‹ Les Collèges d'ArtisansChapitre 128 sur 198 · Wilda, eod. loc., pp · texte numérisé non relu

Wilda, eod. loc., pp

rôle des anciennes familles de bourgeois. Luabeck fut fondée par les propriétaires mêmes du sol qui se trouvaient ainsi dès le début maîtres de la situation. On n'y trouve de haute gilde qu’au xiv° siècle: y en avait-il auparavant? Il y a ici autant de présomtions pour admettre l’affirmative que dans d’autres villes; cependant la seule preuve que l’on puisse fournir, est l’acquisition d’une nouvelle chapelle en 1379. Elle semble indiquer plutôt la restauration de celte association que sa formation; mais cel indice n offre aucune précision quant à l’époque de sa for. mation. Cette gilde était appelée Gilde de la Saïnte- Trinité, à cause du vocable sous lequel elle était placée, ou Cirkelergesellschaft à cause des insignes portés par ses membres,ou encore Junkercompagnie, ce qui indique au moins la composition primitive de propriétaires fonciers. Elle avait une grande importance politique et dans ses réunions on traitait les plus graves questions. Les membres se divisaient en trois classes : les seigneurs (Æerren), les confrères (Brüder), et les compagnons (Genossen) : à la tête de la gilde, se trouvaient quatre chefs (Schaffer), renou:velables par moitié tous les ans.

Deux autres villes qui ont également un type spécial sont les villes de Strasbourg et de Metz. À Cologne, nous voyons de bonne heure les écheviu: former une corporation indépendante et s’aftilier peu à peu à la vieille gilde des bourgeois. A Strasbourg, il n’y eut pas dès l'origine de la ville un conseil indépendant de l'autorité épiscopale : on voit cependant

dès le premier état du droit une participation aux affaires publiques partagée entre les mnisteriales et les bourgeois, selon le bon plaisir de l’évêque et sans que la réunion de ces personnes prenne le nom de conseil (Rath). Le premier document du droit municipal date de la première moitié du xrr° siècle. Avant cette époque, quoique la bourgeoisie n’eût pas un pouvoir juridiquement reconnu, le commerce était très développé à Strasbourg, et on avait dû agrandir la ville pour ce motif. Le rôle effacé de la bourgeoisie tient sans doute à ce que cette cité n'avait pas eu comme d’autres l’occasion de se révolter contre l'évêque et de mériter les bonnes grâces du pouvoir impérial. Il y avait cependant des associations de bourgeois appelées Stubengesellschafien et dont le nom indique plutôt un but de plaisir et de réunion amical qu’un but politique. Les maisons où ils se réunissaient, nommées 7rinkstuben ou Stuben, étaient bâties sur le fonds communal et ce fut plus tard l’objet des réclamations des artisans qui y virent une usurpation et la conibattirent. Dans les premières années du xr1° siècle, on rédigea à nouveau le droit municipal ; la bourgeoisie paraît alors en possession du pouvoir législatif, l'évêque n’ayant plus que le droit de confirmation des décisions prises. IL est probable qne ce conseil se forma avec le consentement même de l’évêque Conrad. A cette époque, s’il n’y avait pas une gilde unique, on trouve du moins la trace de deux familles importantes, les Muhlneimer et les Zorner, toujours en lutte. Sans révoltes, la

bourgeoisie de Strasbourg arriva donc au même résultat que celle de Cologne, car de l’article 23 des statuts de la première ville ressort l’analogie de ses échevins avec les officiales de la Richerzechheit ; daus les deux cas les échevins représentaient la commune (eine Vertretung der Gesammtbürgerschaft). Quelle part les familles dont nous venons de parler eurentelles dans ce progrès réalisé par la commune? Il est difficile de le dire; il est peu probable qu’il ait été aussi considérable qu’à Cologne.

À Metz le pouvoir était divisé entre six paraiges ou associations” : Porte-Moselle, Jurne, Saint-Martin, Port-Saillis, Outre-Seille, Commune. Les cinq premiers étaient les plus anciens. Au xnr° siècle du moins, ce sont des associations et non des familles. Une certaine latitude existe, d’après des documents de 1250 et 1281, dans le choix du paraige auquel on veut appartenir, car le fils peut opter entre celui de son père et celui de sa mère ou plus exactement de son aïeul maternel. Jusqu'en 1281, au moins, ces associations se recrutèrent librement : un accord intervint alors entre quatre d’entre elles en vertu duquel elles ne devaient pas recevoir à l'avenir de nouveaux membres. L'époque à laquelle se manifeste cet esprit d'exclusion concorde bien avec le mouvement

1. Georg Winter. Geschichte des Rathes in Strassburg von seinen ersten Spurer bis zum Statut von 1263 : Untersuchungen zur deutschen Staats und Rechtsgeschichte, I. — Wilda evd. loc., pp. 207, 208.

2. Paraticum. Parage, paraige, désigne au xn° siècle une association, une société ; en français, parage signifie : condition, association,

noblesse, famille.

général qui opéra dans la société bourgeoise au moyen âge une scission entre les classes et créa une sorte d’aristocratie. En dehors même de ces paraiges, il semble que l’on saisisse au milieu du xrrr° siècle les vestiges de quelques familles privilégiées ; mais il est peu vraisemblable que chacune des cinq associations que nous avons citées se soit composée uniquement des membres d’une même famille, car Ja tendance universelle des associations au moyen-âge est plutôt de se restreindre que de s'étendre à un plus grand nombre d'individus. Il est possible que les paraiges aient été constitués sur le modèle d’une famille, comme les conjurationes occasione parentetx proscrites au xn° siècle par Frédéric I”, ou bien que sur eux une maison plus puissante ait exercé une sorte de patronage. On n’était pas forcé d’entrer dans un paraige, on pouvait s'abstenir : mais on était tenu dans une certaine limite de n’en pas changer, surtout lorsqu'on avait exercé pour l’un d’eux une charge quelconque. En outre, ce qui paraît encore un indice plus probant du caractère primitif d’ association qu’avaient sans doute les paraiges, c’est qu'ils comprenaient à la fois des nobles et des non nobles, des chevaliers et des gens de métiers, des femmes et certains étrangers : ce cercle est plus large que celui d’une simple union familiale. Ce mélange se retrouve d’ailleurs dans beaucoup d’autres villes: à Strasbourg, Nuremberg, Ulm, ‘Augsbourg, Francfort’, et dans les familles

1. Knipschild, De juribus nobilitatis. 1693, L, 1, ch. 11, n°5 142-157.

Page 1