O. Gierke, eod. loc., p
f[ratres scabinorum (Schôffenbrüder), assesseurs et candidats au scabinat. C’est ainsi que, par ces fractionnements successifs, la haute gilde servit pour ainsi dire de souche aux principaux corps administratifs de la ville. Ces hauts fonctionnaires ne perdaient rien de leur dignité à se mêler à cette association de bourgeois et à se faire assister des conseils des principaux et des plus âgés d’entre eux. La Richerzeche prit elle-même de plus en plus un caractère aristocratique, à mesure que la population augmenta et que la liberté se répandit dans les classes inférieures. Le scabinat se trouva divisé à Cologne en deux parties : l’une qui prêtait serment à l’évêque, l’autre, nommée par les membres de cette haute gilde, et par conséquent indépendante. Les échevins installés par le Burgrave exerçaient les fonctions de juges ; la police des marchés et du commerce et d’autres affaires de second ordre appartenaient à leurs assesseurs. Ils délibéraient el légiféraient en commun et leur lieu de réunièn était appelé domus civium.
Voilà comment, après une première réforme consistant dans la constitution du scabiuat en corporation, la gilde du bourgeois s’introduisit elle-même dans celle-ci. Tous les ans elle nommait les assesseurs que l’on appela successivement boni viri, optimé cives, officiales, officiati, magistri civium, consules et qui, dans la seconde moitié du xrv° siècle, portaient indifféremment l’un ou l’autre de ces deux derniers noms. C'était là un grand obstacle à l'autocratie épisco pale, et les échevins sentirent souvent sa main s’ap-
pesantir sur eux. L’archevêque Hanno, après une révolte des bourgeois, fit crever les yeux aux échevins alors en fonctions parce qu’ils n'avaient pas défendu sa cause avec assez de chaleur".
À Francfort-sur-le-Mein, où existaient, comme nous l'avons vu, des familles analogues aux paraiges, le corps des échevins et le conseil de la ville se prenaient dans le premier ban et pour tous ces choix, c'était la famille du membre à remplacer qui exerçait une influence prépondérante si elle ne les faisait elle-même; on arriva ainsi à considérer ces charges comme des prébendes. Quand d’autres associations se formèrent, il y eut sans doute des luttes dont il n’est pas resté de traces. Le Limpurg garda toujours une situation éminente et la Frauenstein, qui en était peut-être un rameau, partagea cette influence. Cette dernière gilde n’était pas légalement l'union des membres d’une même famille, ce qui prouve qu'à cette date le gouvernement de la ville reposait non sur des lignages, mais sur des espèces de paraiges ou familles artificielles’, Ces paraiges n’arrivérent à une organisation complète qu'à une époque relativement tardive, lorsque l’ambition poussa les classes inférieures à vouloir partager les fonctions que ces familles s'étaient jusquelà réservées. La défense de leurs intérêts resserra alors les liens d’associations qui existaient déjà parmi eux. Les paraiges se perpétuèrent fort longtemps à Franc-
1. Wilda, sod. loc., pp. 180 à 191. — O. Gierke, eod. loc., p. 265. >. Wilda, eod. loc., pp. 218 à 220.
fort, mais ils dégénérerent, et au xvir siècle l'añcien Limpurg semble n'être plus guère qu'une société d’amitié et une réunion de plaisir.
À Spire, il y avait aussi une association du genre de la Richerzechheit, quoique dans les privilèges accordés par l’empereur Henri V à cette ville au au° siecle, il ne soit fait mention que des citoyens'. Comme la gilde de Kanut, à Flensbourg, celle-ci possédait au xur° siècle une maison de réunion en commun avec la corporation des monnayeurs et le conseil de la ville, ce qui indique un certain lien entre ces diverses associations. La haute gilde devait composer le conseil, comme dans les autres villes, mais des troubles survinrent en 1304 et quoique <es privilèges aient été approuvés ensuite par le roi Louis en 1330, cette giide périt : les famiiles les plus distinguées de la ville quittérent la ville ou bien entrèrent dans les différents corps de métiers ?.
Toute la première période de la vie intérieure des cités allemandes est entourée d’obseurité. Tout ce que l’on peut dire, c'est qu'elles se développèrent et s’enrichirent beaucoup sous les successeurs d'Henri l'Oiseleur. L'histoire de Cologne nous donne un exemple de ce qui se passa dans les vieilles villes épiscopales : celle de Lubeck, ville de fondation plus récente, nous présente sous un autre point de vue le
1. Îl arrive souvent que le terme générique de cives désigne les membres de la haute gilde seuls, comme à Cologne, où le maitre de la gilde était appelé magister cipium.