‹ Les Collections de Nouvelles de l'Empereur JustinienChapitre 16 sur 21 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Le texte du Laurentianus LXXX. 4.

Le texte du Laurentianus est très inférieur à celui du Marcianus. Tous les éditeurs modernes s'accordent pour le reconnaître (:). Il a subi les modifications systématiques que nous avons étudiées, qui l’éloignent davantage de l'original. Mais il est, en outre, de plus basse époque. Et il semble qu'ayant davantage circulé, ayant davantage servi, il a été plus exposé non seulement à la négligence des copistes successifs, mais aux corrections injustifiées, aux conjectures mauvaises qui l'ont altéré de plus en plus au cours de son existence.

Les mots latins dans le Laurentianus.

Cela est particulièrement sensible dans les mots latins. Les altérations du texte primitif que nous avions déjà notées dans le Marcianus sont ici beaucoup plus nombreuses et plus importantes. Un assez grand nombre de mots primitivement latins sont traduits. Sur les 220 à 230 mots ou expressions que j'ai comptés d'après le Marcianus, il y en a une quarantaine environ qui, dans le Laurentianus, ont été remplacés par un synonyme grec. C'est une transformation importante du texte. Ce n’est d’ailleurs qu'une modification partielle.

(1) Zachariæ, Novellæ, I, préf., p. vu; Kroll, Novellæ, préf., p. x. Noailles 10

Les mots latins ne sont pas tous traduits systématiquement comme dans les Basiliques. Ils paraissent l'avoir été de façon assez arbitraire. Je ne puis déterminer si la traduction a été soumise à quelques règles. Nous trouvons en effet un mot ici traduit, ici conservé. Spectabilis, souvent employé, est parfois traduit repffhemros, parfois laissé latin (Nov. 20, pr.; Nov. 24, ch. 4; 25, ch. 6; 26, ch. 5, etc.). Les condamnations à des sommes d'argent sont aussi traduites de façon intermittente (Nov. 8, 30, 31, 59, 80). On peut trouver dans le même chapitre le mot 10x22, puis sa traduction, uoryixs, (Nov. 39, ch. 2, p. 257, 19 et 258, 3). Sportulon est aussi parfois traduit, parfois conservé (Nov. 8, ch. 6; 53, ch. 3; 80, ch. 6; 82, ch. 7; 86, ch. 9; 112, ch.:2: 123, ch. 28; 124, ch.3).11 semble tout aussi difficile de dire pourquoi certains mots ont été traduits et non d’autres. Les expressions techniques, très répandues, paraissent l'avoir été particulièrement. Morts causa est toujours remplacé par 70ù Oavirov aicix (Nov. 1, ch. 1; Nov. 22, ch. 22, 23, 44; Nov. 87, ch. 1); Zn virilem portionem, y 1 Tod avèoë uoiox (Nov. 22, ch. A7); bont viri arbitratu, ados ayalod dons (Nov. 89, ch. 12); inter vivos, ey Co (Nov. 22, ch. 32). D'autres, comme /egatorum servandorum causa, sont laissées de côté (Nov. 22, ch. 41). Mais nous trouvons v? bonorum raptlorum (Nov. 63, ch. 1). Faut-il laisser au hasard et à l'arbitraire des copistes ou des annotateurs cet envahissement progressif de la traduction qui vient peu à peu supplanter le mot latin dans le texte ?

Mais la majorité des mots latins a été conservée. Seulement ils sont pour la plupart écrits en lettres grecques, en beaucoup plus grand nombre que dans le Marcianus. J'en ai compté environ 140. C'est la grande majorité. L'évolution qui naturalise en quelque sorte le mot latin, est beaucoup plus avancée dans cette leçon.

Mais elle n'est pas achevée comme dans les manuscrits que nous possédons des gloses nomiques où l'on ne trouve plus que des lettres grecques. ci il ya encore des traces, assez

Lo

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considérables, de l’état primitif. Beaucoup de mots sont restés écrits en lettres latines. J'en ai compté environ une cinquantaine. Maïs c'est ici qu’on voit le mieux combien nous avons à faire, dans la leçon du Laurentianus, à une transmission plus chargée que dans notre manuscrit de Venise. Car les mots latins ont plus que commencé à subir ces déformations qui les rendent souvent méconnaissables dans les gloses nomiques. Non seulement le scribe ne reconnaît plus les mots, mais il ne comprend pas les lettres. Il les mélange mal à propos avec des lettres grecques ou les confond quand il ue dessine, pas un signe incompréhensible, n'ayant pu lire la formule. Uti legassit quisque de sua re, ita jus esto, devient, uti legasset auisue de suareïra etc., (Nov. 22, ch. 2); aquæ et igni interdicliona, aèua Teint fnterdichiona (Nov. 22, ch. 13); aditionos %rot pro herede gestionos, aditionos rot pré neregeotionic (Nov. 1, ch. 1); Prævaleos, yoraaeualeas, la deuxième main à voulu corriger yoroualeas (Nov. 131, ch. 3); £estamentarion, tamentarion, (Nov. 118, ch. 5); latinitas, latinatira, (Nov. 78, p. 2) quadruplum, qudruphur, ete. Nous pourrions encore allonger cette liste. Peut-être ne faut-il pas chercher plus loin la raison pour laquelle certains mots ont été laissés de côté et remplacés par la traduction grecque qui figure, soit à côlé, soit au-dessus de la ligne dans une glose. Le copiste à écarté ces signes incompréhensibles pour garder le mot grec. Ce doit être l'origine, non pas de tous, mais de quelques-uns de ces remplacements.

Ces transformations sont indépendantes de celles du Marcianus. Elles se sont produites très évidemment après la séparation des deux traditions. Car certains mots qui sont écrits en grec dans le Marcianus, sont encore latins dans le Laurentianus. Par exemple vi bonorum raptorum, Marc., Buéovépouu, Sanvopous. (Nov. 63, ch. 1); tyovriariüm, Marc., tyuov euéeovu (Nov. 71, ch. 1); i/lustrias, Marc., iovorotas, (Nov. 89, ch. 2); emancirationa, Marc., éuxyrimaztova (Nov. 159): dili-

gatoras, Marc., àvyaroous (Nov. 130, ch. 1); cognatus, Marc.,

xoyvérove (Nov. 80, ch. 4), & stipulato, Marc. £& ouirov 270 (Nov. 162), ete. Ceci nous montre, au fond, l'incertitude de la tradilion paléographique, quant à l'orthographe et l'écriture de ces mots latins. Pour le reste nous trouvons, comme dans le Marcianus, un même mélange pour un seul mot de lettres grecques et latines. Suivant la remarque déjà faite, les désinences grecques des mots latins sont écrites parfois en grec, plus souvent en latin. Pour le même mot les deux sources diffèrent. Laraménton, Marc., laxamentay, Laur. (Nov. 72, ch. 6), recautwn, Marc., recautov, Laur. (Nov. 130, ch. 5 et T, ou au contraire suovs, Marc., suu, Laur., Nov. 139). IL est donc certain qu'il y a eu changement. Et le changement s'est opéré beaucoup plus vraisemblablement du latin au grec que

du grec au latin.

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