CHAPITRE II
Eticlogie
La colibacillurie est une affection d’une extrême fréquence. Il semble d’ailleurs qu’elle soit en progression, mais cela tient vraisemblablement à ce que la maladie est maintenant mieux et plus souvent dépistée.
Il faut tenir compte, d'autre part, du nombre important de colibacilluries qui étaient jadis prises pour de l’albuminurie et traitées comme telles, alors qu'il ne s'agissait que d’une albuminurie due à la pyurie.
Si, enfin, l'on ajoute à tous ces cas les nombreuses colibacilluries latentes, dépistées par le seul examen histobactériologique des urines, on voit que la fréquence de: l'affection est considérable. Ne
Nous étudierons successivement 1°) Le mode de pénétration du colibacille dans l'appareil urinaire. |
2°) Les causes prédisposantes et adjuvantes d'ordre général.
3°) Les causes favorisantes d'ordre local.
I Pénétration du colibacille dans l’appareil urinaire
Les modalités suivant lesquelles le colibacille pénètre dans l’arbre urinaire sont variablés et d'importance fort inégale. Nous envisagerons d’abord les diverses voies empruntées par le nnicrobe et discuterons ensuite leur valeur respective.
a) VOIE ASCENDANTE.
La pénétration du colibacille dans le milieu urinaire peut avoir lieu spontanément chez la femme, en raison de la brièveté de son urètre.
Chez l’homme, le colibacille est un saprophyte habituel de l'urètre antérieur. Une lésion du canal, une blennorragie, un rétrécissement peuvent faciliter la migration pro- : fonde du colibacille.
L'infection peut gagner la prostate, et cet organe peut constituer un foyer persistant de colibacillose. Dans d’autres cas, le colibacille est entraîné par une manœuvre sur ces voies urinaires, un Cathétérisme, une exploration instrumentale. |
Parvenue au niveau de la vessie, tétons peut gagner l’uretère et le rein, ainsi que la chose a été démontrée expérimentalement et cliniquement par les travaux et les observations de Klebs, Albarran, Hallé.
Mais cela n’est possible que grâce à la production d’un re-
{lux urétéral, qui réalise une véritable miction à contre-sens.
Il faut enfin mentionner le rôle infectant possible du cathétérisme urétéral, lorsque celui-ci est fait à travers une vessie très infectée. Même lorsque le malade n’est pas un infecté urinaire, le danger réside dans la stérilisation approximative des sondes et du cystoscope que procurent les vapeurs de formol. Les cystoscopes stérilisables constituent à ce point de vue un réel progrès. De même, la stérilisation des sondes urétérales à l’autoclave, procédé utilisé dans le service urologique de Cochin.
e) VOIE DESCENDANTE OÙ HÉMATOGÈNE.
A l'infection ascendante, s'oppose l'infection descendante. Dans ce cas, c’est le système circulatoire qui constitue l’agent vecteur de la colibacillose. Il y a donc du foyer colibacillaire originel à l'appareil urinaire, une succession de trois stades pathologiques : stade initial, stade sanguin, stade urinaire.
1. Stade initial. — Le foyer initial peut être une angine, une parotidite, une lésion pulmonaire (Siredey et Bodin), une lésion puerpérale, génitale, osseuse, chirurgicale, une infection des voies biliaires, pouvant elle-même, être consécutive à une infection intestinale. |
Bien souvent, c'est l'intestin qui constitue le foyer colrbacillaire initial. Le colibacille:est présent dans l'intestin dès les premières heures de la naissance et avant toute alimentation. Heitz-Boyer, considérant cette origine intestinale comme très prépondérante a réuni les trois stades inteslinal, sanguin, urinaire, sous ce nom de syndrome en-. téro-rénal.
Sous quelle influence le colibacille quitte-t-il le tractus in‘estinal pour migrer dans le système circulatoire?
Dans certains cas, surtout chez l'enfant, c’est à l’occasion de poussées d’entéro-côlite que la fermentation et la pullulation microb'ennes favorisent le passage du colibacille dans le sang.
Beaucoup plus souvent, il s’agit d’un trouble chronique dans le transit normal des matières, favorisant la putréfac- Uüon intestinale. L'interrogatoire dépiste en effet une constipation presque habituelle. Des causes multiples peuvent en favoriser l’apparition et la persistance : cæcum ballant et distendu, ptose du côlon transverse avec coudure des angles coliques, accollements en canon de fusil, sténoses, torsions, périviscérites sur lesquelles on a récemment attiré l'attention. Ainsi que beaucoup d'auteurs y insistent, les
lésions ont un rôle infectant particulièrement accentué dans les cas de constipation droite.
Parfois, la constipation relève d’une insuffisance des sécrétions intestinales, propice à la stagnation: fœcale.
Enfin, les irritations intestinales les plus variées et les traumatismes, même minimes, qui en résultent favorisent incontestablement la migration colibaciliaire.
Ces lésions mécaniques peuvent relever de la constipa- Lion, des matières désséchées lésant la muqueuse intestinale. Dans d’autres cas, la pénétration microbienne dans le système circulatoire est favorisée par une thérapeutique défectueuse, l'abus des purgatifs, et notamment des purgatifs non huileux, sont enfin par des lésions: muqueuses créées par des parasites intestinaux, oxyures, amibes dysentériques, ce qui expliquerait la fréquence du syndrome chez les coloniaux.
>. Stade sanguin. — Quel que soit le point d’origine, intestinal ou extra-intestinal, du colibacille, il apparaît nettement que son transport a lieu par voie sanguine. Le fait a été démontré par les travaux de Widal et Lemierre et la pratique de l’'hémoculture confirme l’existence des septicémies colibacillaires. L'infection du sang par le colibacille, vérifiée post mortèm, a été constatée par H. Vincent dans l'icère grave et dans le paludisme aigu compliqué de gastroentérite. L’hémoculture se montre habituellement positive si la septicémie s'accompagne de réaction générale avec température. Mais il existe incontestablement des cas de bactériémies peu bruyantes et fugaces, à hémoculture négative, et qui ne doivent en rien infirmer la réalité de l’infection sanguine.
Expérimentant sur le lapin, H. Vincent injecte une culture colibacillaire dans la veine marginale de l'oreille. Le colibacille est véhiculé par le sang, éliminé par le rein, et apparaît dans l’urine deux à trois heures après, mais ce microbe n’y persiste pas, les urines du lapin, très alcalines, constituant un mauvais milieu de culture pour lui.
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3. Stade urinaire. — La liaison pathologique entre le système circulatoire et l'appareil urinaire s'établit au niveau des corpuscules de Malpighi, essentiellement vaseulaires, ainsi qu'y ont insisté Achard et Widal. Le passage du colibacille peut s'effectuer sans créer de lésions au niveau du rein. Dans d’autres cas, l'infection lèse au passage le parenchyme rénal.
H. Vincent a parfaitement décrit linvasion réntié par le colibacille, ayant eu, dans un cas, l'occasion d'examiner peu après la mort les reins d’un malade décédé de colibacillémie. | | ‘
Les reins présentaient des abcès ÿmiliaires où fourmillait le colibacille.
Dans ces abcès, le microscope a montré des cellules de pus et des bacilles très nombreux. Au milieu de lacs sanguins ou de veines dilatées, on aperçoit cà et là un ou deux bacilles, parfois de petits groupes de quatre ou cinq, qui attestent l'origine sanguine de l'infection rénale et urinaire.
Mais la preuve de cette origine est fournie d’une manière plus précise encore par l’examen de la région corticale et par l'existence de certains glomérules de Malpighi, envahis par les colibacilles et dont les éléments cellulaires sont mal colorés, dégénérés ou frappés de nécrose.
Entre le glomérule et la capsule de Muller, aussi bien qu'au milieu des houppes vasculaires disloquées et desquamées, les colibacilles se sont infiltrés, abondants. Non loin. de ces glomérules où s’est porté l'effort infectieux, on voit au contraire des glomérules demeurés sains et bien colorés.
On assiste donc ainsi au processus d’invasion rénale par le bacille infectant. L'envahissement des tubes urinifères eux-mêmes se traduit, dans nos préparations, d’une manière saisissante. Certains tubes urinifères sont, en effet, littéralement remplis sur une grande partie de leur trajet par des amas bacillaires énormes »: