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Mariette, Abecedario

LES ARTISTES CÉLÈBRES

Et d’abord il n’est point étonnant que Gochin, obligé par sa charge de suivre, sinon d’ordonner en partie les divertissements royaux, se soit trouvé en présence de M"’e de Pompadour, — alors M'ne Le Normant d’Etioles, — dès sa présentation à la cour, et meme quelques mois avant1. Il avait pu, notamment, être témoin avec mille autres de la scène du bal masqué de l’Hôtel de Ville, le 28 février 1745. Il avait vu sans doute un domino lutiner Louis XV avec une sorte d’acharnement, puis résister mollement à sa poursuite, soulever enfin son masque et laisser tomber son mouchoir, pendant qu’on chuchotait de cordon bleu à cordon bleu : « Le mouchoir est jeté. » Devenue maîtresse du roi en mars, et déclarée en septembre, après la présentation à Versailles (14 septembre 1745), Mme d’Etioles, une fois devenue marquise de Pompadour, ne pouvait manquer de remarquer le dessinateur attitré de ces fêtes élégantes auxquelles son goût allait rendre un nouvel éclat. Elle eut d’autant moins de peine à se l’attacher que Cochin « avait du manège », comme dit Mariette, et qu’il n’était point homme à faire contre bonne fortune mauvais visage.

Au reste, tout conspirait à mettre notre artiste en quelque sorte dans la main de la favorite. En décembre 1745, Le Normant de Tournehem, l’amant de la Poisson, le père supposé de la maîtresse du roi (et en tout cas l’oncle de son mari), était nommé Directeur général des Bâtiments2. Cochin devenait son subordonné direct. Les goûts de M. de Tournehem étaient ceux de la favorite : il aimait bals et soupers, avait théâtre chez lui à Etioles, fréquentait celui des « petits appartements » à Versailles, et ce grand-maître des arts les aimait en petit-maître. Sous lui, l’ancien attaché des Menus Plaisirs devint surtout le servant de Mme de Pompadour et l’ingénieux organisateur de ses distractions. Cochin lui enseignait l’eau-forte comme Boucher lui enseignait le dessin, et Guay le travail du touret. Il se prêtait à mille fantaisies, dont son crayon a sauvé plus d’un souvenir. Sa liberté en souffrit-elle? Rien ne semble l’indiquer. Sa fortune, en tout cas, n’en souffrit pas. En 1746, Mme de Pompadour, toujours charitable aux siens, faisait nommer à la survivance des Bâtiments son frère Abel Poisson, récemment créé marquis

1. Plusieurs détails de ce chapitre sont empruntés à l’ouvrage si complet et si documenté des Goncourt sur M de Pompadour.

1 Nommé en remplacement d’Orry. Le brevet est du iq décembre 1745. ( Archives Nationales.)

de Vandières, -le « marquis d’avant-hier », disaient les uns; — « le frérot», disaient les autres. Et, trois ans après, à la mort de M. de

M. DE VANDIÈRES (PLUS TARD MARQUIS DE MARIGNy). Fac-similé de la gravure exécutée par C. N. Cocliin le fils, en i752, d’après son propre dessin. (Pièce restée inachevée.) — (Collection de M. Béraldi père.)

Tournehem, elle inventait (peut-être soufflée par Gochin) ce fameux voyage d’Italie qui devait ouvrir à notre artiste une nouvelle et en quelque sorte inépuisable carrière.

LES ARTISTES CELEBRES

On sait la raison de ce voyage. Quand il dut succéder à M. de Tournchem, le frère de Mme de Pompadour avait entre vingt-trois et

vingt-quatre ans, et n’était pas grand clerc dans la connaissance des beaux-arts. Ce n’était d’ailleurs pas le personnage plutôt soupçonneux et taciturne que nous peint Marmontel 1 sous les traits du marquis de Marignv, et que Cochin luimême nous laisse deviner à travers les réticences laudatives de ses Mémoires. A cette date, le marquis de Vandières était un bon jeune homme, presque bel homme, l’air poupin, l’œil naïf, le teint blond et rose. Il fallait le former à ses nouvelles fonctions, et meme le former de toutes les manières. Sasœur voulut éviter que

les maladresses de ce débutant ne fissent pleuvoir dru les brocards sur la

Frontispice des Annonces et Affiches de Paris. Fac-similé d’un état de l’eau-torte exe'cutée par Fessard, en 1749, d’après le dessin de C. N. Cochin le fils.

(Collection de M. Henri Béraldi.)

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