‹ Les Collèges d'Artisans en Droit Romain Des Effets de l'Occupation Militaire dans la Guerre Continentale en Droit FrançaisChapitre 7 sur 87 · CE A ER EU · texte numérisé non relu

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(Salluste, de Bell. jug., LXXIIT) ; quelques associations furent menacées, d’autres supprimées.

Catilina, qui avait la prétention de grouper autour de lui tous les mécontents, ne pouvait manquer de s’adresser aux corporations pour seconder sa tentative de révolution. Aussi, voyons-nous un de ses complices, Lentulus, s’efforcer d’entraîner les esclaves et les artisans (Salluste, Catilina, 50) : Dum hæc in senatu aguntur..….. liberti, et pauci ex clientibus Lentuli, diversis itineribus opifices atque servitia in vicis ad eum eripiendum sollicitabant ; partim exquirebant duces multitudinum, qui pretio rempublicam vexare soliti.

Ajoutons qu’on ne comprend pas bien, s’il était vrai que les collèges d'artisans n’ont jamais eu aucun rôle politique, pourquoi Cicéron se serait cru obligé de rassurer le Sénat sur leurs dispositions, comme il ie fait dans une des Catilinaires (Ve ne 9):

Tout cela nous semble assez probant: et il ne faut pas s’en étonner, étant donné le caractère de ces collèges, les circonstances dans lesquelles il se trouvaient placés. N'est-ce d’ailleurs ce que nous voyons se passer encore de nos jours? L’humanité, et à fortiori un peuple primitif comme les Romains, a toujours été et sera toujours le jouet des individus assez habiles pour savoir gagner ses faveurs et la dominer : les mêmes affirmations, les mêmes promesses, le plus souvent irréalisables, et ne supportant pas l’examen, réussiront toujours auprès des masses populaires, malgré les enseignements de

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l'expérience, les cruels désenchantements de la pratique, les tristes protestations de la réalité.

Comme la dit La Fontaine, — un sot trouve loujours un plus sot qui l’admire, —ajoutons, et qui se laisse duper par lui. Quoiqu'il en soit, Pimportance des collèges, au point de vue politique, nous paraît certaine; elle se manifestait surtout sous la forme des collegia compitalitia, collegia paganorum et montanorum : ces derniers avaient été supprimés par Tarquin le Superbe, mais ils durent survivre à cette prohibition, car nous les retrouvons au temps de Cicéron (V. le passage de Cicéron cité plus haut, Pro domo sua, 28). :

Quelques mots d'explication sont nécessaires sur l'origine et la nature de ces collegia compitalitia.

Leur nom seul suffit pour indiquer que ce sont des collèges de carrefour. Le compitum est, à proprement parler, une enceinte consacrée, une chapelle même, disposée dans un carrefour : c’est le sens que lui donnent les inscriptions (Orelli, 1664) et un certain nombre d'auteurs (V. Schol., in Pers., IV, 27; Schol., Crug. ad Hor., sat. IT, 3, 281). Les plébéïens n'avaient pas, comme les patriciens, des ancêtres plus ou moins éloignés, plus ou moins fameux (on peut même ajouter plus ou moins authentiques), qu'ils eussent pu élever à la hauteur d’une divinité, et honorer d’un culte spécial ; aux liens de famille, ils substituèrent les liens du voisinage, et arrivèrent à former des sortes de familles de quartier, dont les membres étaient unis par une communauté de culte. À certains jours, ils se réunis-

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saient à un carrefour, devant la statue grossièrement faconnée de leurs divinités, lares publici, — lares compitalilii, et leur offraient des fleurs et des fruits (Denys d’'Halycarnasse, IV, 14; — Suétone, Octave, 31). Chaque année, on célébrait en leur honneur les feriæ compilalitiæ, dans lesquelles figuraient les ludi compitaliti, supprimés, nous le verrons à la fin de la République, et rétablis, au dire de Suétone, par Auguste (Suétone, Octave, 31.— V. aussi Macrobe, sat., I, 7; — Pline, Histor. nat., XXX VI, 27 ; — Orelli, 2413).

Ces jeux étaient donnés à frais communs, par les soins des magistri du collège : Solebant, dit Asconius (on Pis., 4, 8, p. 7) magistri collegiorum ludos facere, sicut magistri vicorum ; faciebant compitahtios prætextali.

Dans les col'egia compitalitia figuraient tous les habitants d’un même quartier; leur origine remonte fort loin, car Pline le Jeune, parlant de la situation de Rome sous Romulus, dit: (Roma.) complexæa montes seplem, 1psa dividitur in regiones qualuordecim, compita Larium CCLXV. Comme ces associations se recrutaient dans le peuple, elles devaient avoir parmi leurs membres beaucoup d'ouvriers, de petits artisans: il.est donc bien exact de dire que les collèges d'artisans ont, surtout sous cette forme, joué un rôle politique. Subdivision de la plèbe, dans laquelle ils se recrutaient et qu’ils englobaient tout entière, ces collèges devaient être des auxiliaires désignés et précieux pour les agitateurs populaires, et leur donner une influence considérable

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dans les assemblées du peuple et les élections. Tantôt ils se contentaient de manifester leurs sympathies en désignant, comme dans ces affiches électorales que lon a retrouvées à Pompéïi, le candidat de leur choix, mais bien souvent dans des termes qui révèlent un sentiment très net de leur influence, une grande confiance dans leur force (Orelli, 3700, 3706, 4265).

Tantôt, ne se bornant plus à ces démonstrations un peu impératives, mais, en somme, assez pacifiques, ils envahissent le Forum, conduits par des meneurs, couvrent de leurs clameurs la voix des orateurs du parti adverse, allant même parfois jusqu’à les contraindre par la violence à abandonner la place, soutenant, en un mot, par tous les moyens, le candidat assez heureux pour S’être attiré leurs faveurs. Bienfaiteur ou protégé d’un collège, on était sûr de ne jamais être oublié par lui, même dans le malheur; et c’est ainsi que, lorsque Cicéron fut obligé de s’exiler en 58, les collèges qui étaient gagnés À sa cause n’hésitèrent pas à lui manifester très hautement leur sympathie et leur dévouement: Nullum erat Ilaliæ municipium, nulla colonia, nulla prœfectura, nulla Romæ societas vecligalium, nulluim collegium aut concilium, aut omnino aliquod consilium, quod tum non honorificentissime decrevisset de mea salute (Pro Sextio, 14). — Nullum est in hac urbe collegium, nulli pagani aut montant... qui non amplissime, non modo de sulule mea, sed eliam de dignitate decreverint (Oralio pro domo suu, 28, — passage déjà cité).

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On sentit bientôt combien ces associations nombreuses, remuantes, faciles à entraîner, pouvaient être dangereuses pour la sûreté de l’État, et, en vertu de ce principe, qu'aux grands maux il faut de grands remèdes, un sénatus-consulte les supprima.

Quelle est la date de ce sénatus-consulte ? Quelle fut sa portée? Quelles associations visait-il? Questions importantes, mais fort discutées.

On est loin de s’entendre sur la première question : celle de savoir à quelle époque fut porté ce sénatus-consulte.

Asconius, commentateur de Cicéron, nous donne à ce sujet le renseignement suivant: Frequenter tum etiam cœlus factiosorum hominum sine publica auctoritate malo publico fiebant….: propter quod, postea, collegia SCto et pluribus legibus sunt sublata (In Gornel., p. 75): D’après lui, ce sénatusconsulte serait de l’an 689 ou 65 de Rome. Ailleurs (In Pison., 4,8, p.7), il cite le nom des consuls alors en charge : L. Julio, C. Muarcio coss. quos et ipse Cicero supra memoravil, SG collegia sublata sunt. Mais si nous nous reportons au passage de Cicéron visé par Asconius, nous allons nous trouver assez embarrassés, car les noms des consuls qui sy trouvent sont différents. Il est vrai que les lectures varient beaucoup pour ce passage: les uns lisent (vulgate) L. Luscellium, C. Marium; d’autres (Nobbe, édition Tauchnitz, Leipzig, 1827); L. Metellum, Q. Marcium; d’autres, enfin (manuscrit d’Erfurth), L. Luscellium, GC. Marcium.

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Nous prendrons la version indiquée par Mommsen, L. Julium, GC. Marcium, qui nous parait la plus exacte. Il n’y a rien d’invraisemblable à admettre que les copistes aient confondu Luscellius et Julius, — Marcius et Marius, les seconds étant infiniment plus connus que les premiers. Et cette lecture a le grand avantage de placer le sénatusconsulte en 64, d'accord avec le passage d’Asconius qui, parlant de l’année 65, présente la dissolution des collèges comme une mesure qui intervint plus tard. |

Arrivons à notre seconde question : quelle est la portée de ce sénatus-consulte ? quelles associations furent atteintes ? |

Un bref examen des évènements qui suivirent la promulgation de ce sénatus-consulte sera très utile pour répondre à cette question.

L'histoire de Rome, à cette époque, révèle les efforts faits en vue d’arriver à la reconstitution des collegia compitalilia et au rétablissement des jeux de carrefour. Comme bien des œuvres humaines, et surtout celles qui sont en contradiction avec les idées populaires, ce sénatus-consulte ne devait et ne pouvait avoir une existence de longue durée. Ces associations étaient trop dans les mœurs, les plébéïiens y tenaient trop, pour qu’on püt espérer les supprimer sans opposition, sans résistance.

Peut-être même avaient-elles survécu au sénatusconsulte, tout au moins sous forme d'associations secrètes.

Une première tentative faite dans le sens de la

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