Giry, eod, loc., ch
aussi le radical Xicbsted, place de marché. En Flandre enün, dès le 1x° siècle, une seule classe, en dehors de la noblesse et du clergé, commence à prendre de l'importance : celle des marchands. Autour d’eux se groupent des individus étrangers à la féodalité; c’est ainsi que se forment les bourgeoisies dont les membres se qualifient indistinctement de cives, bur-genses, poorters”.
A ses débuts, la gilde comprenait parmi ses membres les plus riches d’entre les bourgeois. Un passage du droit de Schleswig montre que, dans cette ville, il y avait deux classes de citoyens, les uns possédant une maison (Stadterbe), les autres n’en ayant pas ; à la preraière n’appartenaient que ceux qui avaient le droit de pleine bourgeoisie (Follbürger). La haute gilde n'absarbait sans doute pas tout entière cette classe riche et puissante, mais comme elle en comprenait la plus grande partie, les droits qu’elie acquérait pouvatent être considérés comme acquis par la ville elle-même; la communauté urbaine s’est longtemps confondue avec le summum convivium. À mesure que la cité se développa, d’autres gildes se formèrent, sur lesquelles la haute gilde garda d’abord une certaine prééminence en limitant le nombre de ses membres et en restreignant leur choix à quelques familles. Peu à peu le pouvoir que détenait cette aristocratie de plus en plus resserrée lui glissa des inains ; on vit se
1. Poort, mot flamand qui, après avoir signifié port, s’appliqua à toute localité commerciale. Poorter veut donc dire commercant. —
Wauters, eod, loc., p. 265.
relächer les liens qui l’uuissaient à l’administration municipale, à l’échevinat, au conseil et la commune devint alors une individuaïité distincte de toute association familiale. De son origine le droit municipal garda cependant toujours une empreiute ineffaçable, et c'est ce qui permet aux conjectures de remonter avec quelque chance de certitude des chartes des communes aux associations qui ont dû les préparer, mais dont la trace est perdue pour l’histoire. Telle est la marche générale que suivit l'évolution de la gilde dans ses rapports avec le développement des communes'. Nous allons en marquer d’une facon plus précise les nuances et les différences.
En Danemark le patriciat paraît avoir été moins accentué qu’en Allemagne ; les villes ÿ avaient moins d’étendue et de population, ie commerce moins d'importance ; les richesses étaient moins concentrées et par suite la séparotion des classes moins prononcée. L'artisan ne s'élevait pas à un degré de bien-être qui lui donnât le goût de l'indépendance et lui fit considérer comme injuste la domination de citoyens pius riches que lui ; aussi ne trouve-t-on pas dans les villes danoiïses ces luttes de partis ou plutôt de classes qui tendent à enraciner davantage dans chacune d'elles le soin jaloux de ses privilèges ou le besoin de s’affranchir d’un joug pesant. Elles conservérent toujours upe situation subordonnée à la puissance territoriale. A Flensbourg, une gilde fut fondée à la fin du
1. Wilda, eod, loc., pp. 75, 77, 81; 145, 146. — Giry, eod, loc.,
ch. v.
xu° siècle et dédiée à saint Kanut'; il en est fait mention dans le nouveau droit municipai qui régit la villle à partir de 1284. Certainement c'était là une haute gilde. Le conseil de la ville était choisi parmi ses membres el présidé par son Alterman qui jouait alors le rôle de bourgmestre. D'autres gildes, entre autres celle de Saint-Nicolas se formérent ensuite et celle de Kanut vit son influence fléchir. Au lieu d’être annuelles, les charges municipales furent données à vie et on ne put les cumuler avec toute autre fonction. La haute giide ne garda plus qu’une influence morale, assez réelle cependant. Les principaux bourgeois continuérent à en faire partie, quoique cela ne fût plus nécessaire et la maison de la giide servit toujours de lieu de réunion au conseil de la ville. A Copenhague, les bourgeois formaient sans doute aussi des associations jurées, quoiqu’on n’en ait aucune preuve directe. Ce qui le fait présumer, ce sont leurs tentatives de révolte Contre les seigneurs ecclésiastiques et les plaintes qu’en 1257 l’archevêque de Lund adressait au roi de ce qu'il laissait se réunir dans les villes de marché et les places fortifiées des gildes qui ne préduisaient que querelles, ivrognerie, meurtres, etc. Le motif réel était plutôt la crainte que lui inspiraient ces associations. Du reste, les bourgeois n'arrivérent pas à faire triompher ieur cause ; après avoir fait une paix avec l’évêque en 1254, les gildes sont de nouveau prohibées en 1296 et obligées d’abardonner tous les droits qu'elles avaient conquis’,