LE FOU QUI VEND LA SAGESSE
Réduction d un état de 1 eau-forte d Aliamet, executée d après un dessin de C. N. Cochin le fils, pour l’illustration des Fables de La Fontaine, édition dite d'Oudry.
(Collection de M. Henri Béraldi.)
un quatrième élever en l’air un écusson ou parader dans les nuages avec des attributs d’apothéose, qui a vu, dis-je, ces quatre échantillons (peutêtre en est-il un cinquième, mais je n’en jurerais pas) les a tous vus. Les yeux sont bientôt rassasiés de leur amusement, et le dégoût vient vite. Certes, à prendre les vignettes séparément, on est tenté d’en louer l’élégance, l’ingéniosité. Pour illustrer des ouvrages de littérature célèbres, Cochin s’est mis en frais, a déployé toutes ses grâces, et l’on sait s’il en a à revendre! 11 ne réussit que médiocrement, — ne l’en blâmons pas, — avec les Contes de La Fontaine; et les Fables (édition dite d’Oudry), dont il accepte trop vite de restaurer les planches, n’ajoutent rien à ses titres: mais les gravures pour la Henriade , pour le Lutrin, sont très jolies, — trop jolies, — couvertes de figures, d’un travail fin et précieux. Encore un coup, ces mérites peuvent éblouir un instant les yeux, et même le convenu de l’illustration ne dépare pas ici les vers froids de Voltaire et de Boileau. Mais malheur à Cochin quand il touche à un Lucrèce, à un J. J. Rousseau! Il devient purement ridicule. C’est lui-même, et non plus l’écrivain qu’il trahità cette traduction. Comprit-il jamais lapassion. la nature, l’éloquence, ce collaborateur de Mme de Pompadour ? Et Bou • cher, son maître indéniable, ce modèle admiré dont Cochin est la réduction microscopique et plus correcte, Boucher en soupçonna-t-il jamais quelque chose ? Il serait cruel d’insister.
Survient le fameux voyage d’Italie. Cochin a beaucoup vu, noté, comparé. Il s’improvise critique et apôtre du grand art. Il veut prêchei d’exemple, il cherche à élargir sa manière, il vise au style. Et c’est ici que, tout en le louant de sa noble ambition, on ne peut s’empêcher de mesurer combien les œuvres sont inférieures aux intentions. Ce que notre Cochin rapporte d’Italie, ce sont quelques dessins d’après l’amollissant Pietre de Cortone, qu’il trouvera moyen d’amollir encore (Sainte Catherine, la Vierge et l'Enfant Jésus, Sibylle , César répudie Pompeia , etc.); ou des compositions dans le style soi-disant antique, un Virginius , un Brutus, ou ce fameux Lycurgue blessé que l’Académie accepta en 1761 comme morceau de réception à titre re'trospectil, et devant lequel tout l’art français se pâma d’admiration. C’était pourtant un simple Grec d’opéra que ce Lycurgue dandiné sur ses hanches, comme un danseur, et montrant à la foule son œil crevé d’un geste de l’index digne d’une pantomime. Et la bouche béante de l’homme qui l’a frappé, et l’attitude effarée de la foule, et les statues à la Bernin qui se profilent,