LES ECHELLES DES LIEUES DE FRANCE ET DE BRABANT
LES ARTISTES CÉLÈBRES
général un peu violâtre dans les ombres, néanmoins il est digne d’admiration et présente les demi-teintes les plus belles et les plus fraîches. La facilité et (si l’on peut s’exprimer ainsi) la fleur de son pinceau offrent ce que la peinture a de plus séducteur. La magnificence des étoffes dont il habille ses figures répand dans ses ouvrages un agrément inexprimable’...»
L’école vénitienne n’a pas seulement appris à Cochin le prix de la couleur : elle lui a rendu un autre service en lui faisant sentir la futilité de notre distinction toute française entre les genres en peinture, et en le faisant réfléchir sur cette question du costume , auquel toute la peinture d’histoire est chez nous pour ainsi dire pendue. Les réflexions de notre artiste sur ces deux points sont à méditer, même aujourd’hui. « Disons-le en passant : il parait que c’est l’opinion erronée où l’on a été que la peinture d’histoire n’admet point les détails de la nature, qui a amené en France la distinction des talents de cette peinture d’avec celle en portrait, division que les grands maîtres n’ont point connue. De là s’est ensuivi que d’une part l’on a exigé dans le portrait un fini trop servile, qui souvent le rend mesquin, et qu’on a trop laissé aux peintres d’histoire la licence de ne produire que des à peu près sans détail , et souvent sans science de la nature 2. » Ces ligues sont écrites, et assez improprement il est vrai, à l'éloge du Dominiquin, dont Cochin est entiché. Mais c’est bien Véronèse qui lui a fourni cette juste observation, et c’est à lui que s’appliquent, très justement cette fois, les deux passages qu’on va lire : « On lui reproche d’avoir violé les lois du costume des anciens... Cette perte, asse\peu intéressante (mot significatif, qui sera expliqué plus bas), n’est-elle pas suffisamment compensée ? S’il a représenté les sujets les plus anciens avec la plupart des vêtements en usage dans son temps, il s'en est ensuivi (sic) non seulement une richesse et une variété charmante d’objets, mais encore une apparence de vérité qu’on voit rarement dans les autres maîtres... S’il a osé faire entrer dans ses tableaux les portraits de ses amis, il en est résulté une apparence de vérité très satisfaisante. On croit voir des hommes véritables, et que l’on connaît. Cependant, quoique en quelque façon ces têtes soient autant de portraits, elles sont traitées d’une manière si belle et si large qu’elles ne présentent aucune idée de servitude 3. »