigeait. Malgré la grande similitude du climat entre le Mexique et Saint-Domingue, les essais de Thiéry de Ménonville n’eurent pourtant aucun résultat : l’insurrection des indigènes survenue alors fit manquer l’entreprise et, depuis, aucune tentative nouvelle n’a élé faite.

En 1806, des Cochenilles vivantes furent apportées à Cadix ; quelques-unes furent aussitôt envoyées à Robert, professeur de botanique à Toulon : la Cochenille faisait donc son apparition en Europe, où le Nopal l'avait depuis longtemps précédée. On tenta de l’acclimater, notamment dans le sud de l'Espagne et de l’Italie,mais sans grand succès. Vers 1827, des tentatives nouvelles furent faites, en Corse, en Sardaigne et particulièrement sur les côtes d'Espagne, aux environs de Grenade et de Valence, sans que, cette fois encore, le succès füt suffisant.

Sur ces entrefaites, l'Espagne avait perdu ses droits sur le Mexique qui, en 1810, à la suite d’une insurrection, avait proclamé son indépendance. Le fisc espagnol perdait de ce fait une source importante de revenus; aussi résolût-on, pour combler les vides qui tendaient à se déclarer dans le budget, de favoriser la culture de la Cochenille, qui avait jusqu'alors donné de si beaux bénéfices. Le climat d'Europe se montrait peu favorable : on irait à la recherche d'un ciel plus clément.

C'est ainsi que, en 1827, la Cochenille fut introduite dans iles Canaries ; voici dans quelles circonstances :

Un Français, Berthelot, était directeur du jardin d'acclimatation d'Orotava, que venait de fonder le marquis de Villanueva del Prado ; il reçut, par les soins de l’intendant Antequera, des échantillons de Cochenille fine que lui adressait, de Cadix, la Sociedad de los amigos del pais (1). Il s’empressa de les disposer sur quelques Cactus qu’on avait multipliés à cette intention dans le jardin el qui du reste s'étaient acclimatés si bien qu'ils étaient retournés à l’état sauvage. L’Insecte s’y complût parfaitement et, en moins d’une année, plusieurs générations s'étaient déjà succédées, donnant un si grand nombre de petits que Berthelot put en distribuer à tous les propriétaires de Nopals désireux de tenter l'expérience.

Cette proposition fut accueillie avec tiédeur, Berthelot trouva même, sur plus d’un point, une résistance véritable : il donna des instructions verbales aux alcades ruraux des divers districts, il communiqua des renseignements pratiques à la Société des amis du pays de la Laguna, il adressa enfin un mémoire détaillé à l’intendant de la province, pour lui demander son appui.

Presque en même temps, le gouvernement espagnol fondait à Sainte-Croix de Ténériffe un établissement pour la propagation de la Cochenille, à la tête duquel il plaçait le major Meigliorini. De grands efforts furent accomplis, une grande activité fut dépensée : on envoya des Cochenilles dans toutes les îles voisines et on chercha par tous les moyens à exciter le zèle des propriétaires, mais tout cela fut en vain : l’insuccès fut si complet que, en 1829, il n'existait plus aucune trace de la culture des Cochenilles.

Toutefois, la nature devait bientôt reprendre ses droits et donner aux propriétaires trop imbus de préjugés une éclatante leçon.

En effet, l’année suivante, quelle ne fut pas la surprise, quand on vit que la Cochenille, qu’on avait abandonnée à elle-même, avait prospéré et pullulé à tel point, qu’elle recouvrait entière-

() Un grand nombre de documents tendent à prouver que l'introduction de la Cochenille aux Canaries est bien due à Berthelot! néanmoins Honegger l’attribue à S'-Yago de la Cruz, Cette assertion nous semble d’une bonne foi douteuse.

ment quelques Nopals sauvages qui croissaient sur le plateau de la Paz, occupé en partie parle jardin d’acclimatation de l'Orotava. Ce qui était arrivé à l’environ de cet établissement pouvait s’observer encore en maint endroit où l'éducation de la Cochenille avait été tentée, notamment à Lancerote.

Toutefois, cette propagation indépendante de la Cochenille ne fut nulle part aussi rapide et aussi considérable qu'à Ténérifre, dans le district de Guimar. En 1833, les Cochenilles, devenues sauvages depuis cinq ans, s’y étaient multipliées à tel point qu'elles menaçaient de faire périr les Nopals : or, la perte de ces plantes eût été une calamité publique, car les fruits, désignés sous le nom de éunas, offraient à la population pauvre une substance alimentaire très recherchée. Une sorte de ligue s’organisa donc, dans l'intention bien arrêtée d’exterminer le fléau dans son essor.

D'autres personnes, moins philanthropes, mais mieux inspirées, considérant au contraire avec quelle extrême facilité la Cochenille s'était propagée, jugèrent que Berthelot avait peut-être eu raison et, revenant sur leurs préventions, se demandèrent si, en effet, l'élevage de l’Insecte ne serait point une source de beaux bénéfices. Ils récoltèrent quelques livres de ces Cochenilles sauvages, les vendirent bien et commencèrent dès lors à s'occuper résolûment de la culture du Nopal. L'exemple fut bientôt suivi si universellement que la Cochenille ne tarda point à devenir pour les Canaries une véritable source de richesses.

On pourra, du reste, juger de l'importance du succès obtenu en prenant connaissance du tableau ci-dessous qui indique le total de l'exportation annuelle de Cochenille, évaluée en livres, puis en quintaux ; pour éviter de dresser une trop longue série de chiffres, nous ne transcrivons les résultats annuels que de cinq ans en cinq ans, sauf pour la période du début.

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