‹ Les Collèges d'ArtisansChapitre 184 sur 198 · ENS · texte numérisé non relu

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gnons charpentiers et semble s’estimer très heureuse de pouvoir ainsi s’appuyer sur une association plus générale des gens du même métier. Pourquoi les syndicats ne pourraient-ils pas rendre un service analogue à celui du compagnonnage ? Pourquoi ne pourraient-ils pas servir de germe et comme de fonds commun à un certain nombre de sociétés coopératives distinctes? C’est là uue question assez importante, car ce genre de sociétés qui semblait avoir succombé aux efforts infructueux et malhabiles de 1848 prend une nouvelle faveur dans la classe ouvrière et devant l'Administration. On pourrait aider à la formation de ces sociétés en diminuant certains frais et surtout leur faciliter considérablement l’adjudication de travaux importants en remplaçant par une retenue de garantie le cautionnement exigé des adjudicataires. Le succès de ces projets ne peut qu'être activé par les associations syndicales ct entre ces deux institutions il y a un lien évident, Cependant le syndicat ne peut devenir une société de production sans remplir les formalités exigées par la loi de 1867, car on conçoit très bien que l’on exige d’une entreprise commerciale de plus sérieuses garanties que d'une association professionnelle.

Aussi les textes admis dans la suite par la Chambre et le Sénat ont-ils supprimé cette partie quelque peu étrangère au but direct des syndicats. On leur à maintenu seulement le droit de former librement des caisses de secours mutuels et de retraite; cela allait de soi. L'assistance entre ouvriers est un des premiers devoirs

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professionnels, quand on appartient à la même association. Servir pour ainsi dire de Bourses de travail et s'occuper, dans le sens le plus large, des intérêts professionnels, moraux et matériels, voilà l’objet des syndicats. Sur ce terrain ils ont beaucoup à faire: les coalilions étaient impuissantes à exercer une action semblable, à moins de tomber sous l'application de la loi, parce qu’alors elles devenaient permanentes.

Il y a lieu d'espérer que la création des syndicats de patrons et d'ouvriers amènera entre le capital et le travail des relations plus pacifiques. L'organisation des sociétés ouvrières de production amènerait la fusion de ces deux intérêts. Mais dans l’état économique et social actuel, on ne peut supposer qu’elles embrassent l’industrie entière et on doit rechercher tous les moyens accessoires d’atténuer la guerre indusirielle. Dans les questions de salaires, nous croyons que les syndicats rendront plus de services à l’une et à l’autre cause que les coalitions. Cela résulte d’abord de leur organisation même : les patrons et les ouvriers se trouveront en présence de corps constitués d’une façon régulière et permanente; c’est une garantie sérieuse pour l’exécution loyale des engagements pris de part et d'autre. En outre l’activité et le sentiment d'indépendance qui règnent aujourd’hui dans toutes les branches de l'industrie trouveront à se satisfaire dans le champ très étendu des améliorations matérielles et morales de chaque profession; ce sera sans doute une atténuation très importante de l'esprit de lutte et de l’animosité que l’on constate trop souvent

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dans les rapporis entre pilrons et ouvriers. En un mot, une organisation militante se trouve remplacée par une organisation pacifique.

Malgré l'étendue de ce point de vue et la multiplicité de ses applications, le syndicat, formé uniquement de patrons ou uniquement d'ouvriers, ne paraît pas à quelques éconcmistes le moyen le plus pratique de rappeler sur la terre ce qu'ils appellent {4 paix sociale. 1 n’y a pas selon eux d’autre moyen que la création de syndicats mixtes où d'associations intégrales comprenant à la fois les patrons et les ouvriers d'une même profession. Cette conception s'écarte assez du courant général des idées économiques pour que nous en disivns quelques mots.

Les promoteurs de ces corporations se défendent de vouloir revenir aux anciennes corporations et rétablir les anciens monopoles de production. « Ce qui man- €. que aux syndicats, tels que vous les concevez, dit « l'interprète le plus autorisé de ces idées, M. de Mun, « syndicats de patrons ou syndicats d'ouvriers, mais « isolés, séparés les uns des autres, c'est précisément « ce qui est le grand besoin, la grande nécessité de « notre temps et ce qu'il y avait au fond des vieilles « institutions corporatives : le rapprochement des « personnes, la conciliation des intérêts, l’apaisement « qui ne peut se rencontrer que dans la reconstitution « de la famille professionnelle, Ce qu'il y a dans les « syndicats actuels, c’est surtout une pensée de lutte, « un moyen de résistance contre le capital’. » Voilà

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