PORTRAIT DE J. B. M. PIERRE
Réduction de la gravure de C. H. Watelet, d'après le dessin de C. N. Cochin le fils.
tetes paraissent des portraits par les details vrais de nature qui y sont, et par la variété singulière des caractères de tètes d’un si grand nombre de figures. Cependant toutes ces tetes sont d’un caractère noble et propre
LES ARTISTES CELEBRES
à l’histoire : en les exécutant, il les ennoblissait; et, sans changer les principales formes, il supprimait les détails qui enlaidissent et rendent les caractères communs. Ces têtes sont peintes avec la facilité large, mais très bien exécutée, qui est la perfection de la peinture d’histoire. Ce maître a pris une licence bien avantageuse, et qui a produit de grandes beautés, en mettant dans les sujets de ses tableaux les portraits de ses amis, et les habillements et les étoffes de son pays. Par ce moyen il pouvait avoir devant ses yeux la nature, dont la variété est infinie, et son imagination était aidée par les objets présents. Il en résulte une vérité singulière dans le dessin, dans la couleur et dans l’effet de la lumière 1 . » On voit par ces citations que nous n’avions pas tort de dire qu’il y avait une doctrine dans le Voyage d'Italie. Cochin a, sur le grand art en peinture, des idées et une conception personnelles. 11 le veut d’abord lumineux et caressant à l’œil, richement coloré; il le veut encore naturel dans le grand style, sans cesse précisé dans les sujets historiques par le détail réel, voire par le détail d’aujourd’hui, dût la vérité du costume en souffrir. Car pour lui, l'archéologie est le grand danger de l'art. Voilà le principe très arrêté, et plus ou moins mal avoué, qui se cache au fond de ses critiques. C’est pour cette raison qu’il prise si médiocrement l’antique, d’abord à cause du vague de ce mot, puis à cause de la froideur qu’il semble autoriser sous prétexte d’exactitude. S’il se défie de Raphaël, c’est pour un motif analogue. Ne le lit-on pas entre les lignes dans ce passage : « S’il était permis de hasarder un sentiment particulier, peut-être, en y réfléchissant, trouverait-on que cette nature connue est plus propre à la peinture que ce beau idéal qu'on cherche avec tant de peine, qu’on trouve si rarement, et qu’il est si difficile d’allier avec la vérité. Ne serait-ce pas plutôtl’essentiel de la sculpture qui, ayant moins de parties à réunir et moins de ressources pour plaire, ne peut s’en dispenser sans manquer son but? 2. » Non pas qu’il proscrive l’antique ni Raphaël; mais il conseille de les imiter avec sobriété, dût-il « s’attirer les reproches d’un monde d’amateurs3 » Il ne faut pas, dès lors, s’étonner de voir Poussin rangé dans cette compagnie respectée et suspecte; car Poussin, c'est encore de l'archéologie, et c’est plus encore de la statuaire. « Sans doute, il faut l’admirer; mais il ne serait pas l’objet con-
1. Voyage d'Italie , t. III, p. 5g; voir encore p. 78, 80, etc.