‹ Les CochinChapitre 13 sur 102 · Extraite du tome IV des Archives de l’art français · texte numérisé non relu

Extraite du tome IV des Archives de l’art français

LES ARTISTES CÉLÈBRES

billement intérieur de l’ouvrage qui en fait l’intérêt. Le propriétaire n’est autre que Madeleine-Geneviève Cochin, sœur de Cochin le fils (et dont il sera parlé plus tard) ; quant au texte du missel, il est tapissé de gravures, partout où l’impression a laissé un blanc. Ces gravures, toutes consacrées à des sujets de piété, sont d’âge et de style fort divers ; mais toutes, ou presque toutes, autant du moins qu’il nous a pu paraître, ont pour auteur les artistes portant le nom de Cochin, ou alliés aux Cochin par des mariages, comme les Horthemels et les Tardieu. Le livre en est constellé, aux feuilles de garde, aux faux titres, à toutes les places vides. Il est évident que cette pieuse fille, qui survécut à son frère et mourut fort âgée, avait rassemblé là comme en un trésor l’album religieux de la famille entière. Or Cochin le Vieux est représenté là par une foule de pièces, toutes celles qui ont pu entrer dans le cadre exigu des pages; et à côté des Cochin de Paris, dont la contribution est maigre, et pour cause, on peut remarquer nombre de petits sujets non signés ou coupés au ras de la marge, qui pourraient bien être de Cochin de Venise et de son fils, ou de ce nouveau Cochin que Jombert a cru pouvoir dégager de la confusion des signatures, comme on dégage une inconnue d’un problème d’algèbre. Quoi qu’il en soit, et en attendant qu’une autre découverte jette un jour définitif sur la composition du missel possédé par M. Gazier, ce dernier document confirme encore, s’il se peut, l’hypothèse d’une parenté admise par les Cochin de Paris eux-mêmes, et attestée par des soins si touchants, par des faits d’ordre si intime, et surpris comme indiscrètement par la curiosité des biographes à court1.

i. Voici sur la feuille de garde du premier volume, l’ex-libris de Madeleine Cochin et son adresse.

et

au-dessous :

Demeurant rue Fromento mêmes Maison de Mr Gellain, Mire tapissier A Paris.

Ex Libris Magdalenæ Genovefcc Cochin

Lutetiœ Parisiorum mensis

Anno Christi, 17..

Àro

La rue Fromenteau, ou Froidmanteau, était celle où Cochin le fils possédait une

Revenons à Charles-Nicolas Cochin, premier du nom. Sa vie nous est peu connue. Elle semble avoir été cachée et modeste, heureuse en somme. Son talent fut prisé de bonne heure; des commandes officielles le mirent en vue ; à quarante et un ans il était agréé par l’Académie, à quarante-trois il était académicien; dix ans plus tard il avait la joie de voir son fils agréé à son tour; quand il mourait, logé au Louvre, entouré d’une femme qui avait partagé ses travaux, et d'un fils déjà célèbre, il pouvait rendre ce témoignage à la Providence qu’elle l’avait bien traité entre tous.

Il a gravé, disent MM. Portalis et Béraldi *, 5 12 planches tant avant et avec la lettre qu’à l’état d’eaux-fortes. Malgré cet œuvre considérable, que la prodigieuse facilité de Cochin le fils peut seule faire paraître modeste, on peut dire que Nicolas Cochin est surtout connu par un nombre limité de grandes planches, gravées d’après de Troy, Chardin, Watteau, et par celles qu’il a gravées d'après les dessins de son fils. Le reste est peu connu, difficile à trouver. Cochin le père n’a pas eu de Jombert. Aussi ne trouve-t-on au Cabinet des Estampes qu'une faible partie de son œuvre, et mal classée. Au demeurant, ce qui en reste est bien l’essentiel.

Travailla-t-il d’abord sous la direction du peintre d’histoire Dulin?2 Il est probable. Un de ses premiers travaux est certainement sa collaboration à Y Histoire et description de V Hôtel des Invalides ?, qui fut confiée à une légion de graveurs, parmi lesquels on relève les nomsde Lucas, Hérisset, Aveline, Foin, et ce nom d ' Horthemels désormais inséparable du nom de Cochin. On y voit une vignette signée P. Dulin inv., Cochin sc. Le détail ne vaudrait pas qu’on s’y arrêtât, si le nom de Dulin, associé à celui de Cochin, ne revenait à plusieurs reprises quelques années plus tard, dans la série des 74 planches consacrées au Sacre de Louis XV, roy de France et de Navarre, dans l’Eglise de Reims, le dimanche 25 octobre 1722''. Dans cette collection très luxueuse, mais

maison qu’il tenait de la munificence du roi (voir plus loin) ; et maître Gillain, tapissier, était le locataire du rez-de chaussée. Geneviève Cochin demeurait au troisième étage.

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