‹ Les Collèges d'ArtisansChapitre 122 sur 198 · Wilda, eod, loc., pp. 156 à · texte numérisé non relu

Wilda, eod, loc., pp. 156 à

À ce point de vue l'Angleterre se rapproche beaucoup du Danemark. On trouvait (sans doute comme dans les autres pays une gilde qui, par sou antiquité ou son influence, dominait les autres. Elle se composait des propriétaires fonciers, sur le territoire desquels ou près desquels s’élevaient les villes. A Cantorbéry, la condition pour devenir 4/derman était la possession d’un patrimoine (soca) inaliénable, et la réunion des propriétaires qui alteignaient ce degré de fortune formait la Gi/d of the Thanes, la gilde des barons. Comme il y avait dans cette ville deux autres gildes, par avalogie avec ce qui se passait en Allemagne, celle-ci devait constituer le summum convivium*. Mais au lieu de se fondre dès le début avec l'administration municipale, 1l semble que les gildes marchandes si répandues dans ile ont formé des organisations officieliement reconnues, mais restant en dehors de cette administration.

Londres, dans la période normande, apparaît comme une collection de petites communautés, manoirs, paroisses, patrimoines ecclésiastiques (churchsoken) et gildes, le tout tenn et gouverné selon l’usage : les manoirs se transmettant par héritage, les juridictions ecclésiastiques étant exercées sous la direction de l’évêque, du chapitre et des monastères, es gildes administrées par leurs propres officiers et gouvernant leur propriété.

Dans ies chartes de Guillaume le Conquérant et de

£. Brentano, Essay on the development of Gilds in Ængland. p, xoxir.

Henri [°, il n’est pas question de gildes de marchands dont il aurait été nécessaire de faire partie pour exercer une magistrature civile à Londres. Cependant, les lois d’Athelstane prouvent qu'une gilde y existait sous le nom de Crihien suld et qu'au temps d’Édouard elle possédait des biens avec des coutumes spéciales (with sac and socs and other customs). Certainement cette gilde, au temps de Henri I”, ne faisait pas partie de la constitution municipale organisée sous la direcüon d’un sheriff, comme dans les autres shires, et il est possible que la charte de ce roi ait créé un nouvel état de choses en substituant ce shérif à l’ancien portgerefa où portreeve, officier royal qui avait avec les marchands d’une ville des relations analogues à celles d’un évêque avec son clergé.

Dès le temps d’Édouard le Confesseur, les bourgs avaient un statut nettement déterminé, Cette précocité dans la formation du droit public tient à ce que le pouvoir royal fut toujours défini beaucoup plus exactement qu’il nel’était sur le continent. Cependant, si en théorie la gilde n’était pas le corps gouvernant, elle l'était en fait grâce à ses possessions foncières, sa juridiction et son autonomie. Comprenait-elle tous les citoyens? C’est ce que seuls peuvent dire les documents locaux. En fait, sinon en théorie, au temps de Henrill, laprésence d’une gilde de marchands était pour une ville le signe de l'indépendance municipale.

En Angleterre, les gildes s’adioignirent donc à

l'organisation cantonale, mais en se plaçant à côté

d'elle, non en se fondant avec elle pour former de deux éléments divers une nouvelle constitution. Elles restèrent lois personnelles; ce ne fut qu'à la suite de l'invasion normande qu’elles tendirent à prendre dans quelques villes privilégiées le caractère de lois territoriales comme cela arriva sur le continent. Ainsi le rôle politique paraitavoir été beaucoup moins prépondérant dans les gildes anglaises que dans celles du continent : elles étaient avant tout des gildes de marchands et, si elles acquirent peu à peu un certain esprit d'exclusion, elles ne transportèrent pas ce caractère aristocratique dans le gouvernement lui-même. Elles n'ont rien de semblable aux communautés indépendantes des marchands du Rhin et de la Franconie, à l’histoire impériale de Worms, Cologne, Francfort, aux principautés mercantiles de Nuremberg et d’Augsbourg, |

Quand on étudie celles-ci, leur influence politique est au contraire aussi évidente que leur influence sur le commerce et l’industrie. Si nous nous placons en Allemagne au xn siècle, nous voyons que la situation des villes y a déjà atteint un développement assez avancé, qu’avaient hâté dans quelques-unes d’entre elles les restes de la civilisation implantée par la colopisation romaine. Avant de lutter entre eux, pour se partager le pouvoir, les bourgeois avaient été unis dans la poursuite d’un but identique : la conquête de

1. Stubbs, Constitutional history étc., t. I, p. 404, note 2, 407, 416 et note 4, 418, 422, etc. — Aug. Thierry, Considérations sur l'histoire de France, ch. vi,

l'indépendance commune contre les princes laïques ou ecclésiastiques. À la tête de mouvement de résistance et du progrès se trouvaient les anciennes familles; le reste de la bourgeoisie suivait.

A Cologne, la haute gilde portait le nom de ARicherzechheit*, et son histoire peut servir de type pour mettre en relief le rôle politique des gildes, On ya voulu voir la survivance de lordo decurionum de l’époque romaine, mais il est impossible d'admettre que cette institution se soit transmise dans les mêmes familles, de génération en génération, pendant huit siècles. Si les membres de cette gilde portèrent le titre de consul, ce ne fut qu’à une époque tardive après beaucoup d’autres appellations qui n'avaient rien de romain. Quelques historiens out voulu la confondre aussi avec la fraternitas mercatorum dont ilestquestion au x1r° siècle; cette attribution n’est pas plus exacte que la précédente. La Richerzeche n’était pas simplement une gilde de marchands”. La Richerzeche est le nom que prit l'ancienne communauté territoriale (Mar kgemeinde), lorsqu'elle eut revêtu la forme d’une association jurée. Elle comprenait tous ceux qui possédaient un fonds de terre sur le territoire de la vilie. C'est de son sein que sortaient les échevins ; c'est à elle qu'étaient attribués les privilèges, et c'est elle qui était chargée de les garder. La paix et le droit dont

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