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Lettres à un jeune artiste peintre, iro lettre

PORTRAIT DE A. ROSL1N.

Fac-similé de la gravure exécutée par B. A. Nicollet, en 1776, d’après le dessin de C. N. Cochin le fils (1774). FRANCE. DESSINATEURS ET GRAVEURS. LES COCHIN. — 8

LES ARTISTES CELEBRES

venable d'une étude trop suivie pour quelqu’un qui inclinerait vers la froideur'. » A plus forte raison un restaurateur de profession, le trop fameux Raphaël Mengs, devait-il être marqué par notre artiste d’une croix noire : « Depuis quelques années, un homme célèbre, et en effet doué de talents distingués, mais qu’il faut savoir bien apercevoir, a nui, sans s’en douter, à plusieurs pensionnaires. Je parle du célèbre M. Mengs. Je rends toute la justice due à ses talents ; mais je n’en affirme pas moins, sur quelques-uns de ses ouvrages que j’ai vus, que son coloris paré et sa manière excessivement finie et exacte jusqu’à la servilité peuvent être et ont été pernicieux à nos élèves 2. » Qu'on pèse tous les termes de ce jugement. Qu'on se rappelle que ces lignes sont datées des environs de 1774, en pleine réputation de Yien, à la veille des retentissants débuts de David, et qu'on dise si l’observation de Cochin ne dénotait point une rare perspicacité.

Cochin plaidait donc pour la liberté de l’art contre les antiquaires. Et il se trouvait ainsi plaider contre Caylus. Qu’on y regarde de près en effet. Entre la fin de Boucher et le commencement de David, Caylus et Cochin sont, dans l’Académie de peinture, les deux seuls conseillers en quelque sorte attitrés qui fassent de la critique, qui cherchent à orienter notre école flottante, désemparée, et que l’on écoute tour à tour : l’un plus fort de son âge, de son nom, de sa science, de son autorité considérable et de son caractère assez redouté ; l’autre, plus influent peut-être, surtout vers la fin, aimable écho du pouvoir, insinuant dans ses paroles et dans ses écrits. C’est bien Caylus que vise Cochin dans plusieurs passages précités, et dans cette dissertation sur le costume , presque excellente, qui se trouve dans ses Œuvres diverses. Il le vise encore quand, de son vivant, il se contente de parler des « amateurs » sans les nommer; il le nommera après sa mort. Ils se sont disputé l’influence, l’un inclinant vers les peintres purs, l’autre vers les archéologues. Caylus souhaitait un David, et il est mort sans le voir, mais pouvant le pressentir ; Cochin redoutait un David, et il l’a vu, et il s’en est mal consolé.

Ce n’est pas de quoi nous le blâmerions, au contraire, si d’autre part toutes les idées justes et parfois remarquables de Cochin n’aboutissaient, par une étrange aberration de jugement, à l’apologie outrée de l’école de Bologne. Ici, le ton se monte jusqu’au plus fol enthousiasme.

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