‹ Les Collèges d'ArtisansChapitre 114 sur 198 · Wilda, cod. loc., pp · texte numérisé non relu

Wilda, cod. loc., pp

>. Wilda, eod. loc., p. 305.

Vützthums (vicedominus) et ui payait chaque année une redevance. Il en était de même à Brême dans les rapports des tisserands de lin avec le bailli. A Halle, où les corps de métiers avaient reçu de grandes faveurs, comme à Magdebonrg, de l’évêque Wichman et choisissaient leur chef, celui-ci était tenu de faire à l’évêque un cadeau. À Cologne, au milieu du xru° siècle, alors que les gildes d'artisans sentaient leurs forces et ambitonnaient le pouvoir, il y eut discussion pour savoir si elles pouvaient choisir comme Maître un étranger à la gilde. L'évêque voulait leur imposer une restriction, mais 1l fut contraint de leur reconnaître une liberté complète. La Richerzechheit en profita pour décider que ses membres pourraient devenir maîtres d’autres corporations alliées à la vieille bourgeoisie et l’évêque qui s'était appuyé sur les artisans pour combattre cette haute classe, se vit enlever assez adroïtement son alliance’, Alors à Cologne, jusqu’à la fin du xrv° siècle, à côté des Maîtres choisis par les corporations, il y eut un grand Maître (Obermeister) de famille patricienne, comme une sorte de tuteur donné par la Haute gilde.

Cette latitude quant à la maîtrise devint avec le temps le signe d’une liberté exceptionnelle, et il fut enlevé aux artisans là où les seigneurs ne leur étaient pas absolument favorables : c’est ce qui arriva à Paris sous Charles IV. À Paris, on ne trouve de documents écrits sur les corps de métiers qu'au xn° siècle et encore ne sont-ils relatifs qu’à des corps isolés. Mais,

1 Wilda, eod. loc., pp. 322 à 325.

avant la rédaction du Livre des métiers d’Étienne Boileau, les rois de France avaient déjà donné des règlements à un certain nombre de corporations. La grande maîtrise appartenait aux grands officiers de la couronne : panetier, maréchal, chambellan, connétable, chambrier, écuyer, etc., et on peut admettre que les artisans se groupèrent d'autant plus facilement en associations que déjà ils se trouvaient sous la dépendance d’un même seigneur justicier*. Jamais ils ’arrivèrent à s'affranchir de la tutelle de l'autorité et à conquérir une indépendance aussi grande qu’en Allemagne et en Angleterre.

Le second progrès réalisé par les gildes d’artisans fut de faire passer dans le droit public et de pourvoir d’une sauction légale les dispositions réglementaires que contenaient leurs statuts. Ces statuts se composaient : d’une part de dispositions émanant de l'autorité supérieure et imposées aux corps de métiers ; d'autre part de coutumes suivies et de règlements édictés librement par les artisans. Cette distinction d’ailleurs tenait plutôt au fait qu'au droit ; car au fond, c'était toujours la volonté des associations qui faisait la base des statuts. Le rôle qu’elles jouaient dans l’organisation des services publics, et que nous avons déjà fait remarquer, rendit facile cette extension des règlements corporatifs.

Les anciennes gildes ne pouvaient se composer que

3. Histoire générale de Paris. — xrr1° siècle, — Le Livre des métiers, publié par René de Lespinasse et F. Bonnardot. Introduction pp. 1

APxXEX.

de personnes ayant payé le droit exigé pour l'exercice d'un métier. Plus tard, elles obtinrent que cette taxe municipale fût remplacée par un droit d'entrée dans la gilde en même temps qu'on obligeait tout ouvrier à y entrer. Par compensation, la corporation tout entière payait chaque année à la ville la somme que celle-ci aurait dû recevoir. La gilde y gagnait Île monopole de l’industrie, puisqu'elle pouvait refuser l'admission d’un nouveau membre pour des motifs divers et même par le simple effet d'un vote. Les conditions d'admission ne firent que se multiplier avec le temps, de sorte que le monopole se restreignit à un nombre d'individus moins considérable. A l’origine au contraire, on ne cherchait qu'à augmenter la puissance des corporations et par conséquent le nombre de leurs membres.

De leur côté, les règlements devinrent de plus en plus rigoureux. Aucun confrère ne devait louér sa maison ou son serviteur, ni travailler pour quelqu'un qui fût déjà débiteur d’un autre membre de la gilde. Pour assurer une certaine moyenne de profits, on arriva à diminuer le nombre des membres de ia corporation ou a le limiter. Au xur° siècle, on établit un tarif au-dessous duquel il était interdit de travailler. De plus, si l’on se montrait plus difficile pour recevoir les étrangers, on gardait au contraire des préférences pour les fanilles de ceux qui appartenaient à la gilde. Dans une certaine mesure ces familles en faisaient même partie, quoique aucun droit d’héritage ne {üt encore établi sur les professions industrielles.

Le fils était admis plus facilement qu'un étranger, soit après la mort de son père, soit lorsqu'il se mettait à exercer un métier à son propre compte : il avait surtoul un droit d'entrée moins élevé à payer. Parfois aussi celui qui épousait la fille ou la veuve d’un confrère entrait dans la corporation, comme dans les collèges du Bas- Empire. Les décisions des statuts sont à cet égard très diverses. À la mort de son mari, la femme ne cessait pas de faire partie de la gilde si elle pouvait exercer par elle-même son métier ; sinon, elle ne pouvait en confier l’exercice à un étranger’. Il est à remarquer que le pouvoir ne fit jamais obstacle à cette extension du lien corporatif qui tendait à s'établir dans les giides d’artisans comme dans la Haute gilde. Cela tient sans doute aux dangers moins grands que lui semblaient présenter les corporations au point de vue politique et à l’avantage que l’industrie pouvait tirer de la transmission des usages en même temps que de l'union plus intime des artisans.

: Pour arriver à réaliser ces progrès, les gildes d’artisans eurent plus d’une fois à lutter contre la bourgeoisie ou contre les seigneurs. Dans les Flandres, les contestations étaient fréquentes ; par exemple entre les brasseurs et le chapitre de Notre-Dame à Huy”, entre l’abbaye de Saint-Waast d’Arras et les boulangers qui ne voulaient pas envoyer moudre leur blé au moulin que l’abbaye leur imposait*. Plus la séparation

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