CHAPITRE IV
État de la Collection des 168 Novelles dans le Marcianus 179.
En examinant le contenu de la Collection Grecque dans le Marcianus, nous étudierons les remaniements qu'elle y a subis. Nous constatérons qu'elle en a subi non pas un seul, mais plusieurs successifs. Nous essaierons d'en déterminer l’époque de façon aussi approximative et avec autant de certitude que le permet la matière de cette recherche par elle-même difficile et incertaine.
Premier remaniement : les Novelles 'atines.
Il manque un certain nombre de Novelles. Un premier groupe et assurément celui qui disparut le premier fut le groupe des Novelles latines. On a admis jusqu'ici qu'il comprenait, sous 18 numéros, 16 Novelles : Nov. 9, 11, 23, 33, 34, 35, 36, 37, A1, 62, 65, 75 — 104, 111, 114, 138, 143 = 150.
L'original de ces Novelles, d'après lequel elles furent introduites dans les Collections de Novelles au temps de Justinien, était par exception non pas grec mais latin. Elles furent éliminées des Collections Grecques et remplacées plus ou moins par des Epitomes grecs. La preuve de leur état originaire ne nous est pas seulement fournie par ce fait qu’elles ont disparu du Marcianus comme du Laurentianus.
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Mais nous sommes exactement fixés sur leur nature et par les autres Collections, notamment par la Collectio Constitutionum ecclesiasticarum (1) et surtout par l'Epitome d'Athanase (?). Les résumés de ces Collections sont précédés des premiers mots du texte original. Or tandis que pour les autres Novelles ces premiers mots sont grecs, pour celles-ci ils sont latins. Dans la Collectio, il en est ainsi pour les Nov. 9, 11, 37, 65, 111. Dans l'Epitome d'Athanase pour les Nov. 9 (2; 4), 11 (1, 8), 23 (7, 2), 33 (16,3), 34 (16, 2), 35 (22, 4), 36 (19,2), 37 (2, 6), A1 (4, 12), 62 (22, 3), 65 (2, 10), 75 — 104 (4, 21), 111 (2, 5), 114 (22, 6), 143 — 150 (11, 5). Seule la Nov. 138 ne se trouve pas dans l’Epitome d’Athanase.
Mais ces Novelles n'ont pas disparu sans laisser de traces. C'est la première fois que nous avons l'occasion de signaler un fait intéressant que nous retrouverons plusieurs fois dans la suite. Les remaniements de la Collection Grecque que nous conslatons dans nos manuscrits n'ont pas été faits sans critique. On s’est préoccupé de conserver le souvenir de l’état originaire soit, comme nous le verrons plus loin, dans les numéros des Novelles, soit, comme ici, quand on supprime une Novelle. Quelques-unes, très peu, sont remplacées par des Epitomes empruntés à Théodore et à Athanase. La Nov. 23 est remplacée par l'Epitome grec d'Athanase (7, 2). Les Nov. 75, 111 et 114 sont remplacées par les Epitomes correspondants de Théodore. Pour les autres, et c'est le plus grand nombre, elles sont remplacées par une scolie qui donne le numéro et une rubrique de la Novelle. Le scoliaste ajoute à vsapà ody sd0£6n. IL en est ainsi pour Les Nov. 9, 11, 33, 34, 35, 36, 37, 62, 65. La Nov. 138 est omise sans qu'il soit fait de remarque à son sujet (°).
(:) Voell et Justel, Biblioth. juris canonici, I, p. 1223; Pitræ, Juris eccles. Græcor. historia, Il, p. #10.
@) Heimbach, ’Avéxdota, 1, p. 1 et suiv.
() Schæll imprime ces scolies en note à chacune de ces Novelles.
A la place de la Nov. 41, latine, on trouve répétée la Nov. 50. Qu'il y ait eu deux Novelles et non pas un doublet à cette place, c'est ce que prouvent les deux sommes reçues dans l'Epitome de Théodore n° 41 et 50 et dans l'Epitome d'Athanase (4, 12 et 7, 2). Que cette Novelle fut latine, c'est ce que prouvent la rubrique et les premiers mots d'Athanase (4, 12) : « mept sic veapäs enoiv ris mtyéypantar Lex ut Bonus ïs ñ àoyh Recte (Reste libri) nobis ». Une scolie du Marcianus répète cette rubrique en face de la Nov. 50. Julien donne cette Nov. 41 comme const. XXXVIIL. Bien qu'il donne da Nov. 50 à sa place, le Marcianus conserve cependant la trace de la Novelle primitive et de son omission. En marge de la Novelle précédente on peut lire écrit de seconde main « size dfrakie ». Les deux lois étaient adressées au même Bonus quæstor exercitus et la seconde modifiait en partie la première: C'est à cause de cette affinité de matière que la seconde est venue remplacer à tort la première. Ce remplacement est très ancien puisqu'il se rencontre aussi dans le manuscrit de Florence. Il ne nous reste plus de cette Novelle que les sommes grecques de Théodore et d'Athanase et la somme latine de Julien.
Restent les deux doublets 75 — 104, 143 — 150. La Nov. 75, De appellationibus Siciliæ est la même que la Nov. 104, De prætore Siciliæ. Car deux Epitomes en ont été faits dans Théodore, Nov. 75 respt Exxnrwy Zixelas et 104 ect roÿ prætoros Sicilixs. Dans Athanase, la Nov. 75 n'est représentée que par sa rubrique dans l'index (Titre 7, const. 5 rep! T@v Exxrwy Etxehlac). Dans le texte, elle a été omise. Et, de ce fait, les conslitutions suivanies du titre 7 sont diminuées d’une unité. Mais elle en a fait partie comme le prouvent les paratitla du titre 6, S 3 (1). La constitution 115 y est citée comme étant la const. 8 du titre 7. Or, actuellement, par suite de la disparition de la Nov. 75, elle est la
(*) Heimbach, ’Avéxdota, I, p. 82.
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const. 7 du titre 7. Quant à la Nov. 104, elle est au tit. 4, const. 21 repi roÙ roaitupes Eixskias. Le même doublet se présente dans Julien, const. LXVIIT et XCVII. Nous avons vu que la Nov. 75 avait été remplacée dans le Marcianus, par l'Epitome 75 de Théodore. La Nov. 104 a été laissée sans être remplacée. Le scoliaste à noté 03" fret rabrnv els +d mar sroryeiov. Schœll a montré (!) que cette référence se rapportait à la Synopsis Basilicorum, À. 66, 50 (p. 112). Il faut remarquer, et cette remarque servira à éclairer la façon dont ces remplacements ont été faits, que, dans le manuscrit de Florence, c'est au contraire la Nov. 75 qui a été omise, tandis que la Nov. 104 a été remplacée par l’Epitome 104 de Théodore. |
Le second doublet, Nov. 143 — 150, est prouvé par l'Epitome de Théodore qui contient deux sommes, const. 143 mept yuvarrès aprayelons et 150 repi rc Vauneions To Gprdcavre adThv. Dans l'index des Novelles, la rubrique de la Nov. 143 est omise, comme toutes celles qui ne se trouvent pas au texte. Mais la rubrique de la Nov. 150 est notée pv" rep ris Yaunleions r® aprdovr avi et le scoliaste a noté aürn oùx éypdon ds buuaix ox ysyeauuévn. Dans le contexte, on a remplacé de façon assez singulière la Nov. 143 par la rubrique et le ch. 1 de la Nov. 145 avec un épilogue différent de celui qui est dans cette Novelle à sa place régulière. On n'a rien mis à la place de la Nov. 150.
On peut comprendre parmi les Novelles latines dans la Collection Grecque et dans le Marcianus les parties latines des Nov. 8 et 17. On sait que, parmi les pièces qui composent cette Nov. 8, se trouvent dans l’Authentique les additions avec lesquelles elle fut envoyée au préfet d'Illyriceum Dominicus (2). Ces additions ne figurent plus dans le Marcrianus. De même, la Nov. 17, le Liber Mandatorum, est précédé,
(} Novellæ, p. 378, note à la Nov. 75.
(‘) Les Collections de Novelles, origine et formation, p. 76. Noailles 3
Su PREMIÈRE PARTIE
dans l'Authentique, de l’édit d'envoi à Tribonien. Cet édit a disparu du Marcianus. Ces deux textes étaient latins en OrigINAUX.
Telles sont les Novelles dont le caractère latin a toujours élé reconnu. Ce ne sont pas les seules qui, quoique de Justrnien, ont disparu du texte du Marcianus. Nous n'y trouvons plus l’édit adressé aux patriarches et archevêques qui forme la deuxième pièce du groupe de Novelles compris sous le n° 8, puis les Nov. 122, 139 et 165. L’édit 8 et la Nov. 139 sont dans leur texte grec dans le Laurentianus. À la suite d'une erreur dont on ne voit pas la cause, la Nov. 139 a été remplacée dans le Marcianus par le ch. 3, $ 1 de la Nov. 134. L'édit 8 se retrouve dans les treize édits comme édit I. Peut-être est-ce l'auteur du deuxième remaniement qui l’a enlevé de la Collection Grecque à cause de l’édit I, comme il l’a fait pour les Novelles de Tibère et de Justin. Ce n'est qu'une hypothèse. Quant aux Nov. 122 et 165, il se pourrait qu’elles fussent latines. La Nov. 122 se trouve dans les XIIT édits comme édit VI dans une version grecque. Mais ceci n’est pas un empêchement. La Nov. 111 qui a élé (très certainement recueillie par nos auteurs de collections dans sa version latine est semblablement grecque dans les XIII édits comme édit V (!). On n’ignore pas, en effet, que les Novelles, sinon toutes du moins un grand nombre, ont pu être émises à la fois dans des originaux grecs et dans des originaux latins (?). Ce qu'on recherche ici, c’est si les auteurs
de collections de Novelles ont recueilli celles-ci dans leur
original grec ou dans leur original latin. Or l’état de ces deux Novelles présente dans nos collections les mêmes particularités que les Novelles latines. Elles manquent également dans le Marcianus et dans le Laurentianus. C'est done qu'elles ont disparu comme les Novelles latines dans le pro-
(‘) Schæll, Novellæ, p. 521, note à la Nov. 1114. (°) Origine et formation des Collections de Novelles, p. 82 et note 1.
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totype commun aux deux traditions. Car ce n’est pas l’auteur du second remaniement qui les a enlevées dans le Marcianus. Ïl note comme pour les Novelles latines « ÿ à? 0x8! oùy eds£ôn; — h dE PÉE oùy eùpéôn ». IL faut remarquer comment dans la scolie finale du Marcianus, il parle, à la suite des Novelles de Tibère, de la Nov. 165 et des édits des préfets du prétoire et comment il en parle en termes différents. Dans le Laurentianus, elles sont également remplacées par les Epitomes de Théodore. Dans les Basiliques, la Nov. 122 fut au livre 55, 14, 4 comme le prouve l'Index Coislin, l’Index Reginæ et une scolie du Laurentianus « fi. rüv Paoumdy vé 21. 1d' h EAN veapa ». On pourrait peut être penser que cette désignation # £xn veapd s'applique au texte intégral, non à une somme. En réalité, l’Index Reginæ l'emploie indifféremment dans les deux cas (!). Pour la Nov. 165, c'est l'Epitome de Théodore qui est aux Basiliques 58, 11, 14 (?). Celle-ci est de plus adressée à Dominicus, préfet d'Hiyricum. L'Ilyricum était une province de langue latine et l'addition à la Nov. 8, spécialement adressée à Dominicus, élait rédigée en latin. La preuve serait complète si, dans l'Epitome d’Athanase, les premiers mots du texte élaient latins. Mais la Nov. 165 ne s'y trouve pas et les premiers mots de la Nov. 122 (Ath., 21.3) sont grecs. Ce sont les premiers mots de l'édit VI. Dans Théodore, les premiers mots de la Nov. 165 sont aussi grecs, mais cette constatation n’a pas la même valeur que la précédente, les premiers mots ayant été traduits dans l'état actuel du texte de Théodore quand ils n’ont pas été supprimés (*) (Nov. 33, 34, 35,
(‘) Heimbach, ’Avéxdota, II, p. 237 et suiv., et aux Novelles latines 23, 36, 441 et 150.
(2) Nous n’avons plus de cette Novelle que l'Epitome de Théodore. On a cru longtemps (Riener, G. d. N., p. 98 et suiv.) que c'était un édit du préfet du prétoire. Mais elle est adressée à Dominicus, préfet du prétoire lui-même; c'est donc une Novelle impériale. Les termes de la scolie du Marcianus font la différence.
(*) Zachariæ, ’Avéxdota, p. 49, note 1, p. 101, note 1.
37, 107). Au contraire, dans Athanase, ils ne paraissent pas avoir été généralement traduits. Athanase aurait-il connu la Nov. 122 dans l'original grec de l'édit VI? Quoi qu'il en soit, ceci nous empêche d'affirmer avec certitude que ces Novelles étaient latines. Nous pouvons cependant le considérer comme vraisemblable pour les raisons énumérées plus haut (!).
À quelle époque remonte la suppression des Novelles latines de la Collection Grecque des 168 Novelles? Sans aucun doute il faut remonter très haut et à une époque très voisine de Justinien. Elle était déjà opérée, en effet, dans le prototype commun d'où proviennent, après d’autres remaniements, le Marcianus et le Laurentianus.Justinien changea la langue du droit, après 535, pour répondre aux besoins de la pratique. La langue latine était de moins en moins comprise des juristes dans l'empire d'Orient. Sous les règnes de Maurice (575-602) et d'Héraclius (610-641), les dernières provinces latines furent conquises par les barbares et séparées de l'empire. L'usage du latin cessa tout à fait et il ne fut plus compris (?). Les textes authentiques sont abandonnés et l’on se sert de leurs commentaires grecs. C'est de cette époque que date le premier remaniement de la Collection Grecque (*).
C'est peut-être aussi de la même époque que date Le remplacement des Novelles latines par les Epitomes d’Athanase et de Théodore. Ceux-ci existaient déjà et étaient en usage. Il
() Dans l’un des derniers articles qu'il ait écrits, Zachariæ voulait étendre bien davantage la question des Novelles latines en admettant comme possible que les originaux latins n'auraient pas seulement été enlevés de la Collection Grecque pour être remplacés par des HR mais qu'ils auraient été aussi remplacés par des traductions xark rédac. Aus ü. zu den Quellen. Savig. Stift., Roman. Abth., XV, p. 373.
(?) Const. Porphyr. De thematibus, p. 2 ue 1 mutilation de l’emphe Héraclius et ses successeurs, péliota xo ENXnvlovrec xaù TV TATpLOV xat bopatxhv yAüTruv arobahovres.
() Zach., Wiener Jahrb. der Lit., LXXXVII, p. 402.
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ne semble pas cependant que le remplacement ait été fait en même temps que la suppression et soit le produit du même travail. On à pu remarquer qu'il n’est que partiel. Nous verrons quil est dans un état plus avancé dans le Laurentianus. Néanmoins, il a dû être commencé dans le prototype commun, la présence anormale d’un Epitome d’Athanase dans l'un et l’autre, à la place de la Nov. 93, le prouve, de même que le remplacement de la Nov. 41 par la Nov. 50. Ce sont deux faits trop particuliers pour n'avoir pas la même origine. D'autre part, la divergence du remplacement dans les Nov. 75 et 104, les remplacements plus nombreux dans le Laurentianus que dans le Marcianus montrent que ce travail s'est continué après la séparation des prototypes et s'est fait en plusieurs fois.
Deuxième remaniement : les Novelles de Justin et Tibèére, les Edits des préfets du prétoire.
La Collection des 168 Novelles a subi un deuxième remaniement à une époque postérieure. On a écarté toutes les Novelles qui n'étaient pas de Justinien et qui cependant faisaient partie de la Collection Grecque. Ce sont les quatre Novelles de Justin, Nov. 140, 144, 148, 149; les trois constitutions de Tibère, Nov. 161, 163, 164; les édits des préfets du prétoire, Nov. 166, 167 et 168.
L'auteur de ce remaniement est celui qui a ajouté à la Collection des 168 Novelles les treize édits, les Novelles de Justin, de Tibère, les édits des préfets du prétoire, les Novelles d’Irène, de Léon et de Constantin. Il a réuni sous un index commun comme un corps de Novelles des empereurs de l'époque de Justinien. Comme les Novelles de Justin, de Tibère et les édits des préfets du prétoire introduits dans la Collection Grecque se trouvaient aussi à leur place dans les constitutions de ces empereurs, il les a éliminés de la
suite des Novelles de Justinien. Il nous l'apprend lui-même par des gloses à leur place primitive. À la place de la
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Nov. 140 on Lit « % ou’ venoà oùx Eypégn Os © oùsa ob perx Tov louoravév, yodgn dE petà Tnv cumApUIY T6V Lousrtnavoy drardEswv, NY Aa edpions (pour cdphocts) YEYPAULÉVNY. C'est la seconde des Novelles de Justin. La première des Novelles de Justin est la Nov. 148, la seconde, la Nov. 140, la quatrième, la Nov. 149, et la cinquième, La Nov. 144. La troisième Novelle de Justin ne faisait point partie de la Collection Grecque.
L'auteur du remaniement nous fournit les mêmes renseignements pour les Novelles de Tibère. Une scolie qui est après la Nov. 160 nous dit : % p£x oùx Ru O0, O3 0054 AS . nv xa ebonoets A Au vera Ta0rus T0TOY ÀG!. Après
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ro értoyov. On sait que le manuscrit étant mutilé après la première Novelle de Tibère, les Novelles de Justin s’y trouvent encore, tandis que les Novelles de Tibère et les formes éparchiques ont disparu
On peut remarquer la façon différente dont s'exprime le scoliaste quand il indique l'omission des Novelles latines de Justinien et quand il indique l'omission des Novelles de Justin, de Tibère et des formes éparchiques. Elle prouve qu'il n'a pas trouvé les premières, tandis qu'il n'a pas écrit les secondes. C'est lui l'auteur de ce dernier remaniement et non du premier. à
La détermination de l’époque à laquelle a été fait ce deuxième remaniement présente plusieurs difficultés. IL a été fait en même temps que l'on a composé la collection qui forme la deuxième partie du Marcianus et qui est comme un
corps des Novelles de Justinien et de ses successeurs avant le temps de Basile. La réunion avec les Novelles de Léon a été faite postérieurement. Nous avons vu que celles-ci sont en tête et séparées, tandis que les autres sont réunies sous un index général. Les Novelles de Léon sont terminées par la uekérn rept WAY uuocvoy qui est un ouvrage du xr siècle (1). La réunion de ces deux parties n'a donc pas pu avoir lieu avant le x1° siècle (?. |
Au contraire, toutes les constitutions comprises sous l'Index sont antérieures. Les treize édits sont de Justinien comme la Collection Grecque. Les édits des préfets du prétoire sont aussi de la période justinienne. IL faut remarquer qu'ils sont insérés au milieu de la collection des Novelles des successeurs de Justinien entre les Novelles de Tibère et celle de Maurice. D'après une conjecture de Biener qu'approuve Zachariæ (*), ce seraient des édits de préfets de l’époque d'Anastase, de Justin [°° et de Justinien. La compilation de ces trente-neuf édits est de l’époque de Justinien.
La collection des Novelles des successeurs de Justinien qui se trouvaient dans le Marcianus est la plus nombreuse que l’on connaisse. Elle comprenait les Novelles des successeurs immédiats de Justinien, Justin, Tibère et Maurice. Elle ne contenait pas les quatre Novelles d'Héraclius que l’on connaît d'autre part par les manuscrits de la Collectio tripartita où elles sont en appendice à cette collection (+). Les dernières Novelles qu'elle comprenait étaient deux Novelles d'Irène et une de Léon et de Constantin. Avec ces Novelles, nous sommes conduits jusqu’au début du 1x° siècle (Irène 797-802), tandis qu'avec Maurice nous étions encore à la fin du vi siècle (Maurice, 582-602). Les Novelles d'Irène se
retrouvent comme appendice à des ouvrages de droit plus récents (Ecloga privata aucta (xn° siècle) dans le Parisin. Graec., 1384. Ecloga privata, Paris. Graec. 1391 aussi dans le Marcianus 172 et Vindob. jus. civil. gr. 7). Elles y sont mêlées à des Novelles d'empereurs d’une autre période. Ce n'est pas le cas ici. Cette collection n’est donc pas postérieure au 1x° siècle et à Irène. Ce qui prouve d’ailleurs que la formalion de cette collection est contemporaine des empereurs dont elle donne les Novelles, c'est la note qui sépare les deux groupes de Novelles de Tibère déjà citée : eioiy repas dard£exs ravrwv petayevéoreeut et la note qui précède la Novelle de Léon et Constantin dans l'index. aÿrn poyeveotépa ésriy eiphvns rs Paor\ioons (1).
La réunion de ces constitutions avec la Collection Grecque des 168 Novelles a donc pu avoir lieu avant le milieu du x° siècle, avant les Basiliques. L'absence de Novelles d’empereurs postérieurs, le fait que les Novelles de Léon ne faisaient pas partie de ce remaniement autorisent cette conjecture (?). |
Mais elle souffre une difficulté par la présence des treize édits de Justinien. Ces treize édits ne nous sont parvenus que par le manuscrit de Venise. Ils n’ont pas été utilisés dans la littérature byzantine juridique. Hs ne sont cités et utilisés ni dans les Basiliques, ni dans aucun ouvrage de droit. S'ils avaient été incorporés avant Les Basiliques dans une collection d'un usage aussi répandu que la Collection des 168 Novelles, il semble bien qu'ils ne seraient pas restés ainsi inutilisés.
Peut-être pourrait-on trouver dans une conjecture de Zachariæ une explication à ce fait. Zachariæ (*) pensait
() C'est à celle-ci qu’elle s'applique et non à la précédente, comme le voulait Witte qui s'en prévalait pour élever des doutes sur l'attribution à Irène de ces deux Novelles. Witte dans ’Ayéxôorx d'Heimbach, IH, p: 264, — Zach., I,:G. R., III, p: 49, note 1. Ke
(*) Biener, Gesch. d. Nov., p. 119.
() Zach., Aus und Zu den Quellen, Savig. Stift. Rom. Abth., XIV, p. 371 et suiv. the
LE MARCIANUS 179 Al
que les treize édits étaient une collection alexandrine; d'abord à cause de son contenu qui est composé surtout de Novelles intéressant spécialement l'Egypte et les pays tributaires de l'Egypte; ensuite à cause de la forme présumée de-son prototype. Les treize édits lui paraissent avoir été copiés sur un manuscrit de papyrus écrit d'un seul côté de chaque folio. C’est ainsi seulement que peut s'expliquer l'interversion des folios que nous avons examinée plus haut (‘). En outre le bas des folios aurait été brisé. La matière plus fragile du papyrus explique mieux cette brisure. Et elle est prouvée par des lacunes dans le texte à des intervalles réguliers de la valeur d'un folio. Peutêtre Zachariæ n'a-t-il pas échappé dans sa démonstration au reproche d’hypercritique qu’il redoutait. Mais il n'en reste pas moins que l'origine égyptienne des treize édits n'est pas dénuée de vraisemblance.
= La collection des constitutions, Novelles des empereurs, édits des préfets du prétoire, est, au contraire, d'origine constantinopolitaine, car ce sont des Novelles générales. Les édits des préfets du prétoire ne comptent que des édits des préfets du prétoire d'Orient, de Constantinople. Elle est donc, comme la Collection des 168 Novelles, d'origine constantinopolitaine (?). |
L'œuvre de l’auteur du remaniement que nous examinons a donc été, en définitive, de réunir trois collections : la Collection Grecque des 168 Novelles qu'il retouche, la Collection des treize édits, et la Collection des Novelles des successeurs de Justinien au milieu de laquelle étaient insérés les trente neuf édits des préfets du prétoire.
Comme pourrait le rendre vraisemblable la présence des treize édits, ce ne serait pas à Constantinople, mais en province, peut-être en Égypte, que cette compilation a été faite.
ENVOIE p.234 \ (2) Zachariæ, ’Aéxèorv, p. 257.
Remarquez que le texte du manuscrit de Venise est le meilleur que nous ayons. C'est une preuve qu'il n'a pas été gâté comme la tradition du Laurentianus et des Basiliques par une utilisation constante, par des copies répétées. C’est ce qui n'aurait pas manqué à une collection toujours en usage à Constantinople tandis que, dans un centre moins actif, la conservation est plus longue. Cette origine peut expliquer pourquoi cette compilation, quoique existante, n'était pas encore en usage à Constantinople lors de la rédaction des Basiliques.
Mais elle le devint rapidement. Le manuscrit porte des traces de sa confrontation avec le texte des Basiliques. Nous avons de plus une indication tout à fait précieuse de Psellus. Bien que connue et citée souvent, elle n’a pas encore été mise suffisamment en valeur et on ne lui a pas donné sa vraie signification. Grâce à elle, nous savons de façon sûre que la compilation du WMarcianus, telle que l'avait faite celui qui remania pour la deuxième fois la Collection des 168 Novelles, était répandue dans l'usage dans la première moitié du x siècle. C'était elle, en effet, que possédait Psellus. Dans l’opuscule (') où il indique les Novelles reçues dans les Basiliques et celles qui en ont été écartées, c'est de cette compilation dont il se sert pour la confronter avec les Basiliques. Dans la série des Novelles écartées des Basiliques, il arrive à la Nov. 140 : « où à pv' (lire pu’) veapé, fric Emryéyoamta narà auvalveouw Abe Tov yduov (abrn DE oÙDE eis Tb Thatos EVoden TOv veap@v, OS 00ox louativou toù puetà Toy louorivravèy Pastheüsavroc »; et à la Nov. 161 : « où n PES. xateotpwln ëv rois Basthtroïs (art dE V' uérabts Tüv veapv rod ruécplou, 0 xareorpwn dé) ; pour la Nov. 165 : h péé. N nept dnébeus Oahdoons xateotboôn uv ëv BB va rôv Baird, v D TS phpart où neïra, oÙdÈ edoéôn, sivos èotiv n. Psellus nous dit ici que ni la Nov. 140 ni la Nov. 161 ne sont dans les Basiliques et qu’elles ne sont pas non plus dans le
(?) Züvropos Gtalpecis Tüv vexp@v vob iouorivravou (Heimb. ’Avéxô. II, p- 234).
LE MARCIANUS 179 43
rAäros des Novelles ; la prémière comme étant une Novelle de Justin, la seconde comme étant la troisième Novelle de Tibère. Quant à la Nov. 165, on ne la trouve pas à 15 youau, c'està-dire dans le même rAéros bien qu’elle soit aux Basiliques liv. 58. Nous avons vu, en effet, qu’elle n’est pas dans le Marcianus mais qu'elle est remplacée dans le Laurentianus et dans les Basiliques 58, 11, 14 par l'Epitome de Théodore. Si nous nous reportons à ce que nous avons dit de chacune de ces Novelles, les remarques de Psellus reproduisent bien l'état du Marcianus et même reproduisent les gloses qui s'y trouvent et que nous avons citées.
Le premier éditeur de la sovcousc de Psellus, Tannenberg {!), avait bien remarqué ces passages, mais il leur avait attribué une signification trop générale. Il se fondait sur le témoignage de Psellus pour poser en principe que sous ce nom de mAdros rv veacoy, les Byzantins désignaient seulement ce remaniement de la Collection Grecque d'où toutes les parties hétérogènes auraient été éliminées pour ne laisser que les Novelles de Justinien. Heimbach qui réunit les textes où il est parlé du xAxos rüv veaoûv (?) et Mortreuil (*) adoptent ce point de vue. Mais Zachariæ n'a pas eu de peine à démontrer que c'était une erreur analogue à celle qui voudrait réserver à une seule des éditions modernes des recueils de Justinien le nom de Corpus juris civilis sous le prétexte que l’on trouve cette édition-là citée sous ce nom dans un auteur (‘). A2: est un terme général que l’on trouve souvent et qui désigne une édition développée soit du Digeste, soit du Code, soit des Novelles (*). IL faut donc restreindre la conclusion de Tannenberg et dire que le rA4rs des Novelles de Psellus, que
(‘) Pselli, De Justiniani Novellis libellum, 1836, note g.
(?) Heimbach, ’Avéxdota, p. 19.
(8) Mortreuil, Histoire du dr. byz.; 1, p. 34.
(*) Zachariæ, Wien. lahrb. der Liter., LXXX VIT, p. 103.
& Biener, G. d. N., p. 122, note 5; Heimbach, Bas. Prolegomena, VI, p. 19; p. 148, note 28.
l'édition dont il se servait, était déjà la compilation du Marcianus.
Ce témoignage pour le x1° siècle suffit à écarter les conjectures de Zachariæ (‘). Dans son édition des Novelles, puis, d'une façon plus assurée, dans ses derniers articles de la Revue de Savigny, il suppose que c'est le copiste du Marcianus lui-même qui aurait réuni la Collection Grecque aux constitutions qui font suite. Il les aurait copiées de manuscrits différents. IL aurait même réuni trois manuscrits au moins, car Zachariæ fait remarquer que les constitutions des empereurs et les édits des préfets ne proviennent probablement pas du même manuscrit que les treize édits. Ce serait done reporter au xm° siècle la formation de notre compilation. Le témoignage de Psellus détruit cette conjecture. Elle serait même sans cela assez invraisemblable. Nous verrons, en étudiant le texte de Marcianus, que son copiste, qui n’est qu'un copiste, paraît n’avoir pas eu une science et une critique suffisantes pour composer une semblable compilation. Il était incapable de faire le remaniement de la Collection Grecque que nous étudions. Enfin, nous avons vu que cette compilation a dû être composée avant que les Novelles de Léon et la uchëtn y aient été ajoutées. Les différences que Zachariæ remarque entre les deux parties du Marcianus peuvent n'en être pas moins réelles. Mais elles remontent non pas au Marcianus lui-même, mais à son archétype (?).
En définitive, le second et dernier remaniement de la Collection du Warcianus nous paraît antérieur aux Basiliques. Mais il n'est pas antérieur au début du 1x° siècle, au règne d'frène. Cette Collection n'est pas celle qui a servi à la compilation des Basiliques, mais elle était en usage à Constantinople au temps de Psellus. .
(*) Zach., Novellæ, préface, p. vir; Aus u. zu den Quellen. Savig. Stift., Roman. Abth., XIII, p. 47; XV, p. 366. ; (?) Voir p. 18.
LE MARCIANUS 179 45
Nous pouvons résumer à la fin de ce chapitre le résultat de ces deux remaniements. Sur les 168 Novelles de la Colleclion Grecque, il manque dans le Marcianus : les 18 Novelles latines, 9, 11, 23, 33, 34, 35, 36, 37, 41, 62, 65, 75 — 104, 111,114, 138, 143, 150; trois Novelles de Justinien, 122, 139, 165 (les Nov. 122 et 165 étant peut-être encore des Novelles latines); les quatre Novelles de Justin, 140, 144, 148, 149; les trois Novelles de Tibère, 161, 163, 164, et Les trois édits des préfets du prétoire. Il reste donc dans le corps proprement dit de la Collection Grecque 137 numéros. Mais dans la collection des treize édits, on trouve l'exemplaire grec de la Nov. 111 et de la Nov. 122; dans la collection des Novelles de Justin, on retrouve Les quatre enlevées à la Collection Grecque. Le Marcianus nous fournit en définitive 143 numéros de la Collection Grecque des 168 Novelles.