De Brosses, lett. 4 i
sa fontaine et ses belles eaux limpides. Suspendez alentour des portières en tapisserie de laine et d’or à personnages héroïques ou fabuleux, et des trophées alternant avec les médaillons des ancêtres dans leurs grands boucliers d’argent ou de bronze... Cette mâle décoration se détachera sur les fresques claires et spirituelles de Ludius, le décorateur à la mode 1 . Jetez sur toute la partie à ciel ouvert un immense vélum de pourpre qui ne laisse passer qu’un jour atténué et répande sur chaque objet un reflet mobile et coloré*... Et maintenant, cher lecteur, je vous laisse grouper à votre goût les chefs-d'œuvre les plus incomparables que possèdent nos musées : vous êtes chez un des grands amateurs de Rome.
Mais Y atrium n’est que la pièce principale, le Salon Carré. Il faut encore remplir d’objets d'art les principales pièces du palais, les Oeci, magnifiques galeries de réception , les Exhedrœ ou salons de conversation d’une décoration plus grave et plus sobre, les Triclinia réservés aux merveilles de l'orfévrerie et de l’ameublement, le Sacrarium (chapelle ou oratoire) 3 , la basilique, la bibliothèque, les bains, etc. Et ce n’est pas tout : il nous resterait encore à visiter les .jardins du Tibre et chacune des
i. Ludius vivait sous Auguste. Pline, XXXV, 3y.
■i. Mazois, Palais de Scaurus, V.
3. C’est dans le sacrarium d’Heius, à Messine, que Verrès avait trouvé les deux Canéphores de Polyclète, le Cupidon de Praxitèle et l 'Hercule de Myron. Cicéron, in Verr., Il, IV, 3.
villas, qui forment autant de musées, pour comprendre l’ensemble d’une collection romaine*.
Je n’ai pasparlédes tableaux. Ils exigeaient, en effet, un jour particulier, certains ménagements*; on leur construisit des galeries spéciales, des Pinacothèques. Ces pièces étaient toujours exposées au nord, « afin que les couleurs demeurent en immuable qualité, qui sera causée par la constance de la lumière, laquelle est toujours égale de ce côté-là 3 . »
L’emplacement de ces galeries de tableaux paraît avoir été près de Y atrium et dans l’intérieur 4 ; mais il y avait aussi des pinacothèques où le public était admis. Pétrone nous en a laissé une description que je reproduis dans son entier avec les réflexions qui l’accompagnent. Le lecteur jugera où en étaient les arts sous Néron.
« J’entrai dans une pinacothèque où se trouvaient
1 . Les palais, les jardins et les villas des grands seigneurs romains de nos jours peuvent donner une assez juste idée, toute proportion gardée, de ce qu’ils étaient jadis. Pour juger Rome ancienne, il faut toujours commencer par la regarder au travers de Rome moderne.
2. « Tabulas bene pictas collocare in bono lumine. » Cicéron, Brut., yb.