‹ Les Collèges d'ArtisansChapitre 49 sur 198 · Vopiscus, Firmus, V · texte numérisé non relu

Vopiscus, Firmus, V

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raient les provinces comme la Campanie, le Brutium, lé Samnium, la Lucanie, pour y chercher eux-mêmes les pores et le bétail qu'ils ramenaient à Rome. Les susceptores vini faisaient de même pour le vin.

Nous ne faisons qu’indiquer ici d’une facon sommaire le rôle de certaines corporations et leur raison d'être, motivée par la manière dont l'empire comprenait économiquement et politiquement l’alimentation des grandes villes. Plus loin, nous étudierons avec plus de détails leur situation et le sort qui les attendait à la décadence de cette administration dont elles étaient les indispensables auxiliaires.

Les deux influences que nous venons d’examiner n'ont en aucune façon le caractère de contrainte que revêt une réglementation administrative : elles pouvaient donc, dans une certaine mesure, multiplier les corporations, mais non en jaire une règle générale. Aussi faut-il attribuer à la politique des empereurs seule l'extension exagérée qu’elles prirent. Ces institutions, qui ne doivent être que le coroliaire naturel de la prospérité générale, furent au contraire créées en grand nombre au moment où cette prospérité faiblissait. Au lieu d’être uniquement pour la classe laborieuse un moyen d'augmenter sa force productive, elles ne furent qu'un instrument au moyen duquel le gouvernement espéra enrayer les progrès de la misère générale. Mais, sans le travail, les corporations ne sont que des formes creuses et dépourvues de toute consistance.

Sous l'empire, le nombre des esclaves diminua, soit

par des affranchissements si fréquents que les lois tentèrent d'y mettre un frein, soit par un recrutement plus difficile de la marchandise humaine, ou encore, mais ceci est plus problématique, par suite de l'influence des idées philosophiques qui se répandaient chez certaines familles aristocratiques. Les campagnes se dépeuplèrent ; leur population libre, refoulée au sein des villes par l’envahissement des latifundia et par la substitution des pâturages à la culture, ne faisait qu'y apporter la misère et y vivre chétivement au milieu de l’oisiveté, Est-ce une influence orientale qui inspira les Antonins et leurs successeurs, les portant de plus en plus vers l'habitude de la règlementation ? C’est plutôt, à notre avis, la conséquence de cette cause générale que nous avons signalée : le défaut d'une classe intermédiaire qui relie la grande richesse à la pauvreté, le centre du gouvernement à la périphérie. Ces empereurs venaient trop tard pour être des révolutionnaires ou des réformateurs, tout en restant empereurs ; hommes pratiques avant tout, le moyen le plus simple pour eux, à défaut des liens naturels, était d’en établir de fictifs pour maintenir une certaine cohésion entre les éléments de la société. Le travail languissait, il fallait maintenir de force au métier l’ouvrier. Les Antonins pouvaient avoir encore un autre but plus élevé : détruire l’oisiveté, cette fange sociale dans laquelle se plaisait une bonne part de la classe inférieure, distribuer du travail et non du pain. C’est là sans doute le caractère de la réforme économique d'Alexandre Sévère et le motif pour lequel il

fonda à Rome tant de collèges’. Mais ce but ne fut pas le seul vers lequel tendirent ses successeurs. La savante et artificielle organisation de Dioclétien ne se borna pas à l’ordre administratif. À partir du xr° siècle, il faut faire partie d’une corporation si l'on est artisan; il semble que l’on veuille enfermer dans les mailles de ce réseau le travail qui s’affaiblit, la prospérité qui disparaît. Au Bas-Empire, on écrit indistinctement #2colæ au lieu de corporati urbis Romæ”; tout est organisé ; les cadres sont nettement tracés, mais la vie, c’est-àdire la liberté les a quittés et, commele dit M. Wailon, « le travail ne s'était réparidu parmi les classes libres « que pour y apporter les obligations des classes ser- « viles*. »

Les constitutions qui règlent la situation des corporations datent naturellement pour la plupart de cette dernière époque. M. Levasseur, dans son ouvrage si remarquable sur les classes ouvrières, considére successivement les manufactures de l’Éiat, les corporations ayant pour but les services publics, enfin les corporations libres. Quoique dans l’organisation des ouvriers des manufactures il y ait certaines différences avec le régime ordinaire des collèges d’ariisans, rien ne nous empêche de suivre cette division, car ces différences elles-mêmes allèrent en s’atténuant : elles tenaient principalement au plus ou moins de liberté dont jouissaient les ouvriers.

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