CHAPITRE VI
Le texte du Marcianus 179.
Nous n'avons pas voulu étudier dans ce chapitre la langue des Novelles, le-style des constitutions de Justinien. Son objet est plus restreint et ne sort pas du cadre de notre étude. Il s'agit, plus précisément, de donner un aperçu de l’état du texte de la Collection Grecque des 168 Novelles dans le Mar-
cianus et de porter un jugement sur sa conservation et son intégrité. [l faut mettre à part les mots latins qui se trouvent mélangés au texte grec. Car c’est à la fois une particularité du texte des Novelles et un des meilleurs témoins de son état de conservation dans ses diverses leçons. Nous essaierons aussi de déterminer la mesure dans laquelle le Marcianus à été confronté avec les Basiliques et l'influence qu'elles ont exercée sur lui.
Les mots latins dans le Marcianus.
Les mots latins, mélangés en assez grand nombre au texte grec, sont une particularité des plus remarquables des Novelles. On sait que, précisément à l’époque de leur rédaction, la langue juridique officielle change dans l'empire d'Orient. Déjà la langue grecque avait été fréquemment employée entre les deux éditions du Code, de 529 à 534, comme le montrent les nombreuses constitutions grecques de
cette période qui figurent dans la deuxième édition du Code. Mais à partir de 535, l'emploi est général et les Novelles latines deviennent très exceptionnelles. La langue juridique latine, formée par des siècles de jurisprudence, ne pouvait disparaître sans laisser de traces. Le grec, malgré son vocabulaire plus étendu, ne possédait pas une langue technique suffisante et suffisamment précise pour la remplacer de façon complète. Aussi les ouvrages juridiques grecs de l'époque justinienne sont-ils parsemés de mots latins, termes techniques ou expressions consacrées. |
En résolvant ainsi les difficultés de la transposition de la langue du droit, les jurisconsultes en créaient une nouvelle pour leurs successeurs. A partir de l'empereur Maurice, troisième successeur de Justinien, l'empire d'Orient perd ses dernières provinces de langue latine et le latin est définitivement abandonné. Les mots latins rendent obscurs les ouvrages juridiques. [1 paraît bien certain que l'usage se soit répandu de les gloser. Et ces gloses ont été réunies en lexiques, soit dès cette époque, soit plus probablement postérieurement. Il nous en reste une quantité assez considérable dispersés dans de nombreux manuscrits. Ces lexiques sont encore en partie inédits et Charles Labbé dans son édition des Glossæ nomicæ de 1606 (!), est loin de les avoir tous réunis.
On employa aussi un deuxième procédé.On leur trouva un équivalent grec et on les traduisit. Ce procédé fut même consacré officiellement au 1x° siècle par les rédacteurs des Basiliques. Les écrits de l'époque de Justinien, qui ont trouvé | place dans les recueils officiels du 1x° siècle, sont dépouillés de leurs termes latins d’après les indications de l’empereur Basile. Ce sont les #£nAkeviouot ordonnés par lui (?).
() Ch. Labbé, Veteres glossæ verborum juris quæ passim in Basilicis reperiuntur, Paris, 1606.
() Zachariæ, Gesch. d. griech. rôm. Rechts, p. 22,
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Je nai pas l'intention de traiter ici de cette question importante des mots latins dans les ouvrages juridiques byzantins. La voie a été ouverte par un bel article de M. Psichari, principalement au point de vue philologique (1). Ce serait l'aborder de façon incomplète que de l'étudier à propos seulement des Novelles. Je me réserve de la traiter, avec un matériel de sources beaucoup plus étendu, dans un travail postérieur. J'espère pouvoir éditer bientôt ces lexiques juridiques, Glossæ nomicæ ou Veteres aolossæ verborum juris comme les ont appelés les hommes du xvi° siècle. J’essaierai de fixer la question, actuellement non résolue, de leur origine et de leur valeur, question inséparable de celle que j'indique en ce moment.
Les Novelles, au même titre que les Institutes de Théophile, sont un des éléments les plus importants de cette étude. C’est l'œuvre juridique officielle la plus importante de cette période qui suit immédiatement le changement de langue. En outre, grâce à l’état des sources manuscrites, c'est pour la Collection Grecque des 168 Novelles que nous pouvons le mieux suivre l’évolution progressive de la tradition paléographique. Les mots latins commencent par être écrits en lettres latines au milieu du texte grec. Puis. on se mét à les écrire en lettres grecques, en les faisant suivre de leur traduction en grec. Le Marcianus représente le début de cette évolution. Cette traduction remplace peu à peu le mot latin, de même qu'on l'écrit de plus en plus en lettres grecques. C’est l’état du Florentinus. La traduction l'emporte enfin officiellement et Les é£n\Amusuot remplacent le terme technique latin. C’est l’état des Novelles dans les Basiliques. Examinons maintenant d’un peu plus près l'état des mots latins dans le Marcianus.
(‘) Psichari, Les mots latins dans Theophile et les Novelles de Justinien {avec un lexique de Triantaphyllidès). Bibliothèque de l'École des Hautes Études, fasc. 92, p. 159 et suiv.
Bien que ce soit la leçon la plus ancienne et la mieux conservée, elle est loin de représenter l’état primitif pour les mots latins comme pour le reste. Un bon nombre de ces mots sont écrits en lettres latines. Sur les 220 mots latins environ que j'ai comptés dans les Novelles, il y en a 80, à peu près, qui sont uniquement écrits en lettres grecques. D'après Les classifications de M. Psichari, ce seraient les mots courants, les mots passés dans l'usage (1). IL serait trop long et oiseux d'en donner ici la liste. Pour en faire la critique, il faudrait la vérifier sur d'autres œuvres du même temps. Je remarquerai simplement qu'on y trouve tous les noms de fonctionnaires et de fonctions publiques qui figurent dans les Novelles. Ne font exception (non pas dans les inscriptions mais dans le texte), que certains d’entre eux pris dans un sens spécial et technique : un quæstwros (quæsitor), (Nov. 80, ch. 1); proconsul Justinianus capradécæ, (Cappadociæ), (Nov. 30, ch. 5); præloras plebis, (Nov. 13, ch. 1), dans de nombreux autres endroits, on trouve toujours roairwp; præfectos vigilium (Nov. 13, pr.); præfectorias, (Nov. 70); cartularius, (Nov. 117, ch. 11), (partout ailleurs yagrovAgotos); quæstoros, (Nov. 8, ch. 7), (partout ailleurs xotxiorws) ; un xéuns rüv largitionon, (Nov. 8, ch. 7).
Que ces mots fussent originairement écrits en lettres latines, au moins pour la plupart, c'est-à-dire pour tous ceux qui étaient encore véritablement latins lors de la confection des Novelles, c'est ce que montre l'état d'une deuxième série de mots. Ceux-ci, répétés plus souvent que beaucoup de ceux de la première série, n’ont pas une orthographe uniforme. Ils sont écrits tantôt en latin, tantôt en grec. Ils sont un peu plus d’une soixantaine. Les meilleurs exemples sont donnés par la façon dont sont traités les mots très souvent employés, fideicommissum et spectabilis.. Fideicommissum, fideicommissarius sont écrits de toutes les façons : fidicommisson,
(:) Psichari, ibid., p. 191 et 195.
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(Nov. 1, ch. 1); fidicomissa, (Nov. 102, ch. 1); odexommisson, (Nov. 22, ch. 43); oudixommissu, (Nov. 108, ch. 1); fidikomissou rersecutiona, (Nov. 18, ch. 2). À côté du premier dans le même chapitre 1° de la Novelle 1, on peut lire oûexouuisov et ouerxouutsoots. Dans les nombreux autres passages où ce mot revient, il est écrit en grec et avec une orthographe très diverse, Nov. 18; Nov. 22; Nov. 78, 108, 115 et 159. Fideicommissarius est traité de la même manière. Spectabilis, qui est aussi très employé dans Les Novelles, a été traduit plus tôt. Dans de nombreux passages, il est remplacé par rsoffhertos. Ailleurs, 1l est écrit en lettres grecques. Nov. 20, pr.; Nov. 20, ch. 5; Nov. 26, ch. 2; Nov. 28, ch. 4. Mais dans des passages non moins nombreux, il est resté latin, sepestabilioi (sic), (Nov. 17, ch. 10); spectabiliwn, (Nov. 102, ch. 1); spectabiliwy, (Nov. 20, pr.); (Nov. 24, ch. 4); (Nov. 25, ch. 6); (Nov. 26, ch. 5); spectavilios, (Nov. 102, ch. 2); spectavihias, (Nov. 103, pr.).
Ces mots sont, comme les précédents, des mots latins qui entrent en usage. En les écrivant, tantôt en latin, tantôt en grec, le copiste ne paraît plus suivre une règle fixe et certaine. M. Psichari a fait remarquer, à l'aide du manuscrit plus ancien des Pandectes Florentines, (vu° siècle), et de la confirmation impériale du Digeste, que cette transformation avait suivi certaines règles. Les termes juridiques, pris dans leur acception générale, sont en grec, tandis que, quand ils sont spécifiés expressément comme latin avec un sens consacré, ils sont conservés en latin. Cet état de choses se retrouve encore dans notre manuscrit. Mais il est bien souvent troublé par un arbitraire évident. Pour prendre l'exemple de la Nov. 22, deux termes techniques bona gratia et mortis causa s'y rencontrent assez souvent, le premier toujours en latin, le second en grec, repudium est écrit tantôt en latin, tantôt en grec, sans qu'il y ait de raisons à ces différences. La conservation de lettres latines est due probablement souvent aux hasards des copies.
Enfin, ilest un groupe de mots qui, dans le Warcianus, sont uniquement en lettres latines. Ce sont des formules consacrées, Aquæ et igni interdictiona, (Nov. 22, ch. 13); 2n rem missiones, (Nov. 39 pr.)}; Uni legasset (sic) quisque de suar tva jus esto, (Nov. 22, ch. 2), des noms de lois. tx/ios mniscellas, (Nov. 22, ch. 43). La Loi Falcidia, souvent citée, est écrite dans les deux langues. Les sommes en so/idi à verser en honoraires aux divers fonctionnaires sont toujours latines. Le montant des condamnations en livres, écrit primitivement en latin, a subi des changements. Il y a une série de mots, peut-être moins usuels que ceux de la première et de la seconde série, qui doivent à cette particularité d'avoir été conservé latins, et aussi peut-être à cette autre qu'ils ne sont donnés qu'une fois : deportatiwy, (Nov. 22, ch. 13); 2ntroëta, (Nov. 30, ch. 4; Nov. 130, ch. 1). Une preuve d’ailleurs de l'arbitraire de ces transformations dans le Marcianus nous est donnée par deux mots, souvent cités ensemble, adgnatus et cognatus. Tandis que le premier reste toujours latin, (Nov. 89, ch. 4; Nov. 113, ch. 1, ch. 5; Nov. 118, ch. 2, ch. 4, ch. 5; Nov. 158), le second est tantôt grec, tantôt latin.
Le remplacement du mot latin par un mot synonyme grec dans rotre manuscrit n’est pas encore fait. Il n’y à guère d'exception que pour spectabilis remplacé par 7rc0{femros. Mais sa traduction est souvent faite. Une deuxième main, et même la première, ont écrit cette traduction, le plus souvent au-dessus de la ligne, par conséquent en dehors du texte même. Mais elle commence à entrer dans le texte et il y a des cas assez nombreux où elle est écrite à la suite’du mot latin.
L'orthographe de ces mots ne paraît plus suivre des règles fixes et être primitive. On ne rencontre pas néanmoins de ces déformations invraisemblables qui rendent si souvent méconnaissables les mots latins dans les gloses nomiques. Celles-ciont été plus souvent remaniées et à une époque plus basse. Les exemples de déformation ne sont ni nombreux, ni
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difficiles à réduire, in virlem prtionem, (Nov, 22, ch. 47); latinotutas, (Nov. 78, pr.) ; inter civoy, (inter vivos), (Nov. 22, ch. 32) ; commissarioy, (compromissarioy), (Nov. 82, ch. 11). Le passage au grec n’est pas complet pour certains mots, ils sont écrits moitié en lettres grecques, moitié en lettres latines, xavstresioy x21 quasixavsressioy, (Nov. 22, ch. 34); ivceston (Nov. 12); btroitw (Nov. 130, ch. 1); oùsufructon (Nov. 117, ch. 1); 2sequion (Nov. 78, ch. 2): TOUETEDLIONOS (Nov. 115, ch. 4), oùtxsmmissariov. Ces mélanges qui dénotent l'entrainement naturel d’un scribe grec vers sa langue, ne sont pas primitifs. Et il en est de même de certains autres qui ont pourtant été acceptés par Schœll dans son édition des Novelles. Certains mots latins ont pris des flexions grecques. Cette flexion est originelle. M. Psichari l'a relevée dans les fragments du Sinaï (‘). Seulement la terminaison grecque est écrite en lettres latines comme le mot lui-même. L'inspection du Marcianus montre bien que tel était aussi l’état primitif dans les Novelles. Cet état est conservé dans la majorité des mots fléchis, par exemple discussionas (Nov.148, ch. 1): laterculon (Nov.8, ch. 1); litigatorsi, rogatus (Nov. 90, ch. 3); aditionos #rot pro herede geretionos, (Nov. 1, ch. 1). Aïlleurs, le scribe à introduit des lettres grecques pour toute Ja désinence : Abstinarsbenw, (Nov. 8, ch. 3); éntercessiovoy (ailleurs, dans le même chapitre, intercessionon), (Nov. 61, ch. 1); deportatioy, (Nov. 22, ch. 13), etc. Mais plus souvent, il n’introduit qu'une lettre grecque, l'o et écrit, cuaestoniwn, (Nov. 108, pr.);, peregrinon (Nov. 78, ch. 5); sufragion (Nov. 8, pr.); sportulon (Nov. 8, ch. 6). La leçon primitive, d’après les èxemples cités plus haut, devait être peregrinon, sufragion, sportulon. Schæll s'en éloigne à tort en rétablissant presque constamment, même là où le manuserit ne la donne pas, la terminaison en lettres grecques.
{-Psichari, l: e., p. 177.
État du texte du Marcianus 179.
Les derniers éditeurs des Novelles n'ont pas porté un jugement également favorable sur le texte du Marcianus. Zachariæ le jugeait excellent. Il dit qu'il est optimæ notæ (‘). Dans son édition des Novelles, non seulement il en a fait son autorité principale, mais on peut dire, et il le dit lui-même, qu'il l'a presque uniquement suivi. Schæll, appuyé sur un dépouillement de sources beaucoup plus abondant, ne l’adopte pas sans réserves. Il lui donne toujours la première place. Mais il le corrige à l’aide des autres sources dont il adopte parfois les leçons. Et Kroll, qui a continué l'édition du Corpus juris civilis de Mommsen, après la mort de Schæll, pense que celui-ci lui a encore accordé trop de confiance (?).
L'état du texte justifie la variété de ces jugements. C'est le meilleur que nous avons de la Collection Grecque des 168 Novelles. Comparé au Laurentianus ou aux Basiliques, c'est celui où l’état primitif estle mieux respecté. Nous l’avons fait déjà remarquer, à propos de son contenu, en examinant les remaniements que la Collection Grecque y à subis. En dehors de quelques Novelles qui ont été écartées pour des motifs particuliers, le contenu de la Collection Grecque n'a pas été modifié et son texte n'a pas subi de remaniements systématiques. C'est ce qui est le plus important et c'est ce qui fait le mérite principal du Marcianus. Nous avons fait la même remarque au sujet des souscriptions et des mots latins. L'état primitif n'a pas été systématiquement altéré.
Mais le texte est bien loin d'avoir la valeur d’un original. S'il est dans un état relativement satisfaisant, si ses leçons
() Zachariæ, Aus. u. zu den Quellen, Savig. Stifl., roman. Abt., XV, p. 366.
(*) Kroll, Novellæ, pref., p. x, note,
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sont moins gâtées, cela tient sans doute à ce que les étapes de sa transmission, jusqu'au Marcianus du xmn° siècle, ont été moins nombreuses. Une utilisation moins constante, des copies moins répétées l'ont conservé plus intact que la leçon du Laurentianus ou des Basiliques. Mais l’altération du texte est déjà plus que commencée. Le Marcianns est d'une époque assez tardive. On y relève toutes les déformations qui sont le fait d'un copiste de basse époque. Aux erreurs provoquées par les défauts de prononciation de son temps, la transformation de la langue, il ajoute celles qui proviennent de sa négligence ou de son ignorance. C'est ce qu'une revue des fautes principales, relevées dans le Marcianus, pourra nous montrer. . ;
Tout d’abord, il faut remarquer que le texte, tel que le copiste l'a établi par sa première copie, n'a pas été vérifié ou collationné. On n'y rencontre que très peu de corrections, soit de sa propre main, soit d’une deuxième main. De sa main, on peut relever qu'il a corrigé quelques omissions, Nov. 5, (Schæll, p. 32, 25); Nov. 7, (p. 52, 27; 58, 6); Nov. 17, (p 120, 3); Nov. 69, (p. 349, 31); Nov. 100, (p. 485, 24), ou une répétition, Nov. 7, (p. 57, 12). Les autres corrections sont pour la plupart des corrections de fautes causées par la mauvaise prononciation de son époque, des fautes d'iola- . cismes. Il y a aussi des fautes que l’on rencontre souvent dans d’autres endroits où elles n'ont pas été corrigées, des fautes d'accord qui sont plutôt des négligences d'une copie rapide que des erreurs de sens. Un adjectif, un article ou un participe sont accordés avec le mot qui les précède ou les suit immédiatement, alors qu'ils dépendent en réalité d'un autre mot. (sis dietiav dE Goyovra uévay au lieu de uvmv, p. 111, 13). Nov. 1, ( p. 2, 4); Nov. 8, (p. 77, 39); Nov. 14, (p. 106, 40); Nov. 15, (p.111, 13); Nov. 17, (p. 119, 11; 121, 6); Nov. 18, (p. 128, 7); Nov. 22, (p. 151, 1); Nov. 38, (p. 247, 22; p. 250, 12); Nov. 41, (p. 262, 12); Nov. 53, (p. 305, 32); Nov. 54, (p. 306, 33; 307, 6, 18, 29); Nov. 59, (p. 317, 6,
25); Nov. 69, (p. 349, 31; 350, 7, 12); Nov. 70, (p. 355, 29); Nov. 79; Nov. 100, (p. 485, 24). Ces corrections sont, d'ailleurs, toujours exactes. Il y en a encore moins de seconde main, puisqu'on n’en trouve guère que cinq ou six qui modifient le texte. La seconde main rectifie quelques mots qu'une mauvaise lecture avait transformés, Nov. 1, (p. 1, 10, r£avot pour tmavor, 2, 7, maxoäo pour masi); Nov. 53, (p. 300, 5, queodv pour ueoùv); Nov. 74, (p. 373, 31, xav’avrov pour Lan ré, Schœll, xat? vaut); Nov. 8, 435, dühov, (la première main avait écrit 03 à la fin d’une ligne). Cette seconde main s'est livrée de façon plus suivie à un autre travail. Elle à écrit au-dessus de la ligne la traduction des mots latins écrits en lettres latines qui sont dans le texte des Novelles. Il y a aussi, d’ailleurs, de ces traductions qui sont écrites de première main. :
- I n'y a donc pas ici, à proprement parler, de révision du texte. Elle aurait été cependant nécessaire. En dehors des fautes que nous relèverons tout à l'heure, il est une série de corruptions du texte qui tiennent à la négligence et à la rapidité de la copie. Ce sont Les répétitions et les omissions. Les répétitions ne sont pas très nombreuses, (Nov. 4, p. 43, 22-24; Nov. 14, 108, 29-32 ; Nov. 22, 239, 1-3; Nov. A7, 284, 1-4; Nov. 59, 319, 30-33; Nov. 67, 346, 9-11 ; Nov. 79, 388, 25-29: Nov. 80, 393, 13-16; Nov. 87, 425, 10; Nov. 103, 26-28). Mais les omissions sont beaucoup plus fréquentes. Elles sont dues, dans la presque totalité des cas, au phénomène bien connu d'homæoteleute. Deux membres de phrases finissant par le même mot, l'œil du copiste a sauté de l’un à l’autre, en omettant tout le texte intermédiaire. Il a laissé échapper ainsi des passages d'étendue variée qui vont parfois jusqu à cinq ou sept lignes de l'édition de Schæll. J'ai relevé la liste de ces omissions : Nov. 1, 6, 39; Nov. 8, 69, 7: Nov. 17, 122, 25: Nov. 20, 143, 14-17; Nov. 22, 169, 36-38: 182, 7; Nov.-25, 200, 28; Nov. 42, 266, 9; Nov. 43, 271, 30: Nov. 44, 274, 12; Nov. 66, 340, 30-32; Nov. 74, 373, 27; Nov. 76,
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379, 29; Nov. 82, 401, 21; Nov. 87, 493, 25; Nov. 89, 439, G: Nov. 99, 483, 12; Nov. 101, 487, 28; Nov. 123, 613, 12; Nov. 123, 621, 4-6; Nov. 127, 633, 22; 635, 11; Nov. 1928, 637, 2, 23 ; 641, 4; 645, 29; Nov. 130, 652, 10; Nov. 131, 658, 21 ; Nov. 131, 660, 22; Nov. 135,691, 3; Nov. 137, 699, 23, 25; Nov. 147, 720, 31-33; Nov. 148, 722, 14; Nov. 149, 795, 11 ; Nov. 159, 737, 12; Nov. 743, 20, 22; Nov. 160, 744, 20. Quelques-unes de ces lacunes ne sont pas des omissions par homæoteleute, mais des passages qui n’ont probablement pas pu être lus dans le prototype par le copiste. Car il laisse un intervalle de quelques lettres vides (p. 637, 2 3; 645, 29; 658, 21: 691, 3; 722, 14; 725, 11; 737, 12; 743, 20 et 22).
Ce sont des lacunes propres à la leçon du Marcianus. Il en est quelques-unes qui remontent plus haut, qui remontent jusqu'au prototype commun à toutes les versions puisqu'on les rencontre également dans le Marcianus, dans le Laurentianus et dans les Basiliques. Elles sont de longueur et d’importance diverses. Par comparaison avec les autres sources telles que l’Authentique ou les Collections ecclésiastiques, on a noté de ces lacunes antiques, Nov. 20, ch. 5, (Kroll, p. 143, 3), Nov. 54, ch. 2, (p. 307, 15); Nov. 93, prœæmium, (p. 459, 21); Nov. 97, ch. 5, (p. 474, 16); Nov. 98, ch. 2, (p. 481, 25); Nov. 105, ch. 2, (p. 505, 23); Nov. 116, ch. 1, (p. 550, 25); Nov. 133, ch. 1, (p. 167, 17). La plus remarquable est celle de la Nov. 93, præmium, parce qu'elle provient d’une modification volontaire du texte. Cette Novelle, sur les appels, avait été provoquée par le cas d’un certain Hisychius dont le litige était pendant en appel devant le préfet du prétoire. Son nom et l'exposé, disant qu'après avoir été jugé par le: judex pedaneus, Hisychius et ses adversaires ont fait appel devant le préfet du prétoire, nous sont connus par la version de l’Authentique. Mais dans la version de la Collection Grecque cet exposé de fait particulier a été enlevé. On y a substitué une phrase impersonnelle, adréy dè xx tôv avridixov tév adroù. C'est une correction tout à fait primitive. Il n'y en a
pas d’autres semblables. Il est donc probable qu'elle a été faite avant même la composition de la Collection Grecque dans une de ces collections partielles qui ont servi à la former. Les autres lacunes communes sont sans raison apparente. |
A côté de ces lacunes importantes, de phrases ou de membres de phrases omis, on peut signaler des omissions assez fréquentes de mots. Elles sont dues à une défaillance de la mémoire du scribe qui les oublie dans sa copie. Elles portent, la plupart du temps, sur des mots accessoires, des particules, des articles, pronoms, adverbes ou prépositions, &v (p. 3, 35) vëy (p. 15, 16), ëxt (p. 25, 33), év (p. 47, 6), y (p. 50, 21), elc.; parvouévors Onkadh (p. 97, 121, &rAüs (p. 112, 16), Axfeïy (p. 476, 32), etc. Il serait oiseux et sans intérêt de multiplier ces citations.
Une corruption inverse du texte et encore assez fréquente, est constituée par les gloses ou interpolations qui y ont été insérées. Les principales et les plus nombreuses sont celles qui expliquent les mots latins par un synonyme grec. Nous avons vu que quelques-unes de ces gloses étaient encore distinguées du texte et écrites au-dessus de la ligne. Un grand nombre y ont été incorporées. Le plus grand nombre des autres gloses sont de même des intercalations de synonymes annoncés par un ÿto! ou un fyouv, (p.33, 24; p. 67, 31 ; p. 75, 40, p. 102, 21 ; p. 129, 25; p. 142, 26; p. 181, 19; p. 363, 33, 210, 26, p: 272, 39; p. 397, 21; p. 422, 2; p. 438, 3; p. 459, 9; p. 497, 30; p. 527, 20; p. 594, 6; p. 599, 3; p- 644, 26; p. 654, 22; p. 680, 36). Quelques-unes, plus importantes, ajoutent quelque chose au texte ou le modifient. Nous avons déjà cité l’interpolation qui remplace Le passage omis dans le præœmium de la Nov. 93; p. 493, 20, à roy yov, le Marcianus ajoute molelay xextauévos: p. 409, 38, il ‘ajoute xat Adyw, p. 696, 21, xat vobs rixrouévous x robtwy: p- 422, 2, une interpolation d’une ligne qui provient soit du Code, 3, 2, 5, soit de la Nov. 124, ch. 3; p. 594, 6, une autre
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interpolation qui provient de la Nov. 137. ch. 2. Nous verrons plus loin quelques interpolations qui proviennent des Basiliques.
À côté de ces gloses il est une série d'interpolations, celles-ci involontaires, rendant Le texte moins correct, redoublement de syllabes ou de mots, (dittographie), additions de pronoms, d'articles ou de particules, x ou ye constamment ajoutés et confondus. Il suffit de les signaler sans insister. Elles ne sont pas particulièrement nombreuses dans notre legon. à Les transpositions ne sont pas fréquentes. Nous avons vu les deux très importantes, tenant à l’état du prototype, qui gâtent l'ordre- du texte au milieu de la Nov. 97 et de ‘édit XIII (:). Le copiste ne les a ni corrigées ni aperçues. Les transpositions de mots sont assez rares.
En dehors des erreurs, en quelque sorte matérielles, on trouve dans le Marcianus toute la série des fautes que peut faire une copiste médiocre du xm° siècle. Fautes graphiques, tenant à la mauvaise lecture d’abréviations ou de lettres du prototype, mauvaise division de mots, fautes d'accord, fautes de prononciation. On en trouve d'assez nombreux exemples. Les plus saillantes et les plus fréquentes sont les fautes de prononciation, les iotacismes. On les à depuis longtemps signalées (?). Confusion de et, t, ot, v, n, set pour eyot, toyvet pour toyvot, xateyet pour xateyot, confusion de at et de <, enfin surtout confusion de lo et de l'o. Zachariæ à remarqué que les iotacismes sont plus fréquents encore dans la deuxième partie du Marcianus que dans la première. Nous avons déjà signalé ce point et nous.l'avons discuté (*). Il prouverait en tout cas, s’il était besoin, que ces fautes ne sont pas imputables seulement au dernier copiste mais aussi à des copistes
intermédiaires.
(he pe23.
(*) Heimbach, ’Avéxdotæ, p. LV.
(),V. p. 18 et 44.
Le modèle du Marcianus devait être un manuscrit écrit en minuscules plutôt qu'en onciales, avec un assez grand nombre d'abréviations (‘). On peut s'en rendre compte parce que le copiste a commis des confusions assez fréquentes de lettres, le 8 pris pour un x ou un v. (èxfAnfoera, éxxAnbfoerat, p. 15, 16), le y pour un 7, (xarayayetv, xavarärrety, p. 17, 9), l'« pour lo, etc. Il a aussi mal résolu des abréviations, (ras pour rarodor, p. 2, 1; Ütoxxod pour wire, p.36, 33), ete. On peut signaler encore de mauvaises divisions des mots tenant à de fausses lectures, (rapesyevdout uèy pour rapesyeuacatuev, p.65, 9). C'est une faute personnelle que ces faux accords dont nous avous signalé quelques-uns qui ont été corrigés, (yo2mua 77 Baotksix pour yrwotunv 1ÿ BasiAcix, p. 41, 11). C'est au contraire la langue de son époque qui lui fait confondre constamment oùde et otre, ve et ve, undé et ufre. Il serait fastidieux et inutile de prolonger cette énumération. On voit que le copiste n’a évité aucune des fautes communes aux manuscrits de son temps et aux gens de son espèce. On ne peut prendre son œuvre pour un original et on voit avec quelles restrictions il faut l'accepter comme la meilleure leçon du texte des Novelles.
Le texte du « Marcianus » et les Basiliques.
Il serait intéressant de pouvoir mesurer l'influence que le texte des Basiliques à eue sur le Marcianus. Nous avons déjà rencontré quelques-unes des preuves de la confrontation qui a été faite de ces deux leçons. Les gloses en offrent le premier témoignage. Elles montrent que l’un des possesseurs intermédiaires a recherché ce qui avait été reçu de son texte dans les Basiliques. Mais il est loin d’être complet. On sait que cet examen na pas amené, comme dans le Laurentianus,
(°) Kroll, Novellæ, préf., p. 1x.
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la modification du contenu de la Collection pour la mettre en harmonie avec le recueil nouveau de Basile et de Léon. Le texte ancien à été conservé, avec ses constitutions inutiles, ses Novelles dont Le texte est resté complet. Chaque chapitre a été maintenu à sa place, sans que l'on ait tenté ces rapprochements de dispositions communes que nous trouverons dans le Laurentianus à l'exemple des Basiliques.
Il n'y a donc pas eu de remaniements d'ensemble. On peut seulement remarquer des interpolations de détail. Nous avons déjà signalé celle de la rubrique de la Nov. 80. La Collection Grecque n'avait plus de rubrique dans le Marcianus et dans le Laurentianus. Peut-être avait-elle disparue parce qu'elle était latine. Elle l'est du moins dans Athanase : meet toÙ quæsilorss: Un annotateur de la leçon du Marcianus a dû noter en marge la rubrique du titre des Basiliques où avait été reçue cette Novyelle, Bas., 6, 6 : « rec téécws ataiorwpos at tv BornÜvy adtod xat rüv avrryeagéwy ». Dans une copie postérieure, celte rubrique est passée au texte.
Une seconde correction, très importante, a été faite à la Nov. 131, ch. 1. Ce chapitre énumère les quatre conciles - universels qui ont eu lieu jusqu'à Juslinien, les conciles de Nicée, de Constantinople, d'Éphèse et de Chalcédoine. Dans les Basiliques, on ajoute à ce passage l'énumération des trois autres conciles généraux qui ont été tenus de Justinien à Basile, le concile in Trullo, deuxième de Constantinople, le troisième de Constantinople et le second de Nicée. Le texte du Marcianus ne s'est pas incorporé cette énumération, mais l'annotateur a simplement corrigé le nombre r:554p07, en érr2. Le texte devient mal équilibré, puisqu' à ce chiffre de sept ne correspond que la nomenclature de quatre conciles. Le peu d'intelligence de cette correction est une preuve de ce qu'elle a été faite d’après un modèle, d'après les Basiliques.
On a cité une autre interpolation mais à tért. La Nov. 123, ch. 13, règle l’âge auquel on peut recevoir les ordres
majeurs et mineurs. Le WMarcianus, le Laurentianus et les Noailles 6
Basiliques disent 18 ans pour les lecteurs. Balsamon, dans une glose du Nomocanon des XIV Titres dit : « % vuo4 ets r\äros ebouoxouévn Aéyer yivecar avayyéarny tv ôvrx pôvoy hf » (liv. 1, tit. 28). Le texte du Nomocanon portait 20 (x'). Balsamon corrige 20 en 8 dans sa glose, en s'appuyant sur le rdv, c'est-à-dire sur un exemplaire de la Collection Grecque. Ge chiffre de 8 se trouve aussi dans la Collection des 87 chapitres (ch. 28-87) et dans les £oxa!, 30, 1. Le témoignage de Balsamon tiendrait à faire croire que la Collection Grecque, donc le texte primilif, fixait à 8 ans l'âge des lecteurs. On en a conclu (‘) que le chiffre de 18 était une interpolation qui, des Basiliques, aurait passé dans le texte du Marcianus ‘et du Laurentianus. Seulement le témoignage des autres sources détruit celte induction. Le chiffre de 18, qui est d’ailleurs le plus naturel, est aussi celui qui figure dans Athanase, Théodore, dans certains manuscrits du Nomocanon des XIV Titres et enfin dans Julien et l’Authentique. La concordance de ces sources, surtout des deux dernières, écarte toute possibilité d'interpolation. Le témoignage de Balsamon repose sur une erreur et la leçon du Marcianus est bien la leçon primitive.
[ci encore nous pouvons dire, comme pour les gloses, que la confrontation du texte du Marcianus avec les Basiliques a été très incomplète. En d’autres endroits, des interpolations, du même genre et de même importance que la première citée, auraient pu être faites. Elles ne l'ont pas été. La Nov. 115, ch. 3, $ 14, (Schæll, p. 541,17; 543, 17) énumère, elle aussi, les quatre conciles généraux. Le texte n'est pas modifié dans le Marcianus, alors qu'il l'est dans le Laurentianus. La Nov. 1, ch. 2, (Schæll, p. 6, 3), et la Nov. 53,
(‘)-Heimbach, AvéxSota, 1, p. xxx.
(*) On ne trouve plus que des parties du chapitre IT dans la synopsis des Basiliques. K., 14, 3. Heimbach les a insérées dans son édition aux Bas., 35, 8, 36. Les passages qui parlent des conciles n’y sont plus.
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ch. 6 (p. 305, 2), parlent de la Quarte-Falcidie. La réserve de l'héritier a été élevée au tiers ou à la moitié (*). Le texte de ces Novelles, dans le Laurentiannus et dans les Basiliques (Bas., A1, 4, 1; 28, 12), a été modifié. Il n'a pas été touché dans le Marcianus.
De même, les gloses ou les additions qui sont aux Basiliques n'ont pas passé dans le Marcianus. Par exemple Nov. 22, ch. 22 (p. 164, 12); Bas., 28, 14; Nov. 44, ch. 2 (p.291, 11); Bas., 22, 3, 1; Nov. 53, ch. 6 (p. 305, 18, 25); Bas., 28, 12. On pourrait noter, dans les deux textes, beaucoup de différences moins importantes, mais qui marquent la diversité des leçons.
IL est possible, au contraire, que les traductions grecques qui sont ajoutées aux mots latins du texte soient, pour beaucoup, le résultat d'une confrontation avec les Basiliques. Certaines de ces traductions sont indépendantes. Mais, en majorité, elles sont semblables. Parfois même le latin est traduit par le même mot dans le Marcianus et les Basiliques et il est traduit par un autre mot dans le Laurentianus. Il se peut qu’un annotateur ait recueilli, en marge de la tradition du Marcianus, les &£shinnouot des Basiliques.
En dehors des gloses que nous avons examinées, Kroll en note une série moins importante qui peut provenir des Basiliques (Kroll, p. 72, 29 : p-101:91: p:193:8;"p. 190,4; p. 325, 8; p. 457, 22: p. 467, 4; p. 493, 32; p. 605, 15:21; p. 606, 11; p. 654, 25; p. 673, 31; p. 697, 7). Je n'ai pas pu les retrouver toutes. Quelques-unes sont douteuses. Les autres ne sont pas très caractéristiques
(1) Zachariæ, Gesch. d. griech. rôm. Rechts, p. 202.