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Esprit des lois, Liv. XXX, chap. xxrr

2, Auge Thierry Considérations sur l'histoire de France, ch, rt.

haut que l'invasion franaue. A la fin de ce siècle la question prit un caractère d’érudition bien autrement sérieux dans les recherches infatigables et les publications de Bréquignv. Dans sa dissertation sur les communes", il établit des distinctions nouvelles : d’une part l’ancien municipe conservant des franchises immémoriales, de l’autre, la commune affranchie par l'insurrection et constituée par le serment ; la ville de commupe, civilement et politiquement libre ; et la ville de bourgeoisie, dotée de privilèges civils, mais sans aucune liberté politique. Toutes réserves gardées sur les nuances et les gradations de ces deux situations, c'est encore la division générale que l’on suit et que justifient tous les documents relatifs au moyen âge. Cependant la définition que donne Bréquigny de la commune, sans altérer quant au fond la valeur de ces observations, resserre du moins son point de vue trop étroitement pour la variété des faits.

Pour lui, la ville de commune est celle qui, « outre « sa juridiction propre, jouissait de l'avantage d’avoir « des citoyens unis en un corps, par une confédé- « ration jJurée, soutenue d'une concession expresse du « souverain” ». Préoccupé des idées favorites aux légistes, il ne voit de commune que dans les chartes, dans les actes authentiques, sans prêter une valeur suffisante aux faits antérieurs qui ont consülué ces groupements et ces unions des citoyens, à une époque

1. Tome XI des Ordonnances des rois de France. Préface. 2. Ordonnances des rois de France, t. XI. Préface, pp. v, vi, XXH11,XXVIF,

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où l'autorité du suzerain était elle-même peu définie.

(Ce

Il n’a point reconnu, dit Augustin Thierry, le double mouvement de celte révolution, le mouvement de réforme qui, parti de l'Italie, gagnant les villes du midi de la Gaule et travaillant sur le vieux fonds romain de leurs institutions municipales, les rendit plus libres, plus complètes, plus artistement développées, et le mouvement d’association pour la défense des intérêts civils qui, se produisant dans les villes du Nord, d’une façon plusrude, plus simple et en quelque sorte plus elémentaire, y créa des constitutions énergiques, mais incomplètes, dont les éléments hétérogènes furent pris de tous côtés comme au hasard. »

C'est le second aspect qu'Augustin Thierry lui-même

a mis en relief avec un si grand intérêt dans ses Lettres

sur l'Histoire de France, ses Considérations sùr l His-

toire de France, etson œuvre magistrale de l’Æéstoire

d'Amiens.

La cause primordiale des révolntions de communes

comme le Mans, Cambrai, Noyon, Beauvais, Saint-

Quentin, Laon, etc., se trouve dans la gilde, « cette

étrange, mais puissante association de liberté et de proteclion extra-légale, où les rites et l’esprit de ven geance de la vieille barbarie germaine s’associaient aux bonnes œuvres de la charité évangélique... La ville qui s'avisa la première de former une association de garantie mutuelle restreinte à ses babitants seuls, et obligatoire pour eux tous, fut la créatrice d’un neauveau type de liberté munici-

« pale... L'association Jurée, dit-il encore, prêta aux « cités de la France septentrionale, des Pays-Bas et « de l’Allemagne de nouvelles formes politiques et un « ressort révolutionnaire ; ies cités du Danemark, de « la Suede et de la Norvège lui durent en grande partie « l'existence et pour elles le droit de gilde fut tout le « droit municipal * ».

C’est ainsi que se résument les idées de l'éminent historien sur l’origine de la gilde, sa transformation de loi personnelle en loi territoriale et les différences de son action dans les pays scandinaves, en Allemagne, en Flandre et en France. Ce qui l’a surtout frappé, c’est le ressort révolutionnaire inhérent à ces associations. 11 lui a peut-être fait une part trop large parce qu'il n'a pas saisi assez fortement le lien qui exista presque toujours entre les gildes et le gouvernement ou le droit des cités. Leur développement pacifique à été trop sacrifié à l'intérêt du récit des épopées locales, des luttes acharnées de la bourgeoisie contre les seigneurs. C’est le simple entrainement d’un artiste qui ne résiste pas au plaisir de faire passer au premier plan un tableau dont les couleurs le séduisent. Il y a quelque chose de cette recherche dans Aug. Thierry.

On sait reconnaitre dans tous les cas la difficulté du sujet. Tant d'éléments sont entrés en lutte depuis les invasions iusque vers le x siècle qu'il serait peu aisé de déterminer avec précision leurs influences réciproques. Pour quelques historiens

r. Aug. Thierry, Considérations sur l'histoire de France, eh, v,,

l'idéal de la science consisterait en une série de mono: graphies, d’études partielles retraçant par le détail tous ces conflits et les fortunes diverses des aspirations de chaque parti. Il ne faudrait pas cependant aller jusqu'à méconnaitre le lien secret qui unit toutes les manifestations de l'esprit d'indépendance ou de l’esprit d'autorité. Tout en cherchant à analyser leurs nuances aussi exactement que le permettent les documents, il ne faut pas perdre de vue le substratum, la cause générale. Dans les villes épiscopales, le développement de l'émancipation communale ne suit pas une marche uniforme. Tandis que la bourgeoisie se révolte de bonne heure contre la domination épiscopale à Cologne et à Worms, elie n'arrive que beaucoup plus tard à agrandir son indépendance dans la vieille cité de Strasbourg.

Ici nous trouvons des familles de bourgeois privilégiés, des lignages comme les Geschlechter des villes allemandes; là ce sont simplement des associations réunissant un certain nombre d'individus, mais n'ayant pas un caractère familial aussi nettement déterminé, comme les Hausgenossenschaften d’A Ilemagne et les Paraiges de Metz. Dans une ville, l’association des bourgeois prend dès le début sa part de l’administration municipale; dans une autre, elle n’y arrive que par des efforts successifs. Entre les gildes qui se partagent la population d’une ville, des luttes aussi surgissent parfois pour la constitution ou la ruine des monopoles. Dans cette agitation universelle où s'entremélent toutes sortes de compétitions, une impulsion do-

mine, dont nous connaissons l'origine germanique et sur laquelle Aug. Thierry a eu raison d’insister : la tendance de tous ceux qui n’entrent pas dans le cadre féodal à former une association, un groupe indépendant. 1

Il est aisé de comprendre quelle variété d’observations attend l'historien du moyen âge et combien il aurait de chances d’erreur en les restreignant à l’'Ilede-France et à la Picardie. C’est sans doute cette localisation trop stricte de son étude qui a porté Aug. Thierry à exagérer le rôle révolutionnaire de la gilde. Elle était loin de constituer par sa nature même une opposition au droit commun; par son évolution graduelle elle tendait plutôt à se développer parallèlement à lui, à le perfectionner et souvent elle ie fit sans secousses violentes.

Nous n'avons parlé jusqu'ici que des rapports des gildes avec les villes. C'est qu’en effet ce fut là que se manifesta le mieux leur existence. En Danemark, le roi Olaf le Gros décida qu’elles se tiendraient dans les villes, où une maison spéciale serait affectée à leurs réunions’. Mais, plus encore que les dispositions expresses du pouvoir, l'agitation et les périls qu'entretenaient partout les invasions à cette époque du moyen àge tendaient à concentrer les ressources commerciales et les richesses dans les endroits que des fortifications ou leur situation paturelle rendaient capables d’une défense sérieuse contreles pillards.

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