Journal des Économistes, t. XXXIV, °° série, P
Le AIR —
des ouvriers délégués à l'Exposition de 1867 : limiter le nombre des apprentis, limiter les heures de leur travail, réserver leur soirée pour l’enseignement professionnel, établir pour eux un brevet de capacité. Sur ce point spécial, nous pouvons encore citer les congrès ouvriers de Paris (2 octobre 1876) et de Lyon (28 janvier — 8 février 1878). Nous savons tout l'intérêt de cette question au‘point de vue moral et économique; nous savons aussi à quelles discussions on se livre sur la manière la plus pratique de la resoudre; loin de nous la pensée que les ouvriers doivent en être écartés ; ils sont à tous égards les premiers intéressés. Quoiqu’organisée bien imparfaitenent pour l'accomplissement de semblables projets, leur coalition peut cependant ne pas être absolument inutile. Mais nous nous refusons à admettre de leur part, comme légitime, aucune action commune sur un patron par un des mo:ens énoncés dans l’article 416.
Après la question de l'apprentissage, en viennent d’autres, comme celles du travail des femmes, du travail des ouvriers étrangers, du travail aux pièces ou à la tâche, de la durée des jouraées. En admettant que les besoins de la femme ne soient que la sixième partie de ceux de l’homme, ce qui permet de réduire son salaire à 10 minimum insuffisant pour l’ouvrier, il ne s'ensuit pas que celui-ci ait le droit de la proscrire de l'industrie. La concurrence assurément peut lui
1. Journal des Économistes, t. XLIX, 3 série, p.176. — t. I, 4° série, p. 403.
être défavorable; il! en est de même quand des ouvriers étrangers apportent un travail identique et se contentent d’un salaire moindre. L'emploi dans l’industrie de ces nouveaux auxiliaires a souvent fait avorter les grèves, mais qu'y a-t-il à en conclure ? Lorqu’on use d’un droit, il faut supporter toutes les conséquences de ses actes; si on refuse de travailler à un certain prix, ou ne doit pas trouver injuste d’être remplacé par un ouvrier qui se fait payer moins cher.
Le travail aux pièces excite davantage encore les réclamations de certains onvriers et économistes. Karl Marx, les économistes de l'École anglaise, les délégations ouvrières comme celle de l'Exposition de Vienne en 1873 se liguent contre le louage d’ouvrage et son abolition figure avec celle du marchandage dans le programme de inaintes coalitions. Pourquoi cette aversion pour un mode de rétribution si rationnel? Ce désir d’égalité absolue dars le salaire tient aù fond à une doctrine erronée dont les ouvriers tirent une conséquence logique, sans discuter la valeur des prémisses. D'après cette doctrine, formulée par Stuart Mill, le travail est en quantité limitée et le taux des salaires en raison inverse du nombre des ouvriers. Nous la réfuterons plus loin : nous ne voulons en montrer ici que les conséquences, prétextes fréquents de coalitions. |
De ce que la quantité de travail est limitée, je premier désir des cuvriers est de la répartir entre eux de façon que l’un, par une occupation plus prolongée
ou une activité plus grande, n’en accapare pas plus que
son voisin. Cette quote part individuelle se trouve aussi réduite par l’augmentation du nombre d’ouvriers ; de là réglementation de l'apprentissage. Si des ouvriers nouveaux se contentent d’un salaire moindre, les entrepreneurs s’adresseront naturellement à eux ; une certaine quantité de travail est enlevée aux ouvriers qui ne peuvent descendre, à cause de leurs besoins, jusqu’à ce minimum : le travail des femmes, des enfants, des étrangers, est donc nn vol, d’après cette doctrine étroite.
. Toutes ces craintes sont vaines, fort heureusement ; mais il y à plus, elles sont injustes lorsqu'elles devieurent pour les coalitions un motif d’oppression. Il faut s’en garder avec grand soin et chercher à éclaïrer les ouvriers sur le danger de ces erreurs doctrinales. Lorsqu’elles sont renfermées dans le domaine de la théorie, on se contente de les critiquer ; lorsqu'elles passent dans la pratique et que la liberté individuelle peut en souffrir, la loi doit alors intervenir. De là des conflits d’autant plus fâcheux que chacur pense être en possession de la vraie doctrine et lutte pour la faire triompbher.
Les coalitions et la loi de l'offre et de la demande du travail. — Le respect de la liberté individuelle est sauvegardé même en admettant le droit de coalition, en tant qu'il s’agit des conditions du travail. Cette première objection écartée, il s'en présente une autre, plus spécieuse et plus pressante en apparence. Dans le contrat qui intervient entre le patron et chacun des ouvriers, louage d'ouvrage ou
louage de services, la première des conditions nécessaires à sa validité est la liberté laissée à chacun d'eux de débattre ses prétentions. L’ouvrier demande le plus haut prix possible de son travail, le patron offre le plus bas : l’équilibre ve peut s'établir entre l'offre et la demande que si la liberté la plus complète est laissée à tous deux. Or, ce principe est manifestement
violé par les coalitions, puisque le patron n’a plus affaire à un seul ouvrier, mais à une masse quiappuie
et défend les prétentions de chacun des coalisés. Elles raréfient l'offre ou la demande et contraignent le patron ou l’ouvrier à accepter des conditions qu'il aurait pu repousser si l’autre partie ne bénéficiait pas ainsi du trouble apporté à la libre concurrence. Telle est l’objection classique de l’école individualiste, Elle a été souvent formulée depuis 1791,et, en 1875, c'est elle encore qui a motivé les conclusions du rapport présenté par M. Ducarre à l'Assemblée nationale” : Elle demande donc que nous nous y ar real assez longuement.
L'intérét de la question qu’elle pose est d’ailleurs capital, puisqu'il s’agit de la fixation du salaire. Seulement, on peut lui reprocher de n’embrasser qu'un aspect de cette question si complexe. Si nous avons posé l'objection sous cette forme, c’est que, sous cette forme aussi, elle a servi de base aux discussions parlementaires de 1849 et de 1864; on n’a guère poussé l'analyse au delà de cette limite. On se laisse généra-