CHAPITRE I
Description et contenu du Marcianus 179.
Le Marcianus 179 est un manuscrit de parchemin in-folio. Zanetti (!) dit que c’est un in-4°. En réalité, c'est un petit in-folio dont les marges ont été rognées assez fortement pour être relié. C’est sans doute ce qui a fait disparaître les marques des quaternions. La numérotation actuelle est moderne. Elle compte 415 folios. Il y a, en outre, 2 folios non numérotés au début.
Le manuscrit est en assez mauvais état. Le parchemin d'un assez grand nombre de folios a été noirci, l'écriture effacée sans doute par l'humidité, notamment au début du Code et à l'Index des Novelles, folios 72-73. C'est la première partie, jusque vers le folio 289, qui a le plus souffert. Nous venons de voir que déjà, au xvr° siècle, il était dans cet état et avait été chimiquement traité par le légat Becatelli. Le traitement chimique d’Heimbach l'a rendu actuellement très suffisamment lisible.
Il est écrit sur une seule colonne. Zanetti (?) le plaçait au xv° siècle. Il est, en réalité, plus ancien. Morelli (*) corrige cette attribution ét le date plus exactement du xim° siècle. Cette date a été acceptée par Les modernes qui l'ont examinée (*). Zachariæ le dit même de Ja fin du xn° siècle (*). Si nous admettons qu'il a été donné au couvent du Patir par le
-(') Zanetti, Græca Marci bibliotheca codd. mss., I, p. 103. (2) Zanetti, ibid., p. 103.
‘(8) Morelli, Bibl. manusc., p. 103.
(*) Kroll, Novellæ, préface p. vu.
(5) Zachariæ, Novellæ, préface p. vu.
Noailles k FD SA
Synator Maleïnus qui a signé, en 1190, la copie authentique de la bulle d’or, nous admettrons cette dernière attribution.
Si Zanetti le croyait d’une époque aussi basse, c’est sans doute à cause du peu d'élégance de l'écriture. Elle est assez mauvaise et irrégulière. Le copiste emploie beaucoup d'abrévialions qui sont d'ailleurs les abréviations ordinaires. Au point de vue paléographique, on ne peut distinguer qu'une seule écriture. C’est ce qu'avait vu Bluhme dans sa description pour Biener (!). Zachariæ avait conjecturé le contraire dans la préface de son édition des Novelles (?). Il reconnaissait la similitude extérieure des écritures, mais des différences constatées au point de vue philologique lui faisaient croire à deux copistes, l'un qui aurait écrit les 168 Novelles et les Novelles de Léon, l’autre qui aurait écrit la deuxième partie, nolamment les 13 édits (*). Il y a, entre ces deux parties, des différences dans l'orthographe. L'usage des abréviations n'est pas la même. Les iotacismes sont plus fréquents dans la seconde. Dans l’ensemble, elle est moins correcte. Mais, plus tard, Zachariæ donna une autre explication à ces différences intéressantes à noter. Quelques années avant, Wattenbach (*) avait examiné le manuscrit et n'avait reconnu qu'une écriture. Un seul et même copiste avait pu copier fidèlement deux manuscrits dont l'un étaitinférieur à l’autre pour l'orthographe et la correction. Il supposait donc en ce moment que le Warcianus lui-même avait été formé à l'aide de deux (au moins) mauuscrits différents (*. Nous verrons que cela est inexact. La Collection qui réunit sous un index général les 168 Novelles, les 13 édits, les formes éparchiques et Les Novelles des succes-
hBiener,:G- du Np.617
°) Zachariæ, Novellæ, p.vn; Appendix, p. 10.
*) Zachariæ, Aus. und zu den Quellen, Savig. Stift., Roman. Abth., XI, p. 47.
‘ Wattenbach et von Velsen, Exempla Codicum Graecorum, Heidelberg, 1878. Wattenbach reproduit le folio 168 du Marcianus.
‘) Il conjecture ceci à deux reprises. Novellæ, préface p. vi, note 1. Aus. und zu den Quellen, XIII, p. 47; XV, p. 366.
LE MARCIANUS 179 19
seurs de Justinien est bien antérieure au xim° siècle et au Marcianus. Mais il n’est pas nécessaire de recourir à cette hypothèse. Il se peut plus simplement que le copiste du HWarcianus, qui n'estni un savant ni un auteur critique, aitreproduit fidèlement des différences qui se trouvaient dans son prototype. Elles s'expliquaient dans le prototype, soit qu'il ait été copié de deux mains différentes, soit qu'il ait été copié de deux manuscrits différents. Quoi qu'il en soit, le Marcianus tout entier est d'un seul copiste. On y remarque seulement une seconde main contemporaine qui a quelquefois corrigé quelques fautes.
Le contenu du Marcianus à été soigneusement décrit par Kroll dans la préface de son édition. Il n’est pas inutile de répéter ici cette description avec quelques légères rectifications. :
Sur Le folio qui précède le premier folio numéroté on peut lire un index incomplet des Novelles de Léon. TIVaË vEaody Atoyros 70ù decrérou : Il ne va pas plus loin que la Const. 25 VEND XÉ TEPL Açewz brefouotéraros za avadésewz mootxéc. C’est une addition postérieure écrite d'une main du xv° siècle. Il s'arrête à la Nov. 25 parce qu'il arrive au bas du recto et que le verso débute avec les notes d'origine que nous avons étudiées au début de cet exposé.
Folio 1-69" : Novelles de Léon.
Folio 1° : une inscription enfermée dans un grande croix :
(@ je)
« Ados y your 1 dbavaro révroy Baouhst sbocfobs Bacthéws Louxloy ai Toy Vuoy éravocbortxat avaxalosets ». Puis : « raootmion (sic) ». Suivent les 113 Novelles de Léon.
Dans le catalogue de Zanetti il est dit, en décrivant cette partie du manuscrit « Deficit ea quæ in editis habetur sub n° LXVI ». Mais une note manuscrite d’une main récente à écrit après l'extrait du catalogue collé sur la première garde du manuscrit « queæ in editis habetur sub n° LXVI non quidem deficit, habet enim ad pag. 41 ejusdem codicis » (!). Ce sont
(1) Répété par Kroll, præf., p. 1x, note 1.
les numéros ajoutés par une main plus récente et souvent omis qui ont amené cette confusion. Les Novelles finissent folio 62" avec Les mots : un rasanr DUUÉVNS ÂTOTTATEUS.
Folio 62°-67" : La meditatio de nudis pactis : ushérn rest WGy souodvov (1). Incip. si uèv de deiv uk. Desinit : iva aol quels 2016 drovcduefx. Il faut remarquer qu’elle est présentée 1ci comme une Novelle de Léon puisque la souscription finale des Novelles est placée après elle : éÂ05 Tüv diaolorixüy rùY vw avaxa@aosewv. Elle porte aussi le n° 113.
Folio 67-74". Indices. — Après un espace de sept lignes vides commence, folio 67", un index général des constitutions contenues où plutôt qui élaient contenues dans le reste du Code. L'existence de cet index général démontre la composition d'un recueil de constitutions. Les Novelles de Léon n’en faisaient pas partie puisqu'elles ne sont pas comprises dans l'index. Notre manuscrit est composé par la réunion de deux recueils, réunion qui a été faite très probablement non pas dans le manuscrit même mais dans son archétype. Nous allons voir en énumérant les indices de quoi était composé ce second recueil.
Folio 67 * : Index des Novelles de Justinien précédé de la rubrique de la constitution de Zénon res! ue : Civoyos us we neo! xatvotouGy. Teot Toù oxAxtdiou (?) (Nov. 1); ect ToÙ uw Edéyehas, ete. (Nov. 2). Suivent les rubriques des Novalles telles qu'elles sont au texte. Les numéros ne sont pas tous donnés. Mais ceux qui le sont sont exacts. Le copiste suivait son prototype. Voici les numéros de première main: 20, 21, 22, 34-44, 50, 57-60, 70, 71, 87, 100-142, 144-164, 166-168. Une deuxième main a voulu compléter mais elle l’a
(*) Leunclavius, Jus-Græco-romanum, NH, p.192, éditée nouvellement par M. Monnier avec une traduction haacaise et un commentaire, Nouvelle Revue historique de droit francais et étranger 1913.
. () Kroll a oublié la rubrique de la Nov. 1 qui se trouve cependant dans le manuscrit comme le fait remarquer M. Monnier. Meditatio de nudis pactis, p. 141, note 1.
LE MARCIANUS 179 21
fait de façon moins exacte et s'est arrêtée assez vite. Les numéros de seconde main sont : 2-10, puis la Nov. 11 étant omise comme dans le texte, les numéros continuent en se trompant d'une unité, 11-17. Après la Nov. 29, la deuxième main reprend, 23-28, puis s'arrête.
Folio 72° sans aucune séparation l'index des 13 édits. Incip. : a! lôueroy yoagév, etc. Desinit : tj! vau0s reot 16 a AcEadgéoY xa1 Tv aiyuTTiaxG Ér ag 1Gv.
Folio 72": Cinq Novelles de Justin. dgyh 70 iovotivou venoüv. Pncip. : a! rep suYywpisews Aomadoy Mnusstwy; Desinit : 2! TE Tauaoeiroy.
Même ee Novell de Tibère. D'abord cinq Novelles. apyn ToÙ Re Incip. : n° mepi roy Éelwy oxüv. Desinit : &' ect ovotuwy nuociwv. On lit ensuite après le numéro 5 une sorte d'avertissement qui semble avoir été pris pour la rubrique d'une sixième Novelle: ç' eisty étépat Diarabeis ravroy uerayevéoout. Suivent cinq rubriques de constitutions. 4! Üeïos rôros rect EnWéohñs. Ê' meol omparnwrdv. y’ népt oreartwrüv. d' rec raoao- Topurôv. €! Ont ais aoyais a où vols Goyououy avriypdoe à Baot-
À cause de la note donnée comme numéro 6 et comme d'autre part la collection continue et contient en particulier des Novelles du successeur de Tibère, Maurice, Zachariæ pense que ces rubriques désignaient les Novelles les plus récentes de Tibère et doivent encore lui être attribuées (!).
Folio 79*, Edits des préfets du prétoire, 39 rubriques d'édits : aoxh toy braoyuxv thrwv. Desin., folio 73*, A0! rôro: Aésvros 729 évdoËorarou (?).
Folio 73*, deux Novelles de Maurice (*), a! lôuerov wavot-
() Zach., 1. G. R., IE, p. 31, n° 1. — Cf. Delineatio, p. 9, 10 et Witte, Novellæ imperatorum byzantinorum dans les ?Avéxdorx d'Heimbach, IT, p. 261.
(2) Cet index, qui subsiste seul de cette collection d'édits, a été édité par Zachariæ, ?Avéxdota, p. 258-261.
() Zachariæ donne ces rubriques, 1. G. R., HIT, p. 32.
22 PREMIÈRE PARTIE 2190 rÉcolou. 7 r29 ot ) TOL£ LOYTTAYTLYIUTOALTALS TAQUREREUIUEYIY AVAL- \ A Q'!
ocioat Ts UUTHTIOULAS orages. B' Mavauxiou meoi \boé Bohobvro.
Folio 74*, deux Novelles d'Irène, une Novelle de Léon et Constantin (\) :
a! : Dérioux ÿyouy vouclesix eisfvns ueydhov Gashéws ouai 20 ADTILDÉTOO0S repl 770 uh duvUely TiY2 TAomYOusvor Ets uAOTU OAV
Lai du. (corr. due.) xeo.
G': 5 adrèz Bunideds rec! so) dÜeuiros suvarTouévoy 4x0 roitou p O UUTIS PAGLAEUS TES TU LJEUTOS 9 TT to TO! y < \ < SD Ne Vauov al énéxeuva Hal mept TOY ee AT) rolrov yauov xat
êT ue (sic) xaï nest rdv uvartousrov Ts oixclats QouAetats.
aÿrn mooyevsotéon éott elonvns TAs ae
(AE vouolestx ) ÂévT0z La) 2OYTANTE YOU eh) Gasthwy TOP AO nat abroxoatéowy rest 1üv T4 lu réxva depouévoy ëx 700 éylou ra! cotnguwèous Bartiouatos x auparéooy (sic) OL AOYE
Cet index montre que, à une époque indéterminée, on a ajouté à la Collection des 168 Novelles de Justinien un appendice de constitutions de Justinien lui-même (ses treize édits) et des empereurs de l'époque justinienne. Les plus récentes sont les Novelles d’[rène (797-802). En étudiant le contenu de la Collection Grecque dans ce manuscrit, nous essaierons de déterminer l'époque à laquelle cette collection a pu être faite.
Au même folio 74° commence le texte des constitutions énumérées dans l’index. Elles débutent par la constitution de Lénon : Guirabrs Civovos Basikéo: reel xutvsrouty qui est une constitution du Code (?).
Folio 76. — 391 : La Collection Grecque des 168 Novelles dans l'état que nous étudions plus loin. En haut du folio d'une écriture de deuxième main, on lit : 25yñ où 6eù rüv venoüv ’loverinavsD a rüv bre (fyauv Bari s. v.) vsuuv enavophwoets. Neuo% rowtn.
(t) Zachariæ édite d’après d’autres manuscrits ces trois Novelles, I. G. R., II, p. 55, 60, 69.
(?) Cou VIIT, 10, 12, de ædificiis out: Cf. bibliographie dans Monnier, !. c., p. 140, n. 4
LE MARCIANUS 179 23
Au point de vue matériel, il y a seulement à faire remarquer ici l'erreur qui trouble la suite du texte de la Nov. 97. Elle à été expliquée plus exactement par Schæll que par Zachariæ (!). Elle provient d'une interversion de l'ordre des folios dans l’archétype du Marcianus, interversion que n'a pas aperçue le copiste. Elle trouble le texte compris dans l'édition de Schæll entre la page 471, ligne 14 et la page 475, ligne 22. Le texte est dans l'ordre suivant : yivecat ras 'adroy
ul 1 Le s' 1] ES c pe” Y — 00 u6vov. 472,13. — 473,15 (2); mouety dpévres — 7à sy émové- / 4 LU noeov 71,14 — 479,13 (1); ts mados — un mAcioy 474,21 — 475,22 (4); dde ets Viverar — douxvovuéyns ‘yauovs, 473,16 — N CR 4 d
474,21 (3). IL y a interversion de 4 pages, c’est-à dire d’un double folio. D'après l'explication la plus simple qui est celle de Schæll, le double folio a été replié dans le sens opposé à son vrai sens, de sorte que les deux pages intérieures se sont trouvées à l’extérieur et vice versd. On a donc la suite 2. 1. 4. 3, au lieu de la suite régulière 1. 2. 3. 4. Le copiste du Marcianus n'a pas remarqué l'erreur et celle-ci est passée dans son texte.
Folio 391-410". Les treize édits : télos où Déw 1üv veuoüy vod lvotiavod : — ToÙ autoD doyh Toy lxrtov.
IL-y à encore ici une erreur matérielle qui trouble la suite du texte de l’édit 13. Elle provient, comme la précédente, d’une interversion de l’ordre des folios dans l’archétype du Marcianus. Elle trouble le texte qui est dans l'édition de Schæll, p. 791 à 794. Voici l'ordre du texte dans les manuscrits : Iavéyen rodrreuy 792,1 — rasédoxey doyny 193,3; I ets r2v Mazzovro 791,14 — Grasty Greco 192,1 ; LV % r0Ù rue? adtoù 794,7 — où toaxteuta 794,23; [IT sobrs de rodro 793,3 — AdYUI=A À 794,7. Zachariæ a restauré l’ordre véritable du texte (?). IL faut remarquer que les passages numérotés IL etI[T ont, à peu près, le double de l'étendue des passages Let IV. Ils com-
('; Schæll, Novellæ, p. 471, not., Zach. Novellæ, I, p. 120, not. 8. (2) Noveliæ, I, p. 553,
prennent environ 2.000 lettres et les autres 1.260. Donc si Let IV représentent chacun une page, Il et IT en représentent chacun deux. Nous avons six pages dont l’ordre primitif était L, LL, I, I, I, IV. L'ordre actuel dans le manuscrit est Il, HAN AHETIL.
Si le manuscrit, source de l'erreur, était un manuscrit ordinaire en parchemin ou en papier dont chaque folio était écrit sur les deux faces, l'erreur actuelle n'aurait pas pu se produire par simple interversion de folios. De quelque manière que l’on essaie de les placer et de les retourner, les pages I et IV ne peuvent s'intercaler au milieu sans changer l'ordre des quatre pages Il etIl. C'est une des raisons pour lesquelles Zachariæ, dans les deux derniers articles qu'il ait écrits, conjectura que les treize édits provenaient d'un manuscrit de papyrus dont chaque feuillet n’était écrit que d’un seul côté (!). Nous examinons plus loin cette hypothèse (?). IL est certain que l’on ne peut imaginer autrement la cause de l'erreur qu'en pensant à un manuscrit dont les folios ne sont écrits que d’un seul côté. Mais dans ce cas l'erreur serait plus ancienne que ne l’admet Zachariæ.
Folio 410-415". Novelles de Justin et de Tibère. Après une demi-page laissée en blanc : 6125 rôy vexo&y tovsriniant : — doyh T6 vexp@v lovorivou, ajouter : ce sont les Nov. 148, 140, la troisième de Justin, les Nov. 149 et 144 (*), puis la première Novelle de Tibère r£eptou rep! rüy Üetwy olxwv qui finit à la fin du folio 413*, par les derniers mots de la Novelle Touobro te eva cuyywsodues (+).
Le manuscrit est ici mutilé. Les autres constitutions qu'anuonçait l'index ont disparu.
() Schæll, Novellæ, p. 791, note; Zach. Novellæ, I, p. 553: Aus u. Lu den Quellen. Savig. Stift., 13, p. 42 et suiv.
( Voir p. 40 et 44.
().Zach., I. G. R.,.IN, p. 3 et suiv.
Vi Zach, TI. GR TIRSp2 6