CHAPITRE
Les gloses du Marcianus 179.
On trouve dans le Marcianus, autour du texte des Novelles, des notes, pas très nombreuses, que l’on appelle traditionnellement des gloses ou des scolies. Elles sont placées soit en marge, en face de quelques chapitres, soit en tête des Novelles après les rubriques. Antoine Augustin est le premier qui les signale (‘). Il semble même avoir eu l'intention de les publier avec le texte des Novelles dans l'édition critique qu'il s'était proposé de faire. Il s'intéressait surtout à celles qui se référaient aux Basiliques. On sait que cette édition n'a pas abouti. Scrimger les à systématiquement écartées de son édition. Elles n'ont été rétablies par aucun éditeur moderne. Schæœll n'en donne qu'une partie, celles qui sont véritablement des scolies, notes critiques sur l'état du manuscrit.
Car toutes ces notes ne sont pas de même nature et ne méritent pas également le nom de gloses ou de scolies. Il en est de trois sortes qui sont d'époques différentes. Ces gloses sont intéressantes non pas seulement en elles-mêmes mais pour l'histoire du texte du Marcianus, pour l'histoire de son
(:) « In utroque tamen (in Veneto et in Florentino) adjectum sæpe extra ordinem litterarum est, quo loco eadem constitutio in Basilicis libris reperiatur, itemque ipsa constitutio et quamobrem ïllic scripta non sit, et alia præterea, quæ nos omnia pene in his libris addimus ; ut si aliquando LX libri Leonis edantur, usui esse Græcorum interpretum labores possint » (Épist. ad Mendozam, 1544). Opp., t. VIT, p. 185 et suiv.
établissement et de son utilisation à diverses époques de sa tradition.
Les notes les plus anciennes sontdes paratilla ou rasarourai. Ce sont des exemples de ces travaux d'interprétation autorisés par Justinien (!) c'est-à-dire des annotations qui rappellent à la suite d'un texte les passages parallèles existants dans les autres recueils ou même dans une autre Novelle. Ces paralitla citent le Digeste, le Code, les Institutes et les Novelles.
Nous ne sommes pas ici en face d'un travail achevé et . systématisé comme l'Epitome d’Athanase ou la Collectio tri-
partita nous en conserventencore des exemples. Après chaque titre, on rencontre dans ces deux ouvrages un groupe de paratilla. ei ils sont en marge du manuscrit en face du chapitre visé ou après la rubrique de la Novelle. Toutes les Novelles n’en ont pas. Néanmoins on en trouve un assez grand nombre. C'est ainsi qu'on les rencontre aux Nov. 1, ch. 1 (6 citations), 4, 12, 14, 17, 19, 20, 45, 50, 55, 60, 68, 69, 72, 74, 82, 83, 91, 94, 95, 96, 99, 100, 107, 108, 112, 119, 120, 126, 135, 136, 138, 142, 145, 146, 152.
IL n’est pas douteux qu'ils ne remontent à la période justinienne, par conséquent aux premiers temps de la tradition de notre texte. Cela est prouvé non seulement parce qu'ils citent Les seuls recueils de Justinien, Digeste, Code, Institutes et Novelles, mais par la façon même dont ces recueils sont cités suivant le procédé en usage à cette époque par livres, titres, chapitres ou lois (?).
La deuxième série de notes que nous rencontrons est plus véritablement de l'espèce des scolies. Ce sont des notes critiques, œuvre de l’auteur du dernier remaniement de notre Collection. Il conserve, dans ces précieuses scolies, le souvenir de l’état primitif de la Collection. Il note les
(°) Const. Deo auctore, $ 12; Const. Tanta et Sédwxey, $ 21. — Mortreuil, Histoire du droit byzantin, 1, p. 106. - (?) Cf. Hemb, Basil. Prolegomena, t. VI, p. 20,
Novelles qui ne s’y trouvent plus et les Novelles qu'il a luimême enlevées, à la place même qu'elles occupaient. Les premières sont les Novelles latines, les secondes, les Novelles de Justin, de Tibère et les édits des préfets du prétoire. Je n'insiste pas ici sur ces notes. En étudiant le contenu de la Collection Grecque dans le Marcianus, nous aurons l'occasion de les examiner d'un peu plus près et de les reproduire.
Enfin une troisième série de notes, et celles-ci les plus nouvelles, est Le résultat d'une confrontation de notre Collection avec les Basiliques.
Ce ne sont point des paralitla, c'est-à-dire une œuvre d'interprétation juridique citant les passages parallèles d'autres ouvrages. Ce sont des notes critiques. Elles indiquent, pour certaines Novelles, qu'elles n'ont pas passé dans les Basiliques; pour certaines autres qu'elles y ont été reçues. Et elles donnent parfois les références du livre et du titre où elles sont insérées.
Les notes qui disent que la Novelle n'est pas passée dans les Basiliques ne se trouvent guère que dans les toutes premières Novelles. On n'a pas continué longtemps cette partie du travail de confrontation. Mais il avait été commencé de façon approfondie comme le montrent les premières notes : Nov. 2: « arn h veapx oùx étéôn els Tà Basin dAAX Tapeswrtôn, Qux 7> ca pèv adthe no tie 49° veasdis dvupetodar, Tù DE mAartepov dr” ënsivns voyLobetestobou. paivoy DE td Tehsutato TabTns xepAh MOV Tpocstén r@ Ts Gé veapès rehevral usqakaiw ». Nov. 5 : « abrn h veapx oûx ëtéOn SAn sic Tù Baothrxx AAAX Tapewmhôn, £tt Ta UÈv dvupeitat dr
ris CA-venpäc, Ta à duoiuc dardrrero dm adrhs. povov DE td èv Tabtn mpdTov uEPARANIV Hate ITOWON EV fr. 2’ Toy Baoumbv nr. dues. a Tù DE debrepoy vabrns ueg. petetén èv Th puy’ veapg ». Nov. 6 : « aÿrn f veao? où étéôn cie T4 Basttex ». En face de la notitia de la Nov. 8 : « tadra oùx éréôn els va Bahut ». Nov. 9 : « ÿ 0 veapà ox edpéôn, 0’ xemévn dote rhv ExxAnoiav Popns Éyetv thv TOv p Éviaurôv rapayoaghv oÙx étéôn els Ta aahixd Tabrnv dvmpet Ÿ pra ». Nov. 10 : « oÙx éxé0n sis 7ù Baothtud ». [ci s'arrête ce premier
travail, bien qu'il y ait un beaucoup plus grand nombre de Novelles qui soient écartées des Basiliques.
Pour quelques autres Novelles, on indique, au contraire, les livre, titre et chapitre des Basiliques où elles se trouvent. Nov. 8, Nov. 23 : « fu. 0". rüv Baarr.w. Pl. «ee. <'» (actuellement Br992 ce Nov. 71 ::« Bu Tüv Baorh. ç' TU. M wep. Teheuraior ». (B. ' ‘ 30). Nov. 132, « fu. à° Tv Bach. 1. x’ Kep. teheuraïov ». (B. 1. 1. 58). Nov. 134 : « Be. c' rüv Baar. mn. 0 rep. a! ». (R. 6. 19) É : passim\. Nov. 152 : « aürn vexpà.… rov Basik. AE ru a 1e9. ! ». (B. 57. 19. 1 d'après l'Index Reqginæ).
Dans quelques autres, cette indication est plus succincte. Celui qui a fait la confrontation s’est borné à écrire os où OÙ £ws où > Baskixov. On trouve cette note aux Nov. 8, 41, Er e7 RPE à ES Bt kr AGE
Il reste, pour être complet, à parler de deux références à un Nomocanon et d'une référence à un ouvrage xarx otoryeto Les deux premières sont aux Nov. 6 et 13. Nov. 6 : « xc0. : rod d aux roù vouonavévou ». Nov. 181 : « Chcet sd B' xep. cod a! ur. vouoravéyeu ». C'est le Nomocanon des 50 titres quiestici visé (?). La troisième est à la Nov. 104 (qui n’est pas dans le manusecrit). « p9' Chret raurhy els 7 nat ororystoy ». Cette Novelle était aux Basiliques 6, 13, comme l'indique la synopsis des Basiliques À. 66. 50 (édit. Zach., p. 112} « spi roù moaitupos Dxshiac dvayv. fu. ç' x. vy' ». C'est à cela que se réfère la scolie (*).
Grâce à ces scolies incorporées pour la plupart au texte, puisqu'elles sont en majorité après les rubriques, nous savons que le texte de la tradition duquel provient le Marcianus a eu cours à l’époque justinienne. Il a été enrichi, à ce moment, de paralitla. Après avoir été remanié en un temps que nous essayons plus loin de préciser, il a de nouveau
(:)-C£. Kroll, Novellæ, præf., p. :
(2) Voell et nd Bibliotheca ne canonici, Paris, 1661, IT, p. 499 et suiv. ; Pitra, Juris LE Græc. histori A SRE
() Sch&æll-Kroll, Novellæ, p. 378, note,
LE MARCIANUS 179 29
servi à des jurisconsultes qui l'ont confronté avec les Basiliques. IL est intéressant de noter cette première preuve du rapprochement qui a été fait entre la tradition de notre manuscrit et les Basiliques. Car nous en verrons plus tard des conséquences, notamment dans le texte qui a subi quelques influences des Basiliques. Mais cette confrontation n'a pas été poussée jusqu’au remaniement du texte à l’exemple de ce dernier recueil. Les deux traditions restent différentes.
C’est ce qui sépare profondément le Marcianus du Lauren. hanus.