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LES ARTISTES CELEBRES

cour, mais cette cour est vivante, parlante. Et, si l’ensemble a une unité, un accord qui frappe à première vue, dans le détail la variété est poussée jusqu’à l’individualité. Un degré de plus, et ces têtes de premier plan seront des portraits. En avant de cette haie, dans l’espace vide qui attire le regard, se détachent, debout, les fiancés, le Dauphin et la première Dauphine, Marie-Thérèse, qui dansent le menuet. Entre ceux-ci et les spectateurs de premier plan, le Roi et la Reine, assis sur un fauteuil, président et se montrent à nous de trois quarts, par un ingénieux arti-' lice de composition. Cependant, autour des augustes danseurs, et derrière eux, se ferme le cercle des places d’honneur; un sextuple rang de dames en grand habit garnit cette couronne, assistance parée et nullement muette; et en arrière, sur des estrades légèrement montantes et aboutissant à une sorte de balcon ou de galerie continue, s’étagent élégamment, séparés par des appuis gondolés et bombés, les invités de diverses marques, tandis que les torchères énormes, véritables monuments d’orfèvrerie, les appliques des boiseries et les lustres de cristal du cintre font étinceler la scène entière des mille feux de leurs bougies.

Telle est une de ces pages, prise en quelque sorte au hasard. Car ni la Décoration de la salle de spectacle , ni la Décoration du bal masqué , ni le Jeu du Roi , ni la Cérémonie du Mariage du Dauphin , de la même année 1745, non plus que les Pompes funèbres de l’année 1 746, ne présentent de mérites inférieurs. C’est toujours la même adresse et la même fidélité quant à la peinture des moeurs. Dans les Pompes de la Dauphine ou de Philippe V, par exemple, la frivolité du décor et le peu de recueillement de l’assemblée ne frapperont pas moins que l’harmonie et la richesse un peu théâtrale et « tarabiscotée » de l’ordonnance générale. Et rien ne retrace plus vivement à nos yeux une époque que ce spectacle de la « Mort- Pompadour ». Rien non plus ne nous donne une plus juste idée de ce qu’est dans son essence l’espèce de génie d’un Cochin, aux prises avec une tâche qui réclamait de la grâce, de l’esprit, du talent, mais par-dessus tout un sens particulier des moeurs de la cour, un tact instinctif de ses élégances. Le peu de profondeur delà peinture devient ici comme une qualité historique, puisque l’observateur n’est pas plus superficiel que son modèle, et qu’en nous transmettant des airs et des attitudes, il nous a transmis son âge tout entier.

Durant une dizaine d’années, plus ou moins, Cochin composa de ces tableaux de cour qui sont aujourd’hui le titre le moins fragile de sa

DAPHN1S ET ALCIMADURE.

Réduction d un état de 1 eau-forte de B. L. Prévost, d après un dessin de C. N. Cochin le fils, pour l'illustration des Fables de La Fontaine, édition dite d’Oudry.

(Collection de M. Henri Béraldi.)

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gloire. Nous disons dix années, car, s’il resta dessinateur des Menus- Plaisirs jusqu’en 1770 et ne se démit qu’en faveur du seul artiste capable de le rejeter momentanément dans l’ombre, Moreau, en réalité, après ipSo, la rigueur des temps lui offre peu de sujets à graver, soit faute de fêtes, soit faute d’argent. Entre 1740 et 1750, Cochin est donc à l’apogée de son talent comme de sa réputation. Ses grandes planch'es officielles, si elles ne sont pas du grand art, ou du plus grand, sont en tout cas de l’art, et du très raffiné. Mais ces rares commandes ne suffisaient pas à son activité, ni à son ambition de plaisirs. Il avait la vogue; il voulut en jouir. On le pressait d’offres; les tentations lui venaient de cent côtés; le commerce, pour tout dire, le guettait. Il ne sut pas résister. Et c’est justement lorsqu’il touchait au sommet de son art charmant, graveur d’après nature, et inimitable en son genre, qu’il se laissa choir au métier machinal d’illustrateur. Il n’en prévoyait pas alors tous les dangers.

Il n’en connut d’abord que les profits. L’argent, nous l’avons dit, lui était nécessaire pour ses plaisirs; et la popularité, cette gloire en menue monnaie, ne laissait pas de le toucher. L’amitié de Jombert, imprimeur du roi pour l’artillerie et les ouvrages de sciences, ne fut pas non plus étrangère à la faiblesse de l’artiste : nombre de livres illustrés par Cochin sortent de ses presses. Enumérons quelques titres, ne fùt-ce que pour convaincre le lecteur de l’infinie variété de l’entreprise, et par conséquent de sa vanité. Se faire l’illustrateur universel, c’est à vrai dire ne rien « illustrer » spécialement, et se montrer d’autant plus incapable de traduire un sujet, qu’on se croit propre à tous les sujets. Et quels sujets surtout ! Les plus anti-artistiques, souvent les plus biscornus. Frontispices pour les Nouvelles ecclésiastiques , vignettes pour le Calcul différentiel et calcul intégral , de Didier; pour une Astronomie physique, de Gamaches; un Mécanisme de l’artillerie, à côté de la Religion, de Racine le fils; ou encore les Eléments de la Guerre des sièges, brochant sur des Oraisons funèbres, ou sur les Mémoires de l'Académie de chirurgie! C’est grande marque de médiocrité, chez un artiste surtout, que de n’avoir aucune préférence de sujet, de les trouver tous également bons. Cochin, à qui l’on prêtait une sorte de génie d’enjoliveur, n’atteint pas même à la fertilité relative d’un Fontenelle. Sa facilité n’est réellement que de la stérilité. Et quelle monotonie! Qui a vu un groupe de génies gambader parmi pétards et fusées ; un autre manier compas et télescopes; un troisième singer la douleur avec des poses affligées, et

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