‹ Les Collections de Nouvelles de l'Empereur JustinienChapitre 17 sur 21 · RO · texte numérisé non relu

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Etat du texte du Laurentianus LXXX, 4.

En face du Marcianus, le texte du Laurentianus n'a qu'une valeur accessoire. Depuis Haloander, il n'a plus jamais servi de base à une édition, et à juste titre. Zachariæ l’a presque entièrement négligé. Schœll qui l'a fait collationner, tient compte de ses leçons. Mais il sert surtout, à titre auxiliaire, à compléter le texte du Marcianus, à réparer ses omissions.

La première raison, et la plus importante, de son rôle effacé dans l& critique du texte de la Collection Grecque, ce sont les modifications systématiques qu'il a subies. Nous les avons examinées. Nous avons vu qu'il est incomplet. Un assez grand nombre de Novelles a été écarté. Celles qui restent ont été modifiées. Des chapitres, des passages entiers, ont été : enlevés. D'autres, écartés de leur place primitive, ont été transportés en d'autres endroits de la Collection. Les souscripüions ont été toutes enlevées. Ces modifications furent systématiquement faites pour rapprocher le texte de la Collection Grecque de celui des Basiliques, pour mettre le vieux

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recueil au courant de la législation en vigueur. Elles jettent sur lui une défaveur justifiée parce qu’elles l’éloignent de l'état originaire qui actuellement nous intéresse seul à notre point de vue critique.

Mais, en dehors même de ces modifications, la leçon que le Laurentianus nous conserve est encore beaucoup plus altérée que celle du Marcianus. IL est de plus basse époque. IL y a plus d’un siècle de différence entre eux. Le Marcianus est de la fin du xn° siècle ou du commencement du xm°. Le Laurentianus est du xiv° siècle. IL semble, en outre, que le recueil du Laurentianus ait davantage servi. Sa forme même dénote son usage. Il a été plus souvent copié, partant plus altéré par les copistes.

l'a pourtant été revu par plusieurs correcteurs. L'auteur ou plutôt les auteurs mêmes de la copie ont revu leur texte. Ils n’ont pas essayé, soit de réparer leurs omissions, soit de résoudre les difficultés qu'ils n'avaient pas pu lire, mais ils corrigent les fautes de leur première copie. De ces corrections, on en trouve un peu dans tout le volume. Elles sont parfois malheureuses et gâtent davantage la leçon. IL a été encore revu par une deuxième et même une troisième main. La deuxième main intervient très fréquemment dans la première partie du volume, jusque vers La Nov. 50, moins souvent ensuite pour cesser complètement à partir de la Nov. 115 jusqu'à la fin. Elle rétablit en marge des passages omis par le copiste, (Nov. 19, Schœll, p. 140, 13; Nov. 22, p. 163, 35; 169, 21-93 ; 216, 13; Nov. 91, p. 455, 1 ; Nov. 97,p. 474, 125 Nov. 119, p. 519, 2). IL faut remarquer que les additions des Nov. 19, 22 (216, 13), 91 et 97 ne sont pas conformes au texte, soit du Marcianus, soit des Basiliques. L'annotateur n'avait donc pas de prototype de la Collection Grecque pour ses corrections. Complétait-il la phrase incomplète de luimême ou d’après une autre autorité? IL semble plutôt agir par conjecture. D'ailleurs, ces rectifications sont peu nombreuses. Il n'a pas vu la plupart des lacunes fréquentes

dans son texte. IL annote certains autres passages, Nov. 22, p. 164, 13, (d'après les Basiliques); p. 172, 12, ou Nov. 41, p. 262, 20, ou y met une glose, Nov. 28, p. 247, 5; Nov. 42, p. 262, 20. Il lui arrive assez souvent de résoudre un mot qui n'avait pu être lu par le copiste et que celui-ci avait laissé incomplet. Nov. 3, p. 19; Nov. 10, p. 93; Nov. 12, p. 95, 96; Nov. 13, p. 100; Nov. 18, p. 133; Nov. 22, p. 159, 163, 169; Nov. 30, p. 226, 17; Nov. 89, p. A4L, 30; Nov. 117, p. 551, 23. Ici encore l'arbitraire de ces corrections, la plupart du temps différentes du vrai texte, fait penser qu'il ne s'agit que de conjectures de l’annotateur. C'est donc aussi par conjecture qu'il a apporté de nombreuses corrections aux fautes du seribe. Il a été souvent heureux, retrouvant le texte ancien dans ses redressements. Mais un nombre égal de fois, il est moins heureux. Il conjecture un mot ou un verbe pour rétablir le sens et la correction d'une phrase et il s'éloigne ainsi de l'original. Le texte s’en trouve, en définitive, plus altéré.

La troisième main ne se rencontre pas souvent dans le manuscrit. Elle à suppléé, sans doute aussi par conjecture, une lacune du manuscrit à la Nov. 12, p. 95, 19. Son addiüon est différente du texte véritable. Elle a aussi proposé quelques corrections, notamment Nov. 18 et Nov. 20.

Les lacunes sont assez nombreuses dans notre manuscrit. Je ne parle pas de ces omissions systématiques de passages entiers, que l’on ne trouve pas non plus aux Basiliques, mais de lacunes pour la plupart par homæoteleutes spéciales à notre version (Nov. 4, Schæll, p. 26, 3; p. 27, 22; Nov. 8, p. 77, 18; Nov. 12, p. 95, 18; p. 79, 27; Nov. 15, p. 110, 7; p- 112, 1; Nov. 17, p. 120, 10; p. 134, 16; Nov. 18, p. 136, 10; Nov. 22, p. 160, 21; p. 179, 31; p. 184, 26; Nov. 26, p. 208, 10 ; Nov. 28, p. 216, 29; p. 218, 6; Nov. 31, p. 236, 5; Nov. 31, p. 237, 31; Nov. 60, p. 327, 20 ; Nov. 82, p- 408, 4; Nov. 86, p. 422, 1; Nov. 89, p. 441, 13; Nov. 89, p. 444, 5; Nov. 97, p. 472, 16; p. 472, 30; Nov. 99, p. 483, 10: Nov.

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101, p. 489, 38; Nov. 105, p. 500, 36; Nov. 112, p. 525, 2; Nov. 113, p. 530, 19; Nov. 116, p. 550, 25; Nov. 120, p. 590, 12; p. 591, 1; Nov. 123, p. 613, 25; p. 617, 4 (dix lignes de l'édition -de Schæll); Nov. 128, p. 640, 10; p. 645, %; Nov. 145, p. 712, 11; Nov. 147, p. 719, 19: Nov. 159, p. 727, 22; Nov. 159, p. 741, 32; Nov. 958, p. 734, 5.

Les gloses ou interpolations sont peut-être moins nombreuses que dans le Marcianus. Les plus fréquentes sont toujours les traductions grecques des mots latins données soit dans Le texte, soit au-dessous de la ligne, quand elles n'ont pas pris la place du mot lui-même. Une série très importante est constituée par les interpolations faites d’après le texte des Basiliques. Nous les étudions dans le paragraphe suivant. = Nous ne voulons pas énumérer toutes les fautes dues à la négligence, à l'ignorance du copiste, à l’altération de la leçon produite par la suite du temps et par les copies réitérées. Nous Les avons énumérées à propos du Warcianus. lotacismes fréquents, transposition de mots, confusion de lettres et d’abréviations, mauvaise division des mots, faux accords et fausses constructions, nous trouvons tout cela dans le Laurentianus. Mais ils y sont beaucoup plus fréquents. Sur ce point, l'infériorité du Laurentianus est flagrante. Elle vient s'ajouter à celle qui provient de la modification systématique de son contenu.

Le Laurentianus LXXX. 4 et les Basiliques.

Il est assez difficile de déterminer exactement et avec certitude la nature des rapports qui existent entre le Laurentranus LXXX. 4 et les Basiliques. Ces rapports sont très étroits. Nous en avons déjà eu suffisamment la preuve en constatant toutes les suppressions et modifications de Novelles ou de parties de Novelles qui ont été effectuées à l'exemple et sur le modèle des Basiliques. IL s’agit de déterminer, en face de

l'étroitesse de ces rapports, si les Basiliques et le Laurentianus représentent la même tradition ou, au contraire, s'ils sont indépendants et dans quelle mesure ils le sont.

L'hypothèse à laquelle nous nous sommes toujours arrêté jusqu'ici, c'est qu'ils sont indépendants. Les deux leçons gardent leur diversité. Mais celle du Laurentianus a été confrontée avec celle des Basiliques et a subi, d'après elle, de profondes modifications.

L'examen du texte parait confirmer cette hypothèse. Non seulement il a été modifié, comme nous l'avons dit, mais il a été interpolé de façon importante. Des interpolations, des gloses ont été insérées dans le texte du Laurentianus parce. qu'elles existaient dans les Basiliques. La Nov. 1, ch. 2 (Schæll, p. 6, 3) et la Nov. 53, ch. 6 (p. 305, 2) traitent de la Quarte-Falcidie. On sait que, dans les Basiliques, la réserve a été élevée au tiers ou à la moitié (Bas. Ai, 4, 1 ; 28, 12). Le texte a été modifié dans le Laurentianus pour le mettre au courant de la législation nouvelle. Nov. 22, ch. 22, les Basiliques ont un passage interpolé (Bas. 28, 14; Schœæll, .p: 164, 13). Il est reproduit dans le Laurentianus, il est vrai, de deuxième main. Nov. 49, ch. 2, (p. 291, 11), une interpolation d'après le Cod. 4, 21, 20, qui est aussi aux Bas. 22, 3, 1; Nov. 53, ch. 6 (p. 305, 18-25), une longue interpolation qui est aux Bas. 28, 12; Nov. 118, ch. 2 (p. 568, 29), une interpolation d'après la Nov. 127, 1, qui se reproduit quelques lignes plus loin (p. 569, 2 et 8; Bas. 45, 3, 8). Nous avons déjà parlé des interpolations de la Nov. 115, ch. 3, $ 14 (p. 541, 17; p. 543) ou au lieu de 4 conciles les deux versions en nomment 7. Mais il faut remarquer que le Laurentianus n'a pas recueilli l'énumération des trois con- ciles généraux tenus depuis Justinien. Nov.119, ch. 2 (p.573, 21), une interpolation d'après la Nov. 127, ch. 2, Bas., 29, Pan Ee

Mais ces interpolations ne suffisent pas à prouver la dépendance absolue des deux versions. Car la confrontation, si

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étroite qu'elle ait été, n'a même pas été complète. Il y a en effet des gloses et des interpolations des Basiliques qui n'ont pas passé dans le Laurentianus. Nov. 17, ch. 8, p. 122, 27, Bas. 6,3, 11,12: Nov. 22, ch. 5, p. 150, 22-95, Bas. 28; 7, 4; Nov. 22, ch. 44, p. 181, 8, Bas., 28, 14; Nov. %6, ch. 2 princip., p. 204, 36, Bas. 6, 10; Nov. 27, p. 211, 35, Bas. 6, 11. Nous avons vu qu’il y a des lacunes involontaires dans le texte du Laurentianus qui ne sont pas aux Basiliques. A l’inverse, il y a des omissions involontaires dans les Basiliques qui ne sont pas dans le Laurentianus. Ceci encore montre, dans une certaine mesure, l'indépendance des deux leçons.

Les mots latins témoignent de la même diversité. Non seulement parce qu'ils ne sont pas tous traduits comme dans les Basiliques, mais encore parce que la traduction n'est pas toujours la même; p. 69, 21 sportulus, combeaiüv, Bas., dbresovvndeiüy, Laur.; p. 95, 14, inceston, nefarion, damnalon, raoivouoy, dféurrov, avécuoy, Laur., dféuiroy, raoivounv, xaraxptrov, Bas. ; p: 102-9, consistorianon, 1où bdnhod Béuaros, Bas., rod bduAvévov Gfuaros, Laur.; p. 205, 26, ad responsum, aroxatcuacio, Laure amonpicets, Bas. ; p. 330, 35, intercessionon, iveozeo1vwY, Bas., avuowvicew, Laur.; p.404, 4, reparationos, àvaxatviooz: Bas., avariviseos, Laur.; p. 407, 19, compromissarion. dayroucvoy, Bas., dardCewv uévoy, Laur.; p. 456, 13, præfeclician adventician, ñ mapà maroôs Oidouévny à magd séwrixod Oudouévay, Laur., à rap rod Éyovros Thv xSonv bneÉouciay À mapa éEwrtxod dedouévnv, Bas.; p. 608, 26, castrension peculion, Üoxtiro rexovkiov, Laur., sreatiotix@y mexovhiwy, Bas., etc. Au restc, cela n'empêche pas que les autres traductions du Laurentianus aient pu être prises souvent dans le texte des Basiliques.

La confrontation des deux textes, l'examen de leurs leçons communes ne conduiraient pas à un résultat différent dans l'ensemble. Le Laurentianus se rapproche plus que le Warcianus du texte des Basiliques. Leur prototype commun est moins loiutain que le prototype commun à nos deux manuscrits. Mais les rapports entre eux ne sont pas absolument

caractéristiques. Ils présentent, en outre, de nombreuses variantes. Il suffit de parcourir les notes de l'édition de Schæll pour s’en convaincre.

En définitive, l'examen du texte ne nous paraît pas écarter l'hypothèse que nous avons émise à propos du contenu du Laurentianus. Le texte de notre manuscrit, indépendant de celui qui a servi aux compilateurs des Basiliques, a seulement été confronté avec ce dernier recueil, corrigé et interpolé

d'après lui.

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