PORTRAIT DE FRANÇOIS BOUCHER
Dessin de C. N. Cochin le fils, gravé par Laurent Cars.
LËS ARtlSÎES CÉLÈBRES maîtresse du roi. Elle re'solut de le de'payser, en l’entourant de gens de goût et d’artistes qui lui seraient autant de pre'cepteurs. A cet effet, elle choisit Cochin pour les arts du dessin, Soufflot pour l’architecture, et pour la critique l’abbé Le Blanc, connu par sa récente Lettre sur les tableaux exposés au Louvre en 1747- Ce dernier choix peut étonner aujourd’hui. Mais on doit se rappeler qu’il n’existait pas alors de critique d’art à proprement parler, et Cochin lui-même reconnaît à l’abbé plus de savoir dans les arts que n’en ont en général les gens de lettres1.
La petite troupe ainsi constituée, quel but allait-on assigner à sa mission ? La terre classique des arts classiques, l’Italie. Ici se révèle l’arrière-pensée de la marquise. Jeter son dévolu sur l’Italie, à cette date, et vouloir former à Rome, à Venise et à Florence un directeur des Bâtiments de Louis XV, c’était faire preuve d’un goût remarquable d’abord; mais c’était aussi, à notre avis, accuser la préméditation louable d’une réaction contre l’art et le style à la mode, c’était chercher au delà des monts un remède aux folies de la rocaille et un antidote à ce que l’on appelle, très improprement, le rococo Pompadour.
Cette intention a été niée par quelques-uns, notamment par les frères de Concourt. Nous persistons cependant à croire, avec M. Paul Mantz, que la marquise, guidée par un instinct artistique auquel il est juste de rendre hommage, essaya d’une timide réforme et contribua « à pousser l’art dans des voies plus sages »2. Femme et coquette, elle ne fut certainement pas insensible à la grâce maniérée de l’art de son temps, et nous croyons qu’elle s’y complut, du moins au début; — mais reine de la mode et surintendante du goût, elle put, elle devait fatalement chercher du nouveau, ne fût-ce que pour changer. Pourquoi d’ailleurs la croire incapable de juger que le style rocaille avait fait son temps, et qu’il n’y avait plus rien à tirer d’un art qui poussait la fantaisie jusqu’au défi du bon sens, jusqu’à la négation de toutes les lois de la pesanteur et de l’équilibre ? Elle avait assez de finesse naturelle pour discerner que le fouillis des formes, déjà déplacé dans les œuvres d’orfèvrerie d’un Meissonnier et d’un Thomas Germain, l’était encore plus dans l’ameublement d’une chambre ou dans la construction d’un appartement. Ici la commodité plaidait avec le bon sens. Maint artiste d’ailleurs se sentait tourmenté d’une vague inquiétude, et Cochin avait déjà daubé,