‹ Les collectionneurs de l'ancienne RomeChapitre 33 sur 74 · Vitruve, VI, y. Édit, de Jean Goujon · texte numérisé non relu

Vitruve, VI, y. Édit, de Jean Goujon

4 . Voir Rich au mot Domus. Mazois place la Pinacothèque à gauche du Péristyle et près de la Basilique (pl. II); Dezobry, à l’extrémité opposée, à la porte d’entrée (I, page 287). A part la page de Pétrone, je ne connais aucune description d’une galerie de tableaux romaine, et Dezobry a esquivé la question, en faisant dire à son voyageur qu’il n’a pu entrer dans la pinacothèque de Mamurra, qui était en ce moment en réparation.

réunies des merveilles dans tous les genres. C’étaient des Zeuxis triomphant encore des injures du temps, des esquisses de Protogène qui disputaient de vérité avec la nature elle-même, et que je n’osai toucher qu’avec une sorte de frémissement religieux, des camaïeux ( monochromon ) d'Apelles qui m’émurent d’un saint respect. Quelle délicatesse et quelle précision dans le dessin des figures ! Ah ! c’était bien le peintre de l’âme elle-même. Ici, sur les ailes d’un aigle, un dieu s’élevait au plus haut des airs; là, l’innocent Hylas repoussait une naïade lascive; plus loin, Apollon maudissait sa main meurtrière, et de la fleur nouvellement éclose couronnait sa lyre détendue

« Un vieillard à cheveux blancs arriva dans la galerie; ses traits tourmentés semblaient annoncer je ne sais quoi de grandiose. Mais une mise assez négligée faisait aisément deviner qu’il était de cette catégorie de gens de lettres que les riches n’affectionnent guère...

« Je m’avisai de le questionner. Il était plus connaisseur que moi sur l'âge des tableaux et sur le sujet de certains d’entre eux que je ne comprenais pas. A quoi tient, lui dis-je à ce sujet, l'énervement de notre siècle et la décadence des beaux-arts, de la peinture surtout, qui a disparu jusqu’à la dernière trace 1 ? — La passion de l’argent , me répondit-il,

1. Artes desidia perdidit, disait Pline, qui appelle la peinture de son temps « un art expirant. »

voilà la cause de ce changement. Jadis, quand le mérite indigent était encore apprécié, on voyait

fleurir les beaux-arts Alors, pour ne parler que

de la sculpture, Lysippe mourait de faim aux pieds de la statue qu’il s'attachait avec passion à perfectionner; Myron, ce merveilleux artiste, qui faisait vivre dans le bronze les hommes aussi bien que les animaux 1 , Myron était si pauvre qu’il ne trouva personne pour accepter son héritage. Pour nous, plongés dans le vin et les femmes, nous n’avons même pas le courage d’étudier les chefs-d’œuvre qui sont là sous notre main ; on préfère dénigrer l’antiquité, et le vice est le seul art qui trouve des maîtres

et des élèves! Croyez-vous que l’on aille au

temple pour demander la santé du corps? Avant tout, avant même d’en effleurer le seuil, celui-ci promet une offrande s’il enterre un parent riche, celui-là s’il découvre un trésor, un autre s’il arrive

sain et sauf à son troisième million Et vous

vous étonnez que la peinture se meure, quand, aux yeux de tous, hommes ou dieux, un lingot d’or est un autre chef-d'œuvre que tout ce qu’Apelles et Phidias, ces petits Grecs au cerveau fêlé, ont pu faire 2 ! »

Il y aurait bien à philosopher sur cette belle page de Pétrone, qui fait penser à Diderot ; mais ce n’est point mon affaire. Revenons donc à nos amateurs.

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