Bessin, Conciles, p
« quequi précède et prépare les communes, il n’est plus « question des gildes, même à titre d’associations pro- « hibées : nous ne trouvons aucun document qui en « constate l’existence. Comment d’ailleurs les com- « munes pourraient-elles devoir leur naissance à des « formes d’associations paiennes, proscrites à la fois par « les pouvoirs politiques et religieux, plutôt qu'aux « associations religieuses, encouragées, ordonnées « même par les princes et le clergé dans tout le cours « du xr° siècle? * »
Une telle appréciation prouve d’abord que l'on se rend un compie bien imparfait du rôle des gildes au moyen âge, quant à leur nombre et quant à leur caractère. Les gildes marchandes elles-même ont eu au point de vue politique une influence considérable et, plus on étudie leur développement, plus on est amené à restreindre la portée d’une action étrangère. L'Ile-de-France et la Picardie ne peuvent manquer d’avoir accueilli comme un exemple ce qui se passait si près d’elles dans les villes de Flandres et, si les documents ne nous permettent pas de faire un rapprochement plus précis et de conclure à l'existence de gildes parfaitement organisées dans les deux provinces, nous croyons au moins que le voisinage de la Flandre n’était pas indifférent à l'émancipation communale du nord de la France. Au contraire, si nous la comparons à l'institution de la Paix, nous sommes d'autant plus saisi par les différences qui les séparent, qu'on
x, Semichon, La paix et la trêve de Dieu, p. 268.
veut faire jouer à celle-ci le rôle prépondérant, précisément dans le pays où le mouvement communal a le caractère révolutionnaire le plus prononcé.
L'Église repoussait et condamnait l'emploi des moyens violents, même pour arriver à conquérir son indépendance : elle ne voulait que l'application des règles générales posées par les conciles, en vertu desquelles les églises, clercs, femmes, enfants, religieux, laboureurs, etc. doivent jouir de la paix perpétuelle. Il n’y avait là aucune atteinte au principe d'autorité ; ces dispositions avaient au contraire pour but de faire respecter la hiérarchie sociale telle que la reconnaissaientles coutumes. Ce que l'Église cherchait à éviter encore, autant et plus que les révolutions de de la classe inférieure, c'étaient les luttes perpétuelles entre les seigneurs : la preuve en est évidente quand on considère le rang des individus qui faisaient partie des unions de la paix. De là une première et essentelle différence entre ia Paix de Dieu et les astociations issues du droit germanique. La Paix cherchait à étendre et à régulariser le régime féodal; les associations, même quand elles ne se montraient pas hostiles à ce régime, servaient de base à une organisation indépendante. L'une représente la hiérarchie féodale, les autres l’autonornie.
En outre, il est difficile de voir dans des dispositions aussi générales et aussi uniformes la cause d’uve révolution qui présente des caractères si variés. Les décisions des conciles, à regarder les villes où ils se
tenaient, semblent plutôt se rapporter aux villes du