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Types et manières des maîtres graveurs

2. Réédité et annoté par G. Duplessis, Paris, Daffis, 1872, petit in-12.

ment exprimés, n’en sont pas moins justes. Cochin, qui est presque sage à côté de Callot, devait paraître libertin (c’est-à-dire suivant l’acception du temps, pittoresque, exubérant), à la date où écrivait Marolles, aux environs de 1672. Tout s’e'tait assagi sous le nouveau règne, et Cochin lui-même, comme nous allons le voir, absorbé par ses travaux officiels, ne jetait plus que rarement sur le cuivre les fantaisies de sa verve.

Dans deux autres passages, Marolles l’accouple soit à Brébiette, soit à Pérelle1, et il se trouve que cette juxtaposition de noms est presque, à elle seule, une bonne définition :

Ensemble on peut ranger Cochin et Brébiette 1 :

Tous deux sont inventifs, et tous deux hardiment

Ont fait divers sujets qui plaisent un moment.

L’abondance des deux à l’eau-forte est complète.

Un peu plus loin, dans ses Additions , il dit en parlant de sa propre collection :

Beaucoup d’autres crayons y sont sans nom de maître;

Des faciles Cochin, des Pierre Brébiette,

Des Pérelles aussi. . .

Ces vers n’ont que le tort de n’être pas mis en prose, — ou plutôt d’être une prose si succincte. Plus explicites, ils compléteraient heureusement le jugement que Mariette, amateur décidé du vieux Cochin, portait, au xviii0 siècle, sur l’artiste dont son grand-père avait si souvent gravé ou édité les planches. Tels quels cependant, ils font l’éloge du goût de Marolles qui, tout en admirant la nouvelle génération de graveurs formée à l’école de Le Brun, goûte pourtant la « richesse » de Cochin, le déclare inventif, hardi et abondant. Ce sont là des mérites que l’on peut reconnaître encore dans ses pièces jadis réputées, comme la Petite Tentation, par exemple. Le sujet est encore un de ceux de Callot; mais la scène est moins satanique, de ce satanisme à la Holbein et à la Brueghel2 qui sent si fort son Moyen-Age, et qui respire encore chez Callot ; elle est moins drue, hérissée, entassée; elle a moins de cliquetis et de pétarades. Ce n’est plus un diable grimaçant qui tire par sa longue

1. Il les a lui-même rangés ensemble dans sa collection. Le même volume y contenait, y contient encore l’œuvre de Brébiette et de Cochin.

2. Nous parlons ici de Pierre Brueghel le Vieux, si récemment mis en lumière par les belles études de M. Émile Michel. ( Les Artistes célébrés : les Brueghel.)

LES ARTISTES CELEBRES

barbe le saint épouvanté; une jolie dame parée, monstre cent fois plus dangereux, présente à saint Antoine un miroir; et saint Antoine, modeste et recueilli, nullement effaré, prie avec tranquillité, sans hasarder toutefois le regard vers la tentatrice. Telle est, dans sa bizarrerie élégante, cette planche d’un goût nouveau, dont la note moderne dut ravir les connaisseurs.

Cochin cependant, arrivé à Paris entre 1 6 3 8 et 1640, comme nous avons tâché de l’établir, fut-il tout de suite en possession du succès auquel il dut sans doute ses travaux officiels? Nous ne le pensons pas. Lés débuts, il est permis de le présumer, furent pénibles au graveur provincial; et c’est probablement à cette période qu’il faut rapporter cette foule d’ « ouvrages de pacotille », dont il fit son gagne-pain. lise trouve d’ailleurs de l'or dans ce plomb: tel ce « Portrait de l'illustre Bouthemie », orfèvre de râpes à tabac, morceau enlevé de verve, et d’un vigoureux réalisme: on dirait une pochade à l’eau-forte exécutée d’après quelque modèle d’Adrien Brouwer. De la même époque, ces Cris de Paris, en huit pièces (introuvables du reste), et qui eurent au siècle suivant tant d’imitateurs; de là encore une certaine Tentation de Callot, accommodée par Cochin, et pourvue d’une inscription dont le latin tourne à l’italien à moins qu’il n’incline au jargon : « N. Cochin scnlp. Parisis in domo Pétri Derosnel originale posessori. » (Sic.) A quelle date était-il chez Derosnel? Qu’y faisait-il? Autant de questions sans réponse possible. Une Bataille de Patay , une Bataille de Fornoue , d’autres planches éparses sembleraient prouver qu’il a illustré une histoire de France, et peut-être une histoire du Languedoc L Tous ces débris, et d’autres encore, inconnus à Mariette comme à toute espèce de répertoire, attestent la hâte d’un ouvrier besogneux. Mentionnons encore, au moins pour son titre piquant (car nous n’avons pu découvrir l’estampe elle-même), la Carte du Pays imaginaire de Jansénie 2. Mais est-elle de l’époque où Cochin a gravé, — contraste édifiant et logique, — la Carte du Royaume du Ciel ? Ou faut-il la placer plus tard, en 1 6 5 6 , après l’éclat du jugement d’Arnauld en Sorbonne, et celui des premières Provinciales ?

1. Cabinet des Estampes, Suppléments. — Mariette mentionne encore un frontispice avec portraits pour les Négociations d'Hippolyte d’Este, cardinal de Ferrare; un autre pour l’ Histoire des Antilles ; des vignettes pour V Histoire de saint Athanasc, etc. Ces divers morceaux ne peuvent guère avoir été exécutés qu’à Paris, et vers cette époque.

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