PORTRAIT DE THOMAS-A1GNAN DESFRICHES
Fac-similé d'une gravure de Moyreau, d'après le dessin de C. N. Cochin le fils.
FRANCE. DESSINATEURS ET GRAVEURS. LES COCHIN. — l3
LES ARTISTES CÉLÈBRES mations étaient, je le sais, nombreuses ; mais celle de Cochin, appuyée d’une démission, fut parmi les plus vives. Le ministre dut céder L Cochin ne montra pas moins de ténacité avec les gens en place toutes les fois qu’il eut les intérêts de l’art à défendre. Il avait pratiqué de longue main cette espèce, intrigante entre toutes avant le succès, insolente après, qui n’exigeait et ne méprisait rien tant que l’obéissance passive. Des boutades d’humeur lui échappent souvent à ce sujet; et il faut que la dignité de l’homme soit bien blessée chez l’artiste, pour qu’il n’épargne pas même les brocards à son protecteur. Marigny avait eu des torts envers l’un des Slodtz; il admit Slodtz à lui demander son pardon, et le lui accorda avec grandeur. « C’est une plaisante chose que les usages du monde, s’écrie Cochin : lorsque les supérieurs ont quelque tort, la politesse veut que ce soient les inférieurs qui leur demandent excuse1 2. » On sent, à le lire, combien le besoin de considération était devenu profond chez les artistes; ce sentiment si légitime, mais si récent, est à lui seul un indice. On marche à grands pas vers l’égalité. Le ciel nous préserve de faire de Cochin un républicain, lui qui lançait avec mépris, du haut de sa petite perruque, l’épithète de « démocrates » aux jeunes artistes inoffensifs qu’enflammait l’aurore de 8g; mais il protesta toujours contre le sot orgueil des grands, et, toute colère à part, il avait cent fois raison d’écrire à propos des abus qu’il signale : « Les gens en place ne peuvent trop apporter d’attention à la manière dont ils traitent leurs inférieurs, surtout des hommes sensibles comme le sont la plupart des artistes 3 4.»
Telle nous apparaît, esquissée à grands traits, la physionomie de Cochin. Veut-on la voir plus vivante encore, avec tout le laisser-aller de la conversation familière, il faut parcourir les lettres à Desfriches ou les lettres à Descamps L
1. Il s’agit de l’arrêt du 3o août 1777, qui compromettait la propriété litte'raire et les privilèges des imprimeurs. L’arrêt fut rapporté le 3o juillet 1778. Un régime mixte moins libéral certes que l’ancien (puisqu’il réduisait la propriéié à la vie de l’auteur augmentée d’une période de dix ans), mais moins dur que le nouveau, fut alors inauguré jusqu’à la loi du 24 juillet 1793.