‹ Les Collections de Nouvelles de l'Empereur JustinienChapitre 14 sur 21 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

État de la Collection Greécque dans le Laurentianus LXXX. 4.

Le contenu du Laurentianus n'est pas la Collection des 168 Novelles dans son état originaire. C’est un remaniement postérieur de cette collection. Ce remaniement a une étroite relation avec le texte des Novelles dans les Basiliques. L'époque où il a été fait et son origine sont à chercher à l’aide de la comparaison entre ces deux sources.

Pour nous en tenir au texte lui-même, sans parler ici des rubriques, inscriptions et souscriptions, nous verrons d'abord qu'un certain nombre de Novelles manquent. II y a, en outre, des chapitres de certaines Novelles qui sont insérés au milieu de certaines autres. Enfin le texte a subi des sup- -pressions assez nombreuses. Ici ce sont des chapitres entiers qui manquent. Là ce sont des passages moins étendus, mais importants, qui ont disparu.

Or ces remaniements systématiques se retrouvent avec exactitude dans le texte des Novelles qui a passé aux Basi-

liques.

Les Novelles latines.

On sait que le prototype commun à. la Collection du Mar-

cianus et du Laurentianus a subi un premier remaniement au temps de Maurice et d'Héraclius. Les vingt Novelles latines

ont été supprimées : Nov. 9, 11, 23, 33, 34:99:30, SAT, 62, 65, 75, 104, 111, 114, 122, 138, 143, 150, 165 ('). Les parties latines des Nov. 8 et 17 sont aussi omises, comme dans le Marcianus. Ce qui prouve que le remaniement a été fait dans le prototype commun, ce n'est pas seulément ce fait que les mêmes Novelles ont été retranchées dans les deux textes. Cela pourrait s'expliquer d'une autre façon, par leur caractère latin. Mais c'est la façon exceptionnelle dont quelques-unes ont été remplacées. La Novelle 23, dans les deux sources, à été remplacée par l'Epitome d’Athanase, alors que c’est l'Epitome de Théodore qui a servi pour toutes les autres. À la place de la Nov. 41, dans les deux sources, la Novelle Grecque 50 a été répétée à tort, par suite de l’affinité de leur sujet. Ce sont deux particularités qui ne peuvent s'être produites que lorsque les sources étaient communes.

Mais la séparation ne s’est pas produite longtemps après l'époque d’Héraclius et de Maurice. Car le remplacement des Novelles latines par les Epitomes de Théodore s'est fait, sauf ces exceptions, de façon indépendante dans les deux sources. Nous avons déjà relevé que, dans le doublet 75 — 104, le Marcianus remplace la Nov. 75 par l’Epitome fait par Théodore sous ce numéro. Le Laurentianus remplace la Nov. 104 par l'Epitome de Théodore fait à la Nov. 104 et laisse vide la Nov. 75, tandis que le Marcianus laisse vide la Nov. 104. En outre, le remplacement est beaucoup plus complet dans le Laurentianus. En dehors des Novelles que nous venons de citer, le Marcianus n'a remplacé que les Nov. 111 et 114 par les Epitomes de Théodore. Au contraire, dans le Laurentianus, les Nov. 11, 33, 34, 35, 36, 37, 62, 104, 111, 114, 122, 138, 143, 150, 165, sont remplacées par l'Epitome de Théodore. Seules la Nov. 9 et la Nov. 75 n'ont pas été remplacées. 6

(1) Au sujet du caractère latin des Nov. 122 et 165, voir la discussion, p. 34/7

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En raison des rapports étroits qui existent entre les Basiliques et le Laurentianus, on peut se demander quelle a été celle des deux sources qui a influencé l’autre. On sait, en elfet, que, dans les Basiliques, les Novelles latines ont été remplacées par les Epitomes de Théodore. 11 s’y rencontre la même anomalie constituée par le remplacement de la Nov. 23 par l'Epitome d'Athanase, (Bas., 9. 2. 2). Les Nov. 9 el 41 manquent également dans le Laurentianus et dans les Basiliques. On pourrait donc penser que les Novelles latines ont été rétablies dans le Laurentianus à l'exemple des Basiliques lors de la confrontation des deux textes.

Je crois cependant que la seconde hypothèse est en soi plus vraisemblable. [1 semble bien que le remplacement des Novelles latines par les Epitomes de Théodore dansla Collection Grecque ait été fait avant les Basiliques. L'état du Marcianus, comparé à celui du Laurentianus, semble prouver que ce remplacement s’est fait à plusieurs reprises. En outre, il y a des différences entre les Basiliques et le Laurentianus qui éloignent, à ce qu'il semble, cette idée de l'influence des premières sur le second. La Nov. 11 a été écartée des Basiliques. Elle est pourtant dans le Laurentianus d'après la somme de Théodore. Au contraire les doublets 75 — 104 étaient aux Basiliques. La Nov. 75 est aux Bas., IX, 2, 25. La . Nov. 104 était aux Bas., VE, 13 (‘). Dans le Laurentianus, il n'y a que l’Epitome de Théodore de la Nov. 104. La Collection Grecque a donc été complétée avant les Basiliques et indépendamment. Il parait au contraire plus vraisemblable de croire que les Basiliques ont été compilées d'après un exemplaire de la Collection Grecque où ces remplacements étaient faits.

(‘) Schæll. Novellæ, p. 378.

Les Novelles grecques disparues.

Les transformations plus considérables que la Collection du Laurentianus a subies dans Les Novelles grecques, sont au contraire en relation directe avec les Basiliques. Nous allons les examiner.

Il manque un assez grand nombre de Novelles grecques dans Ja suite du manuscrit. En tout vingt-trois. Ce sont les Nov. 2, 5,6, 7, 40, 46, 50, 54, 55, 56, 58, 68, 74, 76, 79, 83, 8, 98, 106, 127, 129, 137, 140, 149 (‘). Les unes ont été effacées sans laisser de traces. Ce sont les plus nombreuses. Nov. 6, 7, 40, 46, 50, 54, 55, 56, 58, 68, 98, 106, 127, 129, 137, 140, 149. Les autres ont conservé leurs rubriques et leurs inscriptions à la place ou aurait dû être la Novelle. Les deux premières, Nov. 2, 5, puis un groupe vers le milieu : Nov. 74, 76, 79, 83, 84. Aux rubriques et aux inscriptions des Nov. 2 et 5 ont été en outre adjointes les scolies que nous avons citées à propos de ces mêmes Novelles dans le Marcianus. Ces scolies disent, on le sait, que ces Novelles ne sont pas dans les Basiliques et qu'elles ont été complétées ou modifiées par des Novelles postérieures. La scolie de la Nov. 2 a été écrite, à la suite de l'inscription, de la même main que le texte. La scolie de la Nov. 5 à été au contraire écrite en marge et par la deuxième main. Les autres scolies de même nature qu'on trouve aussi dans le Marcianus n'ont pas été reproduites dans le Laurentianus.

Si les Novelles que nous venons d'énumérer ont été écartées du Laurentianus, c'est parce qu'elles n'ont pas été reçues

(‘) On sait que le Laurentianus actuellement mutilé s'arrête au milieu de la Nov. 163. Mais on connait son état primitif à l’aide de sa copie : Bonon., 1419. C’est cet état qui nous intéresse ici. Je compte donc ici les Nov. 164-168 comme étant dans le Laurentianus, puisqu'elles sont dans le Bononiensis.

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dans les Basiliques. Ce rapport résulte d'une façon indiscutable de l'état de tout le manuscrit. IL est, en outre, prouvé directement par les scolies des Nov. 2 et 5 et par la scolie du Tipucitus que nous étudions plus loin. Cette scolie énumère les Novelles qui n'ont pas été reçues dans les Basiliques. Ces Novelles sont exactement celles qui manquent dans notre manuscrit.

Le Marcianus est plus complet. Toutes les Novelles grecgues de Justinien se trouvent à leur place. On ne les a pas éliminées pour rendre le manuscrit conforme aux Basiliques.

Mais la Collection Grecque dans le Laurentianus à son tour est plus complète en ce qu'elle contient les Novelles de Justin et de Tibère et les formes éparchiques; celles du moins qui ont été reçues dans les Basiliques, Nov. 144 et 148 de Justin, (les Nov. 140 et 149 n'ont pas trouvé place dans les Basiliques); Les Nov. 161, 163, 164 de Tibère, et les formes éparchiques, Nov. 166, 167 et 168. Dans le Marcranus, elles manquent toutes, du moins dans la suite régulière de la Collection des 168 Novelles. Cormme les trois Novelles de Tibère et Les formes éparchiques ont disparu avec la collection qui les contenait dans le manuscrit de Venise, elles sont actuellement connues seulement dans le Laurentianus et dans la copie de Bologne.

su

Chapitres intercalés.

Quelques-unes des Novelles, parmi celles que nous venons d'étudier, bien que retranchées de la suite régulière, n'ont pas entièrement disparues du Laurentianus. On en retrouve quelques chapitres intercalés parmi d’autres Novelles. C'est à le deuxième remaniement qu'a subi le texte de la Collection des 168 Novelles dans ce manuscrit. On y a rapproché des dispositions semblables prises à des Novelles différentes. C'est ainsi que le ch. 5 de la Nov. 2 se trouve inséré après le

ch. 2 de la Nov. 91; le ch. 1 de la Nov. 5, après Le ch. 33 de la Nov. 123: le ch. 8 de la Nov. 6, après le ch. 18 de la Nov. 123. Le ch. 2 de la Nov. 127 est inséré après le ch. 1 de la Nov. 119, le ch. 3 de la même Novelle, après le ch. 20, $ 1, de la Nov. 22. Les ch. 1-6 de la Nov. 137 ainsi que l'épilogue sont ajoutés à la Nov. 123. Ceci d’ailleurs n’a pas eu lieu seulement pour ces chapitres qui ne trouvaient plus de place dans ce remaniement, ces Novelles ayant été retranchées. Dans un certain nombre d’autres Novelles conservées, des chapitres ont été extraits pour être rapprochés de ceux d'autres Novelles : le ch. 6 de la Nov. 53 a été rapproché du ch. 5 de la Nov. 117; les ch. 15, S 3 et 16 de la Nov. 22, du ch. 2 de la Nov. 117; la Nov. 123 a été mélangé à la Nov. 137; le ch. { de la Nov. 161 se trouve après le ch. 22 de la Nov. 123; Le ch. 10 de la Nov. 134 après le ch. 8 $ 2, de la Nov. 117; le ch. 2 de la même Nov. après le ch. 12 de la Nov. 117.

Ici encore le rapprochement avec les Basiliques explique l'état du Laurentianus. Le texte des Novelles qui figure aux Basiliques comporte le même amalgame de chapitres et les mêmes rapprochements.

Chapitres et passages omis.

Enfin les Novelles qui sont conservées dans le Laurentianus ne sont pas toujours complètes. Souvent des passages ont été omis. Beaucoup de ces omissions s'expliquent par la négligence du copiste. Nous en reparlerons quand nous examinerons le texte. Mais il en est toute une série qui ont été supprimés à dessein. Et, ici encore, nous constatons la concordance entre le Laurentianus et le texte des Novelles dans les Basiliques et les mêmes suppressions figurent dans les deux sources. Ce sont, tantôt des chapitres entiers dont les dispositions sont périmées ou ont été modifiées par d’autres

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Novelles, tantôt des passages plus ou moins longs qui édictaient des mesures transitoires ou des pénalités n'ayant plus d'objet. Ces suppressions, en dehors des chapitres entiers, sont de longueurs inégales. En voici la liste dressée d’après le relevé effectué pour l'édition de Schæll et Kroll et constatée dans les deux sources : Nov. 1, ch. 2 in fine, (Kroll, p. 7, ligne 33, à p. 8, ligne 9); Nov. 8, ch. 4, ch. 9 in fine, (Kroll, p. 73, 1-5), chap. 13 princip., (Kroll, 77, 1-7); Nov. 17, ch. 3, (Kroll, 119), 12-16, ch. 11 in fine, (Kroll, 124, 24-31); Nov. 18, ch. 5, ch. 11, (Kroll, 137, 31-34); Nov. 22, Ch: 14-16;%éh. 17; $-1 et 18, ch: 19, (Kroll, 137, 33-35), ch. 21 2n fine, (Kroll, 162, 5-11), ch. 30, (Kroll, 171, 23-26), ch. 37; Nov. 49, ch. 1 in fine, (Kroll, 291, 1-2); Nov. 53, ch. 4 in fine, (Kroll, 303, 19-26); Nov. 57, ch. 2; Nov. 60, ch. 2, (Kroll, 327, 20-23); Nov. 66, ch. 1 en partie ; Nov. 67, ch. 3 et 4; Nov. 89, ch. 12, (Kroll, 441, 13-14); Nov. 91 ch. 2 princip., (Kroll, 456, 8-10); Nov. 93 prœæmium ; Nov. 96 (abrégée dans les deux sources); Nov. 117, ch. 5, (Kroll, 555, 7-12), ch. 10, (remplacée par Nov. 22, ch. 16 et 17), ch. 13, (remplacée par Nov. 134, ch. 11); Nov. 118, ch. 2, (interpolé): Nov. 118, ch. 3, (Kroll, 570, 19-28); Nov. 119, ch. 14 et 15, (contaminés) ; Nov. 193, ch. 36, (Kroll, 619, 19-24); Nov. 130, eh: 40:et 11.

: L'examen du Laurentianus permet de reconnaître que ces : suppressions n'ont pas été faites sans laisser de traces. Leur auteur les a notées. Ces notes d'omissions subsistent encore en marge, non pas partout, mais en face d’un nombre appréciable de cas où l'omission a eu lieu. Dans le texte lui-même aucun signe ne Ja révèle mais en marge on peut apercevoir un signe spécial ainsi conçu or Schæll en signale l’existence en deux endroits et en reconnaît la signification, (p. 459, en face de la Nov. 93 et p. 467, en face de la Nov. 96). Mais on l'y trouve beaucoup plus souvent. Je l'ai relevé à sept reprises; en face de la Nov. 18, là où aurait dû être le ch. 5: Nov. 22, ch. 14-16: Nov. 49; ch. 1: Nov. 60, ch. 2:

Nov. 93 præmium; Nov. 96 et Nov. 130, ch. 10 et 11. Ces notes ont une certaine importance. Elles sont une des preuves qui démontrent que l’auteur du remaniement du Laurentianus avait entre les mains une collection plus complète. C'est lui-même qui a fait les, suppressions dans son texte sur le modèle des Basiliques, mais il a tenu à en conserver une trace d'après le modèle plus complet qu'il avait sous les yeux. Il se peut qu'il y ait eu sur le prototype du Laurentianus un plus grand nombre de ces signes d'omission qui ont pu disparaître lors des copies.

Rapports entre le Laurentianus LXXX. 4 et les Basiliques.

IL faut interpréter ces rapports étroits qui existent entre le Laurentianus et les Basiliques et rechercher si l’on peut en tirer quelques lumières pour déterminer l’époque où le remaniement a pu être fait. En cette matière où la conjecture ne repose que sur. des bases mouvantes et n'a aucune donnée extérieure à laquelle elle puisse se fixer, les hypothèses les plus variées se sont donné carrière.

La dernière en date est celle qui rejette le plus haut l'époque du remaniement puisqu'elle le fait remonter au. vu siècle. Zachariæ (') pense, en 1881, dans son édition des Novelles, qu'il n'a pas pu être fait après 692. IL fonde son opinion sur un fait négatif. Dans les Nov. 115, ch. 3 et 14 et 131, ch. 1 sont cités quatre conciles universels. Si le remaniement avait été fait avant le concile in Trullo de 692, l’auteur n'aurait pas manqué d’ajouter ce concile. Examinons les textes dans leurs diverses leçons. La Nov. 131, ch. 1 ne cite que quatre conciles dans le Laurentianus. Dans les Basiliques, V, 3, 1, elle en cite sept et ajoute tout un paragraphe où les trois conciles nouveaux sont énumérés, le second et

() Zachariæ, Novellæ, præf., p. vi.

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le troisième de Constantinople, le second de Nicée. Le texte du Marcianus est corrigé d'après les Basiliques et dit sept conciles au lieu de quatre. Mais on n'y a pas inséré le paragraphe qui est ajouté aux Basiliques. La Nov. 115, ch. 3, $ 14 ne cite que les quatre premiers conciles dans le Marcianus. Dans les Basiliques, ce paragraphe est omis au milieu du texte de la Novelle, (Bas., XXXV, 8, 36). Dans le Laurenhanus, contrairement à ce que dit Zachariæ, la Novelle est corrigée et sept conciles sont cités. Dans le passage du chapitre 3, qui est dans Schœll., p. 541, 17, récsaoas est changé en ért#; un deuxième passage, p. 543, 17, técouses obvodor, est modifié dans notre manuscrit en técouses obvodot xat ai Aaumai. Le Prochiron (33 1-3. 5-29) et le Nomocanon des XIV titres (lit. 10,8) changent técozous en ét? aux deux endroits. La matérialité des faits invoqués par Zachariæ est donc controuvée. ,

Mais, fût-elle exacte, la conséquence qu'il en tire serait encore très contestable. Comme je viens de le faire remarquer, ce serait un fait négatif. C'est en tirer des conclusions beaucoup trop vastes que de se fonder uniquement sur lui pour faire remonter si haut le remaniement qui nous occupe. Ce fait serait susceplible de plusieurs explications et non pas d'une seule. En supposant, comme nous le croyons, que l'état présent du Laurentianus résulte d'une confrontation avec les Basiliques, la confrontation n’a pas été partout complète au point que les deux sources soient entièrement confondues. Nous avons noté et nous noterons d’autres différences. Le chapitre [° de la Nov. 131 est un des points sur lequel elle n’a pas été faite et qui a gardé le texte ancien. Si l'on trouve invraisemblable qu'un auteur du 1x° siècle, en copiant un texte de Justinien, n'ait pas ajouté les trois conciles nouveaux aux quatre premiers, il faut trouver encore plus invraisemblable qu'un autre auteur ait corrigé le chapitre l°" de la Nov. 131 et ait laissé en l’état le texte parallèle de la Nov. 115 (ch. 3, $ 14). C'est pourtant ce qu'il a fait

dans Le Marcianus. Dans le Laurentianus, c'est l'inverse qui s'est produit. Les raisons de vraisemblance générale ne perdraient donc pas de leur force en face de ce fait. Or on ne peut guère concevoir qu'un auteur du vir siècle ait déjà pu enlever précisément toutes Les Novelles, et dans chaque Novelle, les chapitres et les passages qui seront jugés inutiles par les auteurs de la compilation du 1x° siècle. En outre, ce remaniement est anormal. Aucun autre ouvrage de l’époque de Justinien ne lui ressemble. Il ne s'explique guère qué fait d'après un modèle dans lequel l'auteur trouve les raisons de ces changements qui, sans cela, paraissent arbitraires. Car ce remaniement est à la fois trop complexe et trop incomplet. Le rapprochement d’un certain nombre de chapitres de Novelles différentes dénote l'idée de systématiser les matières traitées. Comment l’auteur, s’il avait fait de lui-même ces rapprochements et qui traite librement la collection dont il supprime un certain nombre de Novelles, n’aurait-il pas poussé plus loin son plan et rapproché les Novelles de même sujet, comme le font l'Epitome d’Athanase et les Collections canoniques. Enfin un auteur du vr° siècle n'aurait pas systématiquement supprimé les souscriptions à une époque où leur procédé de datation était encore complètement en vigueur.

C'est donc justement que les opinions en cours jusqu'ici ont rapproché les Collections du Laurentianus des Basiliques et cherchent à découvrir son origine dans ses rapports avec cette compilation. Seulement on a émis les unes après les autres toutes les hypothèses possibles.

Celle de Mortreuil est à rejeter ('). [l pensait que le Laurenlianus contenait une sorte de travail préparatoire des compilalteurs des Basiliques. Pour le Digeste et le Code, ils avaient trouvé des matériaux tout disposés pour être reçus dans leur recueil paï suite des modifications qu'ils avaient

(:) Mortreuil, Histoire du droit byzantin, IL, p. 417 et suiv. :

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subies déjà au temps de Justinien. Au contraire, les recueils de Novelles, qui mêlaient aux Novelles, dont Les dispositions étaient encore susceptibles d'être en vigueur, d’autres abrogées ou locales ou périmées, devaient être revisés. C’est ce travail préparatoire qui nous est conservé dans le manuscrit de Florence.

Comme l'a fait remarquer avec juste raison Heimbach ('), cette conjecture se heurte à des invraisemblances qui la font rejeter. Quelle nécessité de recomposer un recueil dans le but unique de s’en servir pour le démembrer encore davantage ? [l serait beaucoup plus simple de penser qu'ils ont simplement annoté, en marge de quelque Code des 168 Novelles, les passages à transcrire, les Novelles ou les parties de Novelles à supprimer. Comme travail préparatoire, ces modifications du Laurenlianus sont trop incomplètes. Les Novelles et les chapitres qui ne devaient pas figurer aux Basiliques auraient bien été enlevés. Cependant, il semble bien qu'il y a eu, dès le début, plus de suppressions dans les Basiliques qu'il n'y en à dans le Laurentianus. Pourquoi les compilateurs auraient-ils respecté, dans leur travail préparatoire, Les préfaces et Les épilogues qu'ils ont régulièrement supprimés dans les Basiliques? Eufin, et.ceci est décisif, il n’y aurait pas dans les deux textes les divergences importantes qu on y remarque, semblables à celles que nous venons de citer dans la Nov. 131.

Pour les mêmes raisons, on ne peut souscrire à l'hypothèse inverse attribuée à Augustin peut-être à tort. Je crois d'ailleurs qu'elle n'a été réellement précisée par Mortreuil que pour être réfutée par lui-même (?). Le Laurentianus ne serait qu'une reconstitution de la Collection Grecque faite d'après les textes épars dans les Basiliques. Cela est inconcevable. Comment aurait-on pu reconstituer la Collection Grecque, si

(:) Heimbach, Bas., VI, Prolegomena, p. 133.

(?) Mortreuil, Hist. du dr. byz., I, p. 115.

l'on n'avait eu que les Novelles dispersées dans les livres et les titres des Basiliques? Il fallait bien que l'on ait eu un modèle devant les yeux, un manuscrit contenant le recueil. Il suffit de rappeler que des Novelles sont dans le Laurenlianus qui n'étaient pas dans les Basiliques, que le Laurenlianus contient les rubriques, inscriptions, préfaces, épilogues qui ont été régulièrement écartés des Basiliques, qu'enfin, malgré les rapports étroits entre les deux textes, il y a des variantes qui prouvent que les deux leçons ne sont pas identiques. En réalité, Augustin se contente de dire, ce qui est exact, que certaines Novelles ne sont pas dans le Laurentianus parce qu'elles ne sont pas aux Basiliques (!). Biener, à qui Mortreuil et Heimbach attribuent aussi l'hypothèse qu'ils réfutent, n'en dit pas davantage. Mais il remarque, et c'est encore exact, que le texte du Laurentianus a été modifié d’après les Basiliques (?). Hombergk zu Vach, dans la préface de sa traduction latine des Novelles, la formule au contraire expressément : « Sed sciendum est, omnem diversitatem quæ est inter editionem Haloandri et Scrimgeri (ce qui revient à dire entre le Marcianus et le Laurentianus) atque latinam vulgatam, exinde profectam esse, quod Novellæ Græcæ Haloandri fuerint olim ex libris Basiuwxdy collectæ et in corpus redactæ quod ille edidit » (*). Zepernick adopte cetle opinion non sans toutefois faire des réserves {‘). C'est

(:) Dans son édition de l’Epitome de Julien à la Nov. 2 : « Hanc non edidit græcam Haloander, quia deerat in libro Florentino græco Novellarum, ex quo descriptus est Bononiensis, quo Haloander usus est. In Florentino autem defuit propterea quod in Basilicis Leonis imp. hæc constitutio omissa est ». Mêmes remarques aux Nov. 46, 54, 56, etc. (Biener, G. d. N., p. 565). Cf. Augustin, Paratitla ad. Nov. 1927.

(2) Biener, ibid., p. 136, 151.

() Hombergk, Novellæ const. Justiniani ex greco in latinum conversæ, 1717. Marburg, Préface, in fine.

(*) Zepernick, Delectus scriptor. Novellas illustrantium, préf., p. Lvi- LI. « At plane tamen adfirmare id non ausim ».

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lui qui invoque Antoine Augustin sans être aussi affirmatif (!) que Mortreuil et Heimbach d'après Mortreuil (?). Ces derniers, appuyés sur une connaissance plus exacte des sources, ont démontré l’inexactitude de cette hypothèse.

Il en reste donc une autre. Le recueil du Laurentianus serait le résultat d'une confrontation entre les Basiliques et un manuscrit de la Collection Grecque. C’est à la fois la conjecture la plus simple et celle qui rend le mieux compte des faits. Il n'y a pas à s'arrêter à cette objection que les Novelles, étant reçues dans les Basiliques, Les recueils antérieurs étaient devenus inutiles. On sait, au contraire, que la promulgation des Basiliques ne fit pas cesser l'usage des recueils juridiques du vi‘ siècle (*). Leur autorité persista, concurremment à celle des Basiliques, jusque vers le xn° siècle (*). Mais, par contre, on comprend l'intérêt qu’il y avait à confronter le texte de ces anciens recueils avec la repurgatio nouvelle faite par Basile et Léon. De cette nécessité naissent ces ouvrages que nous allons étudier plus loin et dans lesquels il est recherché quelles Novelles ont été admises dans les Basiliques, quelles Novelles ont été rejetées. Les possesseurs de manuscrits de la Collection Grecque ont dù aussi senlir Le besoin de faire ce travail. Le Marcianus nous en fournit un exemple dans les gloses que nous avons examinées. Mais Ja confrontation n’a pas été poussée très loin. Il n’est pas difficile de supposer qu'un possesseur ou plusieurs possesseurs intermédiaires de la Collection du Laurentianus ont été plus complets. Ils ont pu écrire: en marge des gloses, disant quelles Novelles avaient été écartées des Basiliques, dans chaque Novelle, quels chapitres avaient été omis, quels

(') Zepernick, tbid., p. Lvn : « Eadem ne Antonii Augustini fueril sententia, non quidem liquet : nusquam enim id, quod suam aperte dixit ». (?) Mortreuil, Hist. du dr. byzantin, 1, p. 146; Heimbach, Basil., VT, Prolegom., p. 133.

(*) Heimbach, Prolegom., VI, p. 150.

(*) Heimbach, ibid., p. 154.

Noailles 9

passages supprimés. Îls ont pu mentionner ou écrire, en marge, les chapitres qui, dans les Basiliques, sont insérés dans d’autres Novelles. Supposez maintenant que dans une réédition de la Collection, dans une nouvelle copie, on ait incorporé au texte ces modifications notées par les gloses comme étant celles du texte nouveau des Basiliques, et nous avons la Collection du Laurentianus. Nous avons vu que l’auteur de la compilation a conservé la trace des suppressions effectuées et qu'il y a encore dans le Laurentianus quelquesuns des signes d’omissions qu’il avait notés. Celte conjecture explique naturellement les rapports étroits entre nos deux textes. Elle laisse aussi le champ libre pour expliquer les différences qu'on y remarque, car leur relation n'est entière que dans la mesure où la confrontation est complète. Les deux leçons restent différentes.

Ceci admis, à quelle époque cette confrontation a-t-elle eu lieu? Notre hypothèse la rend postérieure aux Basiliques. Mais ce que l’on peut dire, c'est qu'elle n’a pas dû être très tardive. Lorsque nous étudierons l’état des Novelles dans les Basiliques, nous verrons que le nombre de celles qui ont été primitivement écartées n’est pas resté constant. IL s'est peu à peu accru de toutes celles qui ont été jugées inutiles ou périmées dans la suite de la transmission. Si nous comparons notre manuscrit avec les sources qui notent Les Novelles non reçues, nous voyons quil correspond à la source la plus ancienne, à celle d’après laquelle il y a encore le moins de Novelles écartées, à la scolie du Tipucitus. Peut-être est-ce même l'état primitif. Le remaniement est done de la même époque que cette scolie, elle est bien antérieure à Psellus et au x1° siècle comme le prouve la Brevis divisio novellarum de cet auteur qui marque un accroissement dans le nombre des Novélles écartées.

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