C. polonicus Linné, Fabricius, Réaumur, Modeer, Gmelin
Chermes radicum purpureus Geoffroy, Fourcroy, de Villers, Olivier, Schulze.
Porphyrophora Frischi Brandt, Brandt et Ratzeburg, Targioni-Tozzetti.
P. polonica E. Blanchard, Amyot, Hagen, Signoret, Künckel d'Herculais.
Dactylopius polonicus Costa.
Porphyrophora gallica Signoret, Ann. Soc. entomol. de France, 1854.
La Cochenille de Pologne a joué à une certaine époque, en tant que matière tinctoriale, un rôle presque aussi considérable que celui du Kermès ; comme produit médicinal, elle semble, au contraire, n’avoir jamais été très appréciée.
De même que le Kermès, elle est aujourd’hui tombée dans un oubli si profond qu'on chercherait en vain dans les auteurs modernes des indications relatives à ses mœurs et à son organisation. La description que Signoret en donne, d’après des matériaux trop incomplets, ne comprend que six lignes :
« La femelle est semi-globuleuse, d’une grandeur de 7 millimètres sur 4 de largeur, d’un brun noirâtre quidevient d’un beau rouge-pourpre dans la potasse ; elle est recouverte d’une rare, très fine et longue pubescence. Les pattes, déformées, sont très courtes, épaisses, propres à fouir, et présentant un crochet excessivement développé, creusé en dedans et dentelé. »
La Cochenille de Pologne est très anciennement connue : depuis plus de mille ans, au dire de Frisch, les monastères d'Allemagne recevraient ce vermisseau (Würmlein) de leurs tributaires. Pomet la signale dans son Zistoire générale des drogues, et la prend pour une graine. Au xvie siècle, Janus Cornarius, Jules César Scaliger, Joachim Cammerarius, d’autres encore en parlent dans leurs écrits. Au xvrr siècle, Gaspard et Jean Bauhin, Simon Pauli (1), Adalbert Tylkofski, Rzaczynsky, etc., la mentionnent ; mais on chercherait en vain dans ces vieux auteurs, le moindre renseignement positif sur sa nature et sa provenance.
G. Segerus et Martin Bernard de Bernits consacrent d'assez longues dissertations au Coccum radicum : ils exposent ses usages en teinture et en médecine, mais ils ignorent complètement sa véritable nature et son mode de génération. Cornarius, Chemnitius, Frisch et d’autres observateurs décrivent au contraire sa métamorphose en un [Insecte aïlé.
{1) On avait coutume, dit cet auteur, de récolter les coques le jour de la Saint- Jean, entre midi et une heure : de là le nom de Johannis bludt (sang de saint-Jean) sous lequel on la connaissait alors.
Nous restons dans ce vague et cette incertitude jusqu'en 1731, époque à laquelle Jean-Philippe Breyn cherche à élucider l’'histoire obscure de la graine de Pologne. Il la trouve sur les racines du Polygonum cocciferum et sur cette plante seulement, quoi qu’en aient dit certains de ses prédécesseurs. Il signale sa fréquence, de la mi-juin à la mi-juillet, dans l'Ukraine, la Podolie, la Volhinie, la Lituanie ; il la rencontre aussi aux environs de Varsovie, autour de Thorn, en Prusse, en Poméranie, dans la Marche et le duché de Brunswick. Il aurait pu dire, plus simplement, qu'on la trouve dans toute la Pologne, dans une grande partie de la Russie et dans l'Allemagne du nord-est; il aurait pu ajouter encore à cette liste la Hongrie et la Suède.
Breynius se livre à propos du Coccum polonicum à une série d'observations délicates qu'il décrit soigneusement dans son livre: il nous fait connaître les diverses phases par lesquelles, suivant lui, passerait le Coccum. Ces phases sont assez différentes de celles que nous avons coutume de voir chez les espèces éludiées Jjusqu'ici : nous les exposerons tout d’abord, en donnant un résumé succinct de Breynius, après quoi nous chercherons à les expliquer.
« Est vero Coccum hoc granum sphæricum, diversæ magnitudinis, a seminis Papaveris scilicet ad Piperis albi magnitudinem accedentis, læve, coloris purpureo violacei, instar prunorum Hungaricorum et nitentis, constans cuticula tenui, succum sanguineum includente. Reperitur nunc solitarium, nune, quod frequentius, plura simul, ad usque quadraginta aliquando in una planta ; adhærens radicibus Polygoni sub arena, ad digiti transversi usque profunditatem, ut et sæpe supra terram radicis capiti et infimis ramulis, humo incumbentibus, foliola inter arida. Dimidia fere parte et sæpe majori tegitur crusta quædam scabra, nigro fusca, interne lævi, quæ Coccum eccipit, ut cupula glandem quercinum, idque cortici Polygoni firmiter quasi agglutinat, ita ut Iæsio in cortice observari haud possit, neque in Cocco vestigium, quo mediante adhæserit cupulæ.
« Tumque circa solstitium æstivum et diebus sequentibus adusque 24 julii circiter, successive ex quovis Cocco excludebatur Vermis, magnitudinis, ratione Cocci diversæ, cujus semper rationem habebat, hexapus, decem gaudens intersectionibus, cujus anterior pars capitis vicem gerens et duabus præditum antennis brevibus et carnosis, nullum nec oris, nec oculorum, ne oculo quidem armatlo offerebat vestigium..….. Totus Vermis colo-
ris obsolete purpurei et insuper pilis raris ex fusco griseis præditus.
«....Ejusmodi vitam vivunt hi vermes, aëre et calore exceptis nihil indigentes, per dies decem, quatuordecim et ultra. Tum nonnihil contracti se dant quieti, inquieti brevi antea et se mire contorquentes atque purpuræ instar rubentes, brevi post plurimi, quasi situ obducti, candidissima lanugine instar Gossypii, sed longe subtiliori, undique per corporis poros transsudante et efflorescente, tecti, figuram nunc sphæricam, nunc irregularem et elegantem aliquando acquirunt.
« In hoc statu Vermes remanent per dies quinque, octo pluresve, quibus elapsis singuli ova emittunt...…. Ova jamjam memorata nudo oculo nonnisi puncta apparent oblonga et rubicunda..…. Recenter parta pulvisculo, instar Cyprii, albo, conspersa spectantur, a lanugine ambienti supra descripta oriundo.
» Ex his ovis.... Vermiculi excluduntur, ex singulis singuli,.…. purpurei, aliquot insectionibus distincti, hexapodes, pedibus postremis longioribus, capitulo duabus antennis prædito, alvo vero seu podice duabus subtillissimis setis griseis, instar pilorum ornato.
« Eousque Cocci metamorphosin... expertus sum, nuc quæstio remanet quid porro cum hisce vermiculis contingat ruri et qua ratione in nova abeant Cocca, sive grana sphærica... Nimirum reputo hos vermiculos.. per aliquot tempus in campis divagari et nutriri;, donec se affigant radicibus et ramulis Polygoni cocciferi junioris, ubi sensim motu locali et sensu destituti, quocumqua demum modo imbibunt nutricium succum ex eodem Polygono, sensimque transmutantur in Cocca stricte dicta, sive vesiculas sanguineo succo repletas, qualia Junio mense spectantur. »
Telles sont, succinctement exposées, les phases par lesquelles passe la Cochenille de Pologne, phases auxquelles, malgré sa grande expérience, Signoret déclare ne rien comprendre. Nous pensons, au contraire, que rien n’est plus limpide et nous persistons à croire exactes les observations de Breyn.
L'œuf donne naissance à une larve que Breyn décrit de façon fort précise ; cette larve n’erre sans doute point pendant quelque
temps à travers la campagne, comme l’admet notre auteur (1),
(1) Cette opinion est manifestement empruntée à Émeric et Garidel qui, comme
mais se fixe aux racines de la plante nourricière. Devenue immobile, elle accomplit ses mues, et le vieux tégument, au lieu de tomber, reste autour de l’Insecte et l’englobe : la coque, d’où plus tard on le verra sortir, se trouve ainsi constituée.
On va nous dire que rien de semblable n’a été vu chez les Porphyrophora? D'accord ; mais un phénomène de ce genre s’observe chez le Margarodes formicarum. Or, les caractères de cette espèce sont tels, que Burmeister n'hésite pas à la classer parmi les Porphyrophora et que Signoret lui-même se montre favorable à ce rapprochement.
Notre explication est donc rationnelle. Cela étant admis, le reste du mémoire de Breyn devient compréhensible.
Au bout d’un certain temps, lorsque la larve a achevé son évolution, la coque se fend et l’on en voit sortir l'animal parfait ; dans la description de Breyn, c’est de la femelle qu'il s’agit. Celleci est d’abord mobile, puis elle se contracte, se recouvre sur toute son étendue d’un duvet blanc, pond ses œufs et meurt.
Les observations de Breyn sont donc exactes : leur précision est même remarquable pour l’époque à laquelle elles ont été faites. Cet auteur démontre irrévocablement que la graine de Pologne est un Insecte, et une étude comparative lui prouve ses affinités avec l’'Insecte du Kermèës et avec la Cochenille du Mexique.
Mais il a le tort d'affirmer que c’est un Insecte privé d'ailes : la femelle sans doute est aptère, mais le mâle est aïilé. Ce mâle, Breyn l’a vu : il le décrit et le figure même avec une grande exactitude, mais il le prend pour une Mouche parasite.
Burchard qui, en 1747, s’occupait aussi de la Cochenille de Pologne, n’est point tombé dans la même erreur : il suit avec détails l’évolution de la larve et constate, chez le mâle adulte, la présence de deux ailes : « Dorso adfiguntur alæ duæ, pro tam exili musca satis magnæ, latæque, abdomine paullo longiores, in medio autem conniventes, ut abdomen vix, præter ultimum ejus extremum, conspici possit. Niveæ præterea sunt alæ, circa insertionem parum rubentes, tenues, pellucidæ, atque nitentes. »
Voilà tout ce qu'on sait de la Cochenille de Pologne. Ajoutons, pour achever son étude, qu’elle vit sur les racines de quelques
nous l'avons vu plus haut, croyaient que la larve du Kermès ne monte sur les branches du Chêne qu’« après avoir roulé toute l’année dans la campagne ».
plantes fort répandues dans les sols sablonneux, telles que la Gnavelle ou Scleranthus perennis, l'Herniaria glabra.
Si nos connaissances sur l’organisation et les mœurs du Porphyrophora polonica présentent plus d’une lacune, nous sommes encore moins avancés à propos de sa culture et de son histoire chimique.
En Pologne et en Ukraine, on affermait sa récolle aux Juifs ; les Turcs et les Arméniens l’achetaient et les femmes turques s’en peignaient les extrémités des doigts, d’une belle couleur écarlate.
Au point de vue médical, la Cochenille de Pologne a été un succédané du Kermès; on lui attribuait les mêmes vertus merveilleuses qu'à celui-ci et, dans les pays du Nord, dont le Kermès n'est point originaire, on la faisait entrer dans la confection alkermès.
PORPHYROPHORA HAMELI Brandt.
SYNONYMIE : Coccus Hameli Brandt et Ratzeburg, Mediz. Zoologie, Porphyrophora armeniaca Burmeister.
P. Hameli Targioni-Tozzetti, Signoret.
Il convient de mentionner encore ici une espèce fort voisine de la précédente, avec laquelle on l’a sans doute confondue pendant longtemps; son aire de distribution est pourtant bien distincte. Elle se rencontre en effet, en Arménie, dans la province d'Erivan et dans la vallée de l’Araxes ; elle vit sur les racines d’une Graminée, l’Æluropus lœvis ou Poa pungens.
Elle se distingue de la Cochenille de Pologne, surtout par sa grosseur : une livre de la Cochenille arménienne ne contient que 18 à 23.000 individus, tandis qu’une livre de la Cochenille de Pologne en renferme de 100 à 130.000. Elle est aussi, à poids égal, notablement plus riche en matière colorante que ne l’est l'espèce polonaise.
Cette Cochenille a été signalée, en 1833, par Hamel, qui a entrepris à son propos, un intéressant travail d’érudition : il prouve qu'elle était connue depuis longtemps par les historiens et les voyageurs et il donne un résumé complet de tous les auteurs qui en ont parlé. Il démontre enfin qu’elle a joué un rôle important
dans le commerce de l'Orient, jusqu’au jour où l'introduction en Europe de la Cochenille américaine vînt la plonger dans l’oubli, en tuant l’industrie dont elle était l’objet.
La Cochenille d'Arménie n’est plus actuellement d'aucune utilité. Nous devions pourtant la signaler, à cause de son impor-
tance passée.