Ihering, Esprit du Droit rom., II
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À Rome n'existait pas cette classe moyenne qui paraît indispensable à la solidité des nations en ainorlissant le choc des deux classes extrêmes et en comblant le vide qui se trouve entre elles : on ne distinguait que les riches et les pauvres et l’aurea mediocritas ne convenait guère qu'aux poètes, comme Horace.
Au point de vue politique, une cause analogue renfermait, dès le début de l'Empire, le germe de ses révolutions, en attendant qu’elle devint l'origine de sa chute : entre la tête et les membres de ce corps immense, il n’y avait pas d’organe intermédiaire. Le prince était tout, les provinces rien ; jamais elles ne furent appelées à la participation du pouvoir d’une façon constitutionnelle et, quand la pression des barbares se fit sentir irrésistible aux frontières, l'Empire romain de lui-même se morcela. Ces deux causes générales agirent d’une façon analogue sur toutes les classes de la société, la première d’une façon plus directe sur les artisans et les ouvriers.
De tout temps les Romains s'occupèrent du commerce et sous l’Empire ils l’étendirent fort loin; mais le haut commerce seul était le fait des chevaliers et les individus d’une certaine situation sociale auraient rougi de s'occuper d'autre chose, à moins que ce ne füt l'exploitation de domaines ruraux et surtout l'usure par laquelle les provinces apprenaient à connaître la domination romaine. Le mépris du travail manuel exista toujours parmi eux et, en parlant d’une catégorie supérieure encore à celle des simples ouvriers (operarii), Cicéron dit :
« Opifices omnes in sordida arte versantur‘. »
Ce n’était pas là une idée grecque”, comme on Va soutenu en établissant entre les deux peuples voisins un rapprochement forcé, mais cette distinction entre le grand et le petit négoce on la petite industrie exista de tout temps chez les Romains. Aux citoyens romains est réservé le trafic avec ses préoccupations cupides; la boutique est abandonnée aux esclaves, aux affranchis et à la plèbe. Les erreurs économiques et sociales du temps sont développées tout au long par Cicéron : « Le salaire de l’ouvrier est « un gage de servitude. Le marchand qui achète à « vil prix et qui revend cher ne gagne que par le men- « songe et par la fraude : c’est un métier peu délicat. « Le navigateur est plus honorable : il nous apporte « de loin les denrées utiles à notre vie et, s’il est sage, « il songe de bonne heure à regagner Le port, du port « à retourner aux champs. S'il achève sa vie dàns les « soins de l’agriculture, le métier le plus digne d’un « homme libre, il aura droit à nos louanges*. »
Sans parler de lhérésie économique que renferment ces lignes, prenons note de ce préjugé que gagner sa vie par le travail des mains est un signe de servitude. En effet, ce qui avilit à Rome Île travail libre, ce fut son contact avec l'esclavage. Les riches, grâce à leurs esclaves, n'avaient pas besoin d'aller au dehors chercher la satisfaction de leurs besoins ou de