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Collection Hennin, t. XXX, p

Fac-similé de la gravure de Nicolas Cochin le Vieux.

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ait pris soin d’éterniser un acte de la munificence de son prédécesseur? Richelieu au contraire, sur la fin de sa vie, était tourmenté du désir de se survivre. On sait avec quel soin jaloux il fit graver, par Callot, le Siège de l' Ile de Ré , le Siège de La Rochelle , et de quels égards, de quels honneurs il combla le maître lorrain. Royal jusqu’en ses passetemps, il rêvait pour les créations de son dilettantisme une consécration analogue. A la date même qui nous occupe, un des élèves de Callot, Etienne de La Belle, récemment arrivé en France avec le baron Alex, del Néro, ambassadeur du grand-duc Cosme III, gravait pour Richelieu les planches de Mirame, en 1641 L Cette rencontre a sa signification. Quant à Torelli, c’était, comme Vigarani, un de ces Italiens inventifs qui avaient passé les monts à la suite de Marie de Médicis, et qui, parmi tant de métiers auxquels leur souplesse les rendait aptes, n’avaient garde d’oublier celui de courtisan. Les Nopces de Tétis sont un ouvrage trop considérable pour n’avoir pas exigé plusieurs années de travail. Commencé sous Richelieu, il n’y a nulle invraisemblance à admettre qu’il fut terminé sous Mazarin, ou que, à peine terminé, la mort de Richelieu survint, qui rendit possible une dédicace à coup sur inattendue. Torelli voulait s’assurer les bonnes grâces du nouveau maître, son compatriote, et Cochin, probablement besogneux, cherchait un patron. Leur attention ne fut pas perdue sans doute. En ce qui concerne Cochin, plusieurs planches qu’il consacra spécialement à l’Eminence dans la suite, et tant de grands travaux officiels qu’il entreprit sur les événements de son ministère, prouvent abondamment, quoique indirectement, qu’il eut toujours à s’en louer.

Si donc nos inductions ne paraissent point trop forcées, ce n'est point aux environs de 1648 qu’il faudrait placer l’arrivée de Cochin le Vieux à Paris, comme le croit M. Meaume, mais aux environs de 1640, et plutôt un peu avant qu’après. Quant à la coïncidence de la date de cette arrivée avec celle d’Etienne de la Belle, elle est de celles qu’un biographe à court de documents ne doit pas négliger2. La décision du graveur troyen comme celle du graveur florentin se rattachent, selon nous, à un fait très important dans l’histoire de la gravure française, savoir la vogue

1. Mariette, Abecedario. — Id. Jombert, Catalogue de La Belle , n° 74. Mirante est en dix planches, dont la première porte ce titre: « Ouverture de la grande salle du Palais-Cardinal ».

1. D'après Mariette, c’est en 1640 que La Belle vint à Paris. Le Catalogue de Jombert démontre l’exaçtitude de çette date,

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prodigieuse de Callot vers i63o, et le vide conside'rable produit par sa mort subite et prématurée. La verve caustique de l'artiste, sa faculté d’improvisation qui tenait du miracle, la vie qu’il jetait dans ses grandes planches historiques elles-mêmes excitèrent un engouement si généra], que l’influence du graveur nancéen dépassa les bornes de son pays et même celles de son art. Non seulement la France mais l’Italie et les Flandres payèrent tribut à son imitation; et non seulement la gravure, mais jusqu’à un certain point la peinture. Au xvne siècle où tout était à l'Italie, Callot fut si français qu'il marque une phase dans notre art. Et le prestige dura longtemps, puisque, à côté de contemporains comme Brébiette, La Belle, Cochin ou Bosse dont l’œuvre est toute pénétrée de Callot, on peut citer des artistes nés après la mort de Callot, et ne florissant que trente ans après lui, comme Sébastien Le Clerc, dont l’œuvre n’en est qu’à moitié dégagée . Lorsque, en 1 6 3 5 , Jacques Callot disparut, son genre était à la mode, il faisait loi : il lui fallait des continuateurs. Le succès était à ce prix. Les plus habiles d'entre ses élèves ou ses imitateurs vinrent tenter la fortune à Paris, qui de la province, qui de l’étranger. Cochin surtout ne devait pas résister à cette envie, lui qui depuis des années, obscurément et peut-être désespérément, s’acharnait à multiplier les gravures dans le goût de Callot, et dont l’outil était assez sûr pour enfermer, avec une finesse assez approchante, parfois de celle du maître, toute une composition dans un chaton de bague. Et c’est ainsi qu’on le trouve, comme à point nommé, débutant à Paris, en compagnie d’un artiste étranger qui avait subi presque aussi profondément que lui l’influence d’un artiste partout admiré, et préludant avec lui à ces travaux qu’ils devaient entreprendre en commun, sous la direction du sieur de Beaulieu, pour fixer sur le cuivre les journées immortelles du Grand Condé.

Toutefois, avant d’aborder cette partie de son œuvre qui n’est pas la plus originale ni la plus variée, il convient de revenir en arrière et de prendre Cochin dès les années de Troyes, pour essayer de caractériser son talent.

Cochin est, avant tout, et essentiellement, un imitateur de Callot. Dire qu’il n’a été que cela, ce serait pourtant méconnaître le mérite rare dont il fit preuve en s’assimilant non pas seulement les qualités d’outil de Callot, mais quelques-unes de ses belles facultés. Il faut que, malgré une différence de degré très notable, l’analogie des tempéra-

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ments ait été extrême, ou que le don d’assimilation ait été exceptionnel chez Cochin, pour que, soit qu’il inventât, soit qu’il réduisît ou traduisît la pensée des autres, il ne pût rien exécuter qui ne rappelât son modèle de façon surprenante. Il en était arrivé à s'exprimer si naturellement dans le style d’un autre, qu’on jurerait que ce style est à lui. Poussé à ce point, son cas est unique. Car enlin, si l’on voit clairement tout de ce que La Belle doit à Callot, et Abraham Bosse, et Pierre Brébiette, et tant d’autres qu’il serait aisé de nommer, on ne voit pas moins ce que le premier a ajouté de richesse et de grand goût à sa manière, le second d’invention dans le choix des sujets, d’observation, et parfois de profondeur, le troisième enfin d’originalité de pensée avec une pointe de singularité. Quant à Cochin, si l’on passait au creuset son œuvre, il n’en resterait guère que du Callot. Aussi peut-on le définir, à ce qu’il semble, un Callot de second ordre. Entendons par là qu’il ne faut lui demander ni ces croquis alertes, ni cette humeur bouffonne, ni cette fécondité un peu grouillante et bizarre, mais extraordinairement puissante qui caractérisent l’ancien élève de Parigi ; mais dans les sujets de demi-caractère et dans les pièces de format réduit, il reproduit très aisément l’entredeux des qualités de Callot, et il invente dans le même goût que lui, sans apparente servilité. Comme lui, il excelle à multiplier ces petits personnages qui, pour toute forme, n’ont qu’une allure, et qui, sans visage, sont tout expression. Sur un cuivre sans hauteur, derrière un rideau de bonshommes qui font premier plan, il sait gratter, du bout de la pointe, un de ces paysages ténus qui créent tout à coup une profondeur ; et ces pertuisanes d’une longueur comique, c?tte épaisseur drue de bataillons aux piques haut levées, ces bordures de grands arbres et de tours énormes qui repoussent et enfoncent les plans en les encadrant, tout cet ingénieux métier trahit un disciple si l’on veut, mais un disciple en possession de tous les secrets du maître, et passé petit maître à son tour.

Avec cela, il est très varié. Dans cette première manière, il a gravé plusieurs centaines de pièces (quelques-unes fort petites à la vérité), et sur des sujets fort différents. Nous ne ferons pas l’énumération de ces morceaux, dont la plupart se trouvent dans le recueil de Marolles, et le reste mentionné dans les deux projets manuscrits du Catalogue Mariette, et mentionnés plus haut. Batailles, chasses, paysages, fantaisies, histoires de saints, sujets de la Passion ou des Saintes Ecritures, il s’y trouve un peu de tout. L’auteur affectionne surtout les petites séries, les

« suites », qui étaient tout à fait dans le goût du temps. « Il a donné, entre autres, dit Florent le Comte, cent morceaux ou environ sur la Vie de Jésus-Christ et les paraboles ; la Passion en treize pièces, une autre Passion en seize, le Martyre des Apôtres , aussi en seize pièces carrées1; quantité de saints, différents martyrs, dix pièces sut Y Histoire de Judith , quantité de petits mystères copiés d’après Callot 2, plus de vingt-deux différents petits paysages (plus de vingt-deux, à coup sûr !) et petites courses dont plusieurs sont de lui, d’autres d’après Jacques Fouquer 3. »

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