PORTRAIT DE L’ORFEVRE BOUTHEM1E
Réduction de la gravure de Nicolas Cocliin le Vieux.
et de reproduction serviles, mais au contraire doué de réelles qualités d’évocation, et capable de sténographier sa pensée sur le papier ou sur le cuivre, de chercher et de noter des effets instantanés. La même souplesse inventive se montre enfin dans ces écussons, cartouches, rinceaux ou encadrements variés dont le goût commençait à prendre si fort chez nous. Avant que Le Brun eût porté le genre à ce degré de luxueuse richesse qu’il ne pouvait dépasser que pour déchoir, Cochin le Vieux l’avait cultivé avec un goût, une variété et une sorte de somptuosité
LES ARTISTES CELEBRES
sérieuse qui font paraître lourds et froids les essais analogues d’un Abraham Bosse.
Ce n’est donc pas sans raison que Cochin de Troyes, en général si peu connu aujourd’hui, eut autrefois ses prôneurs. De nos jours encore il a trouvé un partisan convaincu en l’érudit et sagace M. Renouvier'. Nous avouons cependant ne pas bien comprendre le passage où il dit que Cochin «s’efforça de transporter la manière de Callot et de La Belle aux plus grandes compositions connues de la peinture, comme les Noces de Cana , de Paul Véronèse. » Sans parler de l’obscurité de cette définition, on peut se demander où M. Renouvier a vu les Noces de Cana traduites par Cochin dans le style de Callot. Nos recherches, — incomplètes sans doute, — ne nous ont jamais rien révélé de semblable, et Mariette là-dessus ne sonne mot. Sans doute M. Renouvier se sera mal exprimé. S’il eût dit que, dans ses compositions originales, sa pointe, quoique callotiqne , et partant un peu sèche, est pourtant guidée par un œil de peintre, nous lui eussions donné complètement raison. Que Cochin n’ait point gravé du tout de tableaux, nous n’en voudrions certes pas jurer, mais le cas est assurément fort rare. M. Renouvier juge d’ailleurs excellemment de son talent, « ferme dans le petit, agréable dans ses parties, seulement trop gaspillé en ouvrages de pacotille »; et il marque justement son estime non pas précisément à l’imitateur trop exact de Callot, mais à l’auteur verve>ux de la Foire de Guibray et du Portrait de Boutliemie.
Cette facilité d’improvisation et cette pointe d’amusant réalisme furent célébrées du vivant même de l’artiste, par l’abbé de Marolles, dans ce méchant catalogue rimé, si précieux pour nous cependant, intitulé le Livre des Peintres et des Graveurs2 . Il revient sur Cochin jusqu’à trois fois. Dans un premier quatrain, il le range avec Séb. Le Clerc et Van der Meulen, dont Cochin fut en effet le contemporain, quoique beaucoup plus âgé qu’eux.
Leclerc fait à l'eau-forte avecque tant d'adresse
Tout ce qu’il fait si bien, qu’on en est étonné;
Vandermule accomplit ce qu’il a dessiné;
Le libertin Cochin a beaucoup de richesse.
Le rapprochement, et l’opposition du dernier vers, pour être faible-