Mariette, Catalogue manuscrit
LES ARTISTES CÉLÈBRES
Quoi qu’il en soit, il est certain que la fortune sourit à l’artiste dès les premières années du règne de Louis XIV. A défaut d’autres documents, son œuvre est là pour l’attester. Ici encore, on pourrait chicaner sur les dates. Nous croyons, quant à nous, que les grandes planches historiques de Cochin sur les campagnes de Louis XIV furent commencées très peu de temps après 1644, et qu’on peut considérer cette année 1644 comme celle qui fait définitivement de Cochin une sorte de graveur officiel et d’historiographe à l’eau-forte. En d’autres termes, son nom et son œuvre doivent être dès lors rattachés au nom et à l’œuvre du chevalier de Beaulieu.
On connaît l’histoire de ce « Sébastien de Pontaut, sieur de Beaulieu, chevalier de l’ordre de Saint-Michel, premier ingénieur du roi et maréchal de camp, qui, ayant -eu le bras droit emporté par un boulet en conduisant la tranchée au siège de Philipsbourg en 1644, résolut d’employer la main qui lui restait à dessiner les plans des villes, les sièges, les batailles auxquels il avait assisté dans le cours de sa carrière militaire1 ». Telle est l’origine de la première grande entreprise de gravure que vit le règne de Louis XIV. Elle a ceci de remarquable que, quoique placée sous le patronage officiel, et très certainement encouragée par le ministre dont elle consacrait la politique tout en en ménageant les deniers, elle fut tout entière conçue et dirigée par un particulier. C’est un spectacle attachant que celui du blessé de Philipsbourg, consacrant ce qui lui reste de forces à élever à son roi, à la France, un monument impérissable de notre gloire militaire. Mais à quels artistes s’adresser, sinon à ceux que leur genre de talent désigne pour les sièges et les batailles? Cochin et La Belle sont tout indiqués ; aussi sont-ils des collaborateurs de la première heure. Et quelles planches graver d’abord, quels événements rappeler de préférence, sinon ces grandes journées qui immortalisent le début du nouveau règne, et celle entre autres où notre « sergent de bataille » a gagné une glorieuse mutilation? Thionville, Rocroy, Gravelines, Fribourg, Spire, Philipsbourg seront les premiers sujets traités; le nom de Cochin se lira après celui de La Belle sur les planches monumentales (1 m. 20 sur 90 cent.) de la Prise de Fribourg , et sur celle de
1. Catalogue de la Chalcographie, Notice. Voir encore : G. Duplessis, Le Cabinet du Roi. — Une gravure de la Collection Beaulieu (n° 3545 de la Chalcographie) porte cette indication un peu différente : A Paris, par le chevalier de Beaulieu le Donjon, sergent de bataille des camps et armées du Roy, avec privilège de S. M. — A Paris, chez l’Autheur, rue Saint-Andre'-dcs-Arts, Porte de Bucy.