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LE PLAISIR DES BONNES GENS

7ac-similé de la gravure exécutée par Mme Lingée, en 1784, d’après le dessin de C. N. Cochin le fils.

(Collection de M. Henri Béraldi.)

LES ARTISTES CELEBRES

embrasse, une très haute valeur. Malheureusement, il s’arrête en 1770’. Cochin a encore vécu et gravé vingt ans. Heinecken, qui a continué Jombert, dans son Dictionnaire1 2, n’a pas cru pouvoir adopter une méthode qui jurait avec le plan général de son ouvrage; il est fort à regretter que cette prétendue suite soit surtout le catalogue alphabétique des artistes qui ont gravé d’après Cochin entre 1770 et 1790. Le petit livre de Jombert étant très rare, et la suite de Heinecken plutôt faite pour dérouter, il serait à désirer qu’un catalogue général, conçu sur le plan de celui de Jombert et dont le catalogue de 1770 serait comme le fonds, fut enfin établi. Nous croyons savoir qu’il le sera bientôt, grâce au zèle et à la science d’un de nos plus érudits collectionneurs.

En attendant, on trouvera dans les Concourt, à la suite de leur étude si documentée sur Cochin, le catalogue de la partie la plus intéressante de son œuvre, c'est-à-dire de ses dessins. Ces maîtres connaisseurs ont ajouté aux indications de Jombert nombre de découvertes personnelles sur les dessins non gravés de notre artiste, sur des variantes inédites, sur ses gouaches ou ses aquarelles gouachées, sur les portraits postérieurs à 1770, et enfin sur diverses ventes. Les curieux auront toujours dans l’Art au XVIIIe siècle, un livre de chevet. Enfin, rappelons que le grand ouvrage de MM. Portalis et Béraldi sur les Graveurs au XVIIIe siècle donne un catalogue abrégé très exact et très précis de l’œuvre de Cochin le fils.

Ceci dit, on comprendra que nous nous bornions ici à étudier, en général, la physionomie du talent de Cochin graveur et dessinateur, et que nous en montrions seulement les aspects les plus caractéristiques. Nous cherchons surtout à marquer ses principaux traits comme artiste, brièvement, mais nettement.

Le graveur d’abord.

Cochin, comme graveur, est un des plus habiles maîtres de notre école française du xvnie siècle, pourtant si féconde en praticiens consommés. Son père et sa mère l’avaient formé au burin, outil de précision. Il fit rapidement ses preuves dans ce premier métier, et l’on peut

1. Catalogue de l’Œuvre de Ch. Nie. Cochin fils, écuyer, chevalier de l’Ordre du Roy, censeur royal, etc., par Charles-Antoine Jombert. A Paris, de l’imprimerie de Prault, M.D.CC.LXX. Ce catalogue contient 820 numéros, qui représentent un total de 1,262 pièces.

Z- Heinecken, Dictionnaire des graveurs f Cochin,

CONCOURS POUR LE PRIX DE L'ÉTUDE DES TÈTES ET DE L'EXPRESSION fondé à l'Acadcmie Royale de Peinture et de Sculpture par M. le comte de Caylus, Honoraire Amateur, en 1760. Réduction de la gravure de J. J. Flipart exécutée en 1763, d après le dessin de C. N. Cochin le fils.

(Collection de M. Béraldi père )

ib4 LES artistes célèbres

croire que c’est de là qu’il tint cette décision du contour, cette propreté nette, obtenue du premier coup, qui frappe à première vue, dans tout ce qui est sorti de ses mains. Mais la lenteur du burin le rebutait. L’agilité de son esprit, celle de ses doigts, étaient à la gêne; bientôt sûr de ses effets, il voulait inventer au lieu de traduire, ou traduire rapidement, jeter le dessin sur le cuivre comme on jette l’écriture sur le papier. Il lui (allait l’eau-forte. Son père se rendit à ses supplications, et le jeune graveur ne fut pas plutôt en possession d’un procédé si expéditif qu’il le cultiva presque exclusivement et ne fit plus du burin que son accessoire. Là est la caractéristique de Cochin comme graveur. Bien qu’il soit capable de faire merveille au burin, tout comme son père, c'est avant tout un aquafortiste de prédilection, qui a fait rendre à l’eau-lorte presque tous les effets qu’on demandait auparavant à la taille-douce. Dans ce métier, il est d’une adresse prodigieuse. Regardez les différents états des grandes planches de 17-p à 1747 pour les fêtes de la cour. Du premier coup, tout est en place. Cochin ne corrige pas, ne tâtonne pas, ne bousille pas. 11 couvre son cuivre de (ils d’araignée minces, ténus, solides pourtant, qui se multiplieront et se renforceront en passant d’un état à l’autre; mais l’effet est gradué, soutenu, avec une justesse qui confond. Ce qui ne surprend pas moins, c’est la douceur de l’ensemble. On ne sait par quel miracle l’acide a perdu de son âcreté, et le métal ces aigreurs accidentelles qui trahissent les plus adroits. Grave-t-il sur cuivre ou sur velours? Au reste, ce moelleux n’enlève rien à l'éclat, et le travail reste brillant dans les grandes pièces, presque chatoyant dans les petites. Caresser ainsi l’eau-forte, c’est véritablement faire une prouesse. Et Cochin a accompli cette prouesse toute sa vie, car si quelque chose chez lui s’est maintenu ferme jusqu’au dernier jour, ce n’est pas toujours la pensée ni le goût, c’est l’aiguille.

Mais ici sa gravure bénéficiait des qualités de son dessin, et aussi bien il est impossible de parler de l’un sans dire un mot de l’autre. Cochin, au début, a gravé d’après autrui pour s’exercer, et, depuis, de loin en loin, il a pris quelques modèles chez les maîtres italiens pour s’instruire, ou chez ses confrères, Boucher, Vernet, etc., pour son plaisir ou son profit matériel. Mais, en général, il a surtout dessiné, c’est-àdire composé ou inventé. Et il avait l’invention si rapide et si prodigieusement facile qu’il a dû renoncer à traduire, même à l’eau-forte, la plus grande partie de sesdessins.il a été à lui seul le pourvoyeur d’une légion

Tète de page pour une sonate.

Dessin de C. N. Cochin le fils, exécute' en 1782. Réduction de la gravure de B. A. Nicollet. (Collection de M. Béraldi père.)

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de graveurs, répartis sur deux générations, qui se sont disputé le privilège d’associer leur nom à un nom si réputé'. Or, il n’est point étonnant qu’un producteur aussi fécond quand il gravait d’après lui-même, ait fait paraître dans ses planches les mêmes qualités qui se remarquaient dans ses dessins. Et ces qualités du dessinateur, — nous y reviendrons tout à l’heure, — sont justement l’aisance, la promptitude, la justesse. Les dessins à la mine de plomb de Cochin (ce fut son procédé le plus ordinaire) ont ceci de remarquable qu’au fondu du crayon s’allie le découpé résolu des silhouettes. En passant du crayon à la pointe, Cochin changeait d’instrument, mais non pas de manière. Toujours décidé dans le tracé des figures, et précis sans ombre de sécheresse, il n’appuyait plus, i! frôlait dans l’intérieur des contours, et il obtenait ainsi, soit par de longues et fines égratignures, soit par un pointillé discret, les demiteintes et les rondeurs nécessaires. Restait, pour les grandes pièces surtout, à reprendre et à terminer au burin. On peut se convaincre en comparant le tini avec le dernier état, que le cuivre est toujours buriné au minimum, et que notre artiste avait vraiment renversé, au bénéfice de l’eau-forte, la proportion ordinaire de ces deux travaux. Cettehardiesse,et cet allègement aussi, il en était redevable tant à l’excellence de son apprentissage qu’à sa pratique particulière du crayon. Ainsi, même quand on veut louer chez lui l’ouvrier, qui était de premier ordre, il se trouve qu’on loue du même coup le dessinateur, un des plus sûrs que notre art puisse compter. Les qualités de sa main sont justement les qualités de son esprit. Correspondance bien naturelle, soit; mais bien rarement poussée à ce degré. Car c’est presque trop peu dire de Cochin que l’esprit chez lui guide la main. Il semble qu’on puisse dire que, chez lui, l’esprit c’est la main.

Quel était donc le tour naturel de cet esprit, et par quelles étapes, si l’on peut ainsi parler, est-il passé, au cours d’une existence si longue et si laborieuse ?

Dès qu’il peut tenir assez dextrement un crayon entre les doigts, à seize ans, Cochin dessine pour son compte. De quel côté le porte l’instinct ? Son premier ouvrage est une suite de Diverses charges des rues

i. Outre son père, sa mère et les Tardieu, on peut mentionner presque tous les graveurs qui ont joui de quelque réputation de 1740 et 1790, Cars, Daullé, Dupuis, Flipart, Choffart, Fessart, Miger, Wille, Cathelin, Augustin de Saint-Aubin, Demarteau l’aine", Mmo Lingée, Lempereur, Delaunay, Prévost, Chédel, Moreau, etc. (Voir la liste de Heinecken et les indications de Jpmbert et des Gonçourt.)

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