‹ Les CochinChapitre 68 sur 102 · Voir Goncourt, Catalogue, Scènes de la vie familière · texte numérisé non relu

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était vraiment doué du sens de la vie. Il reflétait d’instinct l’air et l’esprit des choses. Il démêlait du premier coup ce qu'il y a d’individuel dans une physionomie, et le dégageait comme sans le faire exprès. Voyez comme les groupes qu’il a semés sur le premier plan des Ports de France sont vivants et variés! Voyez surtout avec quel bonheur il a fixé au vol, dans plusieurs centaines de médaillons où sa main preste s’est jouée, toutes les têtes des célébrités de son temps, artistes, grands seigneurs, académiciens, ministres, écrivains, un Bouchardon, une Favart, un Caylus, un Marigny, un Turgot, un Chardin, un Boucher, un Duclos, et Walpole, et Jéliotte, et Garrick, et Goldoni, et Hume, et tant d’autres, tous frappants d’individualité, tous marqués d’un tel sceau de vérité qu'on est tenté de s’écrier : « C’est lui, je le reconnais ! »

Chose non moins rare: chez lui l’observation ne nuisait pas à la fantaisie, ni le don de traduire à celui d’arranger. L’imagination, chez Cochin, est plus ingénieuse qu’inventrice ; elle est réelle pourtant. Il a celle de l’ornemaniste plutôt que celle du peintre, sa fantaisie est plutôt décorative que plastique. Pour la prendre à sa source, il faut remonter à ses premières pièces, par exemple, à cette annonce pour Stras, marchand joyalier du roi (1735), la première composition vraiment inventée qu’il ait gravée d’après lui-même. Le motif de la décoration, tiré du sujet, (plantes marines, coraux et pierres), était bien trouvé. Gn voit déjà là un genre d’encadrement que Cochin a fait sien, et qu’il assouplira, allongera, contournera, variera de toutes les manières quand il sera en possession de tout son savoir-faire. Tantôt il se borne à emprunter ses formes à la rocaille, et alors il crée ces adresses, ces ex-libris , ces billets de bal ou de théâtre , qui sont des bijoux de grâce et de bon goût; tantôt il fait prédominer la figure, génies ou femmes, et il nous donne ces fleurons, ces culs-de-lampe, ces en-tête, ces armes (celles du marquis de Marigny par exemple), où la décoration est déjà de la composition, mais, Dieu merci, pas encore de l’allégorie. Ces amours accostés, ces muses vagues ne visent qu’à charmer nos yeux : et le soupçon d’intention que peut marquer le choix des accessoires n’est pas assez accusé pour détourner l’esprit de son plaisir. Là encore Cochin, sans être très nouveau, a bien son goût et son originalité, après Watteau, après Boucher, avant Eisen. Enfin, quand il encadre ses vignettes de motifs d’architecture, et qu’il fait monter, descendre, dégringoler parmi moulures et colonnes ses nichées d’enfants, il montre sans doute qu’il est de son

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LES ARTISTES CELEBRES

temps, et qu’il a beaucoup adoré ce qu’il devait brûler dans la suite; mais il révèle surtout un talent d’appropriation aimable, modéré, harmonieux, qui le garde naturellement du mauvais goût, et l’on ne s’étonne plus que le siècle raffiné par excellence se soit engoué de ces productions, et qu’il ait appelé ces délicates bagatelles, du nom même de leur inventeur, des Cochin.

Ces deux dons remarquables, l’exactitude dans l’observation et le goût dans l’arrangement, trouvèrent comme à point nommé leur plus heureux emploi lorsque Cochin fut nommé dessinateur des Menus-Plaisirs. Sa véritable vocation, qui s’annonçait dans la planche qu’il avait gravée, si jeune encore, d’après le Pannini le Feu d'artifice sur la place Navone , 1735), s'affirmait dès l’année suivante avec V Illumination de Meudon , et brillait de tout son éclat dès 1740, après le dessin de l’Audience publique donnée par le Roy à l'ambassadeur de Turquie. La suite ne fut pas moins illustre; et tant que la cour eut ses réceptions, ses bals, ses représentations de gala, ses pompes funèbres à fracas, ses illuminations et ses feux d’artifice, c’est-à-dire de 1 740 à 1750 environ, mais spécialement de 1745 à 1747, Cochin fit revivre ces scènes par le crayon, puis par l’eau-forte, dans d’immenses compositions où l’on ne sait vraiment qu’admirer le plus, de l’ensemble ou des détails. Son talent bat ici son plein. Cette difficulté capitale, de montrer à la fois le cadre et les personnages, de ne pas écraser les seconds sous le premier; et cette autre, de conserver au tout un caractère précis, une marque et un style propres, sans lui rien retirer de son animation mondaine, et sans perdre dans la foule les véritables héros de ces fêtes, Cochin en a triomphé avec la dernière habileté, sans qu’il ait semblé lui en coûter aucun effort, aucun sacrifice. Par l’emploi de la perspective italienne, il relève le décor, fait pyramider le plafond, dont nous ne perdons pas un lustre, pas une girandole, et il enlève le fond et le plan supérieur avec délicatesse, en allégeant de plus en plus son travail. La moitié inférieure de la planche, au contraire, c’est-à-dire la foule chamarrée qui danse, qui contemple, ou qui écoute, est plus ressentie, quoique avec une gradation infiniment savante. Voyez, par exemple, la Décoration du Bal paré donné le 24 février 2742 dans la grande écurie de Versailles. Comme le premier plan de seigneurs debout est animé! Ce n’est point la représentation figée d’une solennelle étiquette : on cause, on sourit; il y a là des ports de tête, des demi-gestes, des propos chuchotés : c’est la tenue de la

1/ aune affaire des heureux : t Fl ne doit vins former de voeux

J)u sort lu faveur le seconde , 1 il fait le Inen de tout le monde- .

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