‹ Les cocottes de mon grand-pèreChapitre 13 sur 20 · MADEMOISELLE SOPHIE · texte numérisé non relu

MADEMOISELLE SOPHIE

Voyez l'influence des noms, — et comme Balzac aurait à refaire sa théorie Marcas ! Elle s'appelait Sophie — et tous ceux qui ont un peu fait leurs classes savent que cet adorable nom signifie sagesse, cotpia.

Sophie, sagesee ! — par antiphrase sans doute ?

Que voulez-vous ! on n'a pas pour rien dixneuf ans, deux yeux noirs comme de l'encre, des dents blanches et brillantes comme du sucre de betterave, des lèvres rouges comme des fraises, — et le reste à l'avenant.

Si, au dire d'Horace, ni les dieux, ni les hommes, ni les colonnes, n'ont jamais pardonné la médiocrité aux poètes, ils la pardonnent encore moins aux femmes. Les femmes ont pour

devoir d'être parfaites, parce qu'elles ont pour mission d'être adorées. Quand elles ont une imperfection — même légère — cette imperfection devient immédiatement une infirmité rédhibitoire, et elles cessent alors d'être des femmes : elles sont des bourgeoises ou des duchesses, des ravaudeuses ou des lorettes, — mais elles ne sont plus des femmes.

Tel est mon sentiment.

Sophie avait donc dix-neuf ans, trente-deux dents, deux yeux enflambés de jeunesse, et deux lèvres altérées de plaisir.

Son histoire était très compliquée — et très intéressante. Elle aurait pu s'intituler : Histoire des variations de mademoiselle Sophie, pour faire suite à l'Histoire des variations des Églises protestantes, par feu Bossuet, — ou à VHistoire des variations de l'Eglise française, par feu Méry. Cette histoire intéressante, je la lui avais demandée plusieurs fois avec l'insistance que mettaient les lecteurs de Jacques le fataliste à demander à Diderot « l'histoire du poète de Pondichéry » ; — mais toujours elle en avait remis le commencement à une autre nuit.

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