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PORTRAIT DE A. L. DE LA LIVE DE JULLY

Fac-similé de la gravure de A. L. de La Live de Jully, d’après le dessin de C. N. Cochin le fils. (Collection de M. Béraldi père.)

LES ARTISTES CÉLÉBRÉS

Thomas-Aignan Desfriches (1715-1800) était un paysagiste amateur, ancien élève de Natoire, qui, pouvant devenir peintre passable et étant resté dessinateur très facile, avait préféré, en vrai sage, se retirer dans sa ville natale, Orléans, pour faire du commerce son occupation, et de l’art son amusement. Devenu possesseur d’une belle fortune, il mena une charmante vie de bon plaisir, partagé entre les bords de son cher Loiret, sa petite maison de la Cartaudière où l’on « ribotait » avec quelques amis, et une très belle collection de tableaux qu’il avait composée à Orléans avec un goût éclairé. Ses relations étaient fort nombreuses, soit avec les artistes, soit avec les grands seigneurs épris d’art, un Choiseul, un Rohan-Chabot. Mais ses préférences allaient à de gais compères comme Cochin. Il lui adressait tantôt des invitations, tantôt des dessins fort engageants. Cochin gravait les dessins, — et l’on trouve ainsi dans son œuvre une grande vue d’Orléans qui a un véritable mérite, — et répondait quand il le pouvait aux invitations. Sinon, il chargeait l’ami Desfriches de commissions. Car l’ami Desfriches était bon pour tout : bon pour procurer une trei^aine de mouchoirs, du vin ou du vinaigre du cru ; bon pour souscrire aux Ports de France et faire aux auteurs une active propagande: « Dieu vous bénira, n'en doutez pas! vous avez travaillé pour la propagation des écus des Cochin, des Le Bas, si que leurs bourses deviennent grasses à lard. Que de jouissances s’en suivront ! » Bon enfin pour servir de trait d’union entre un groupe d’artistes de Paris et un joyeux cercle d’amateurs de province.

Car ils sont là toute une compagnie. Du côté Cochin, c’est Mme Jombert, la femme ou la belle-fille de l’éditeur; c’est Chardin, c’est Mme Chardin, dont les noms reviennent à tout propos. Du côté Desfriches, c’est d’abord Mmc Desfriches, puis MIle Desfriches, qui parait avoir été charmante; c’est surtout un certain neveu, Robbé de Beauveset, rimeur infatigable, et probablement impitoyable, auteur d’une foule de pièces héroï-comiques, comme sa Satyre , ses Vierges d’Orléans, et cette Odyssée (ou Mon Retour de Saintonge ), pour laquelle Desfriches a dessiné quatre planches que Cochin a gravées, assez mal d’ailleurs1. On saisit sur le vif dans cette correspondance ce Cochin

publiées. ( Quelques lettres inédites de Cochin .) Les Goncourt ont très largement cite' soit les unes, soit les autres, et ils y ont joint diverses pièces de nature à compléter ces extraits.

1. Le temps lui avait manque' : « Je les ai lâchées à contrecœur, j’enrage, etc. »

Pour cli armer lousles yeuxJeDieu qui nous eiiilaaue Réunit dans Heb^les grâces, la tcâiilé.

Pourla-faire adorer, les Dieux ont clans Ion anie Imprimé tous les traits de la Divinité.

Cotckîtv deél/l A. h. fie,J,aJwe JccJp

PORTRAIT DE LA MARQUJSE ü’ ETA M PE S.

Fac-similé de la gravure de A. L. de La Live, d’après le dessin de C. N. Cochin le fils. (Collection de M. Béraldi père.)

LES ARTISTES CELEBRES

plaisant et gouailleur dont Diderot a dit, en face de son portrait peint par Van Loo : « Il est ressemblant, il est fin; il va dire une ordure ou une malice. »

Les lettres à Descamps1, gaies et familières encore, touchent de plus près aux événements artistiques du temps, et offrent un véritable intérêt. Il est fâcheux que quelques-unes ne soient pas encore sorties des archives

de l’Académie de Rouen, non plus que divers opuscules de Cochin.

Cela viendra sans doute. Il est permis en tout cas de présumer que le Cochin inédit n’est pas un nouveau Cochin. Ici encore nous voyons en lui un bon confrère, mieux placé que sonamideRouen, et très empressé à lui donner toutes sortes de nouvelles. Descamps, d’ailleurs, n’était paB le premier venu. Neveu de Ch. Coypel et de Largillière, membre de l’Académie royale 2, écrivain agréable, fondateur de l’école gratuite de dessin de Rouen, comme

Il lui arrivait souvent de pester ainsi après coup. Sur la fin de sa vie, ses ouvrages n’étaient plus soignés. Il fait son mea citlpa même pour les dernières planches des Ports de Fra

1. Jean-Baptiste Descamps, né à Dunkerque, 1714, mort à Rouen, le 3o juillet 1791.

2. Reçu le 7 avril 1764; son tableau de réception était : Une Cauchoise. Descamps a écrit les Vies des Peintres Flamands, Allemands et Hollandais (Paris, 1755-1763, 4 vol. in-8°), et le Voyage pittoresque de la Flandre et du Brabant (Paris, 1769, in-8”). Les lettres de Cochin à Descamps sont datées du 5 décembre 1757 au 10 janvier 1790.

Fac-similé de la gravure d'Ét. Fessard, exécutée en 174-5, d'après le dessin de C. N. Cochin le fils, pour la Maniéré de graver à l’eau-forte, par Abraham Bosse. Nouvelle édition augmentée du quadruple, par C. N. Cochin le fils et Jombert.

(Collection de M. Henri Béraldi.)

Desfriches de celle d’Orléans, directeur de cette école, correspondant actif de l’Académie de Paris, il était à Rouen, comme Devosge à Dijon, un de ces hommes dévoués à l’enseignement de l’art qui sont les bienfaiteurs de leur province. Cochin le tenait, comme on dit, au courant. C’était entre eux un échange de livres, de gravures..., voire de friandises. Quand notre graveur a quelque belle nouveauté, une épreuve de choix est toujours envoyée à Rouen, place Saint-Ouen. Le fameux portrait de Louis XV prend ce chemin, protégé par un rouleau de fer-blanc. « Cathelin s’est surpassé... Toute la cour l’a trouvé frappant... Madame Victoire en a versé des larmes. » Ainsi s’exprime Cochin. Et il recommande à Descamps de faire voir l’estampe le plus possible. Il faudrait en vendre beaucoup et à un louis la pièce, s’il se pouvait; elle a coûté si cher, 10,000 francs !... 1

En 1776, voulant faire quelques études sur les lieux pour les Ports de France qu’il gravait d’après Vernet, Cochin ht un séjour au Havre. Descamps insista pour qu’il vint à Rouen. Notre artiste s’y rendit l’année suivante, en 1777, et y reçut l’accueil le plus flatteur. Descamps l’introduisit à l’Académie, il en fut nommé correspondant, il fut accablé d’invitations et de politesses. Il n’eut pas l’occasion de retourner à Rouen, mais il ht honneur à son nouveau titre par l’envoi de trois discours ou dissertations qui furent lues à l'Académie des Beaux-Arts de Rouen, en

1 777, 1778 et 1 779 2- La correspondance continua avec Descamps jusqu’à la mort de Cochin. Elle contient surtout des nouvelles de l’Académie, des jugements rapides sur les œuvres nouvelles, sur les Expositions. Deux lettres surtout, véritables revues des Expositions de 1785 et de 1789, sont intéressantes pour la façon dont Cochin apprécie les œuvres de la nouvelle école3. C’était l’époque du premier éclat deDavid. Cochin, dessinateur et ancien apôtre du grand goût antique, ne pouvait trop médire de David, quoique sa réforme lui semblât évidemment trop radicale. L’éloge qu’il en fait n’est donc pas affecté ; d’autant plus que le peintre des Horaces était vraiment très supérieur à ses rivaux. Cependant,

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