Wilda. Das Gildenwesen im Mittelalter, p
sé de
année et la paix. Beaucoup d’autres succédaient ensuite en l’honneur du roi, des chefs morts, des amis, etc. Les imaginations s’échauffant au milieu de ces libations répétées, les guerriers se levaient l’un après l'autre, formant des pactes d'alliance jusqu’à la mort et Jurant d’accomplir telles ou telles actions d'éclat : l'un promet solennellement de doubler l'étendue de son domaine, l’autre d'aller avant trois hivers en Angleterre tuer le roi Adelrad, Au milieu d’une pareille exaltation, la férocité native prenait souvent le dessus et si l’on se vouait une amitié indissolubie, il arrivait que d’autres fois on se tuait. C’est aussi dans ées convivia que se formaient ces bandes pillardes dont les incursions remplissent l’histoire pendant des siècles.
Les jours de marché et de justice coincidaient sans doute avec ces grandes réunions moitié politiques, moitié religieuses. Les noces, les fiançailles, les naissances offraient encore des occasions de festoyer qu’on ne laissait pas échapper. On y déployait ur grand luxe; la bonne chère y durait des jours entiers, presque des semaines, et on se piquait de recevoir largement une véritable armée de parents et d’amis. Ces coutumes étaient tellement ancrées dans les mœurs des populations que, plusieurs siècles après, les rois cherchaient en vain par des lois somptuaires à rompre avec cette tradition de dépenses ruineuses.
Pour se rendre compte d’un attachement aussi grand à de pareils usages il faut savoir, sous ces dehors purement pittoresques, distinguer leur rôle
dans la vie juridique et publique des Germains. Le repas des funérailles, par exemple, était une prise de possession de l'héritage du défunt, une investiture s’il s’agit du trône. Quand le roi mourait, son fils convoquait les jarles ou comtes, les autres rois, la suite du défunt; le siège royal, plus élevé que les autres, restait vide; sur un de ses degrés était assis l'héritier présomptif, qui, devant l’assemblée, se levait enfin, vidait la coupe sacrée, prenait l'engagement d’accomplir une action glorieuse pour se montrer digne de son père, et prenait possession du trône. Puis le banquet commençait et les coupes circulaient à la ronde comme dans toutes les autres réunions.
On ne peut done nier l’importance considérable de ces convivia au point de vue du droit public ou privé. Que fit le christianisme en présence de ces usages imvétérés, si fortement empreints du caractère paiïen? Il lutta naturellement contre ce dernier élément, et ses efforts furent plus ou moins violents, selon qu’il accepta l'appui du bras séculier ou le rejeta pour n’agir que par la puissance de la doctrine. C’est sans doute au concile de Leptines, tenu près de Cambrai en 743 sous la présidence de saint Boniface, que fut dressée pour éclairer le zèle des prédicateurs, une liste de trente superstitions dans laquelle figurent les convivia. Les Saxons devaient jurer d’Y renoncer et, comme sanction, on lit dans les Capitulaires de Char-
lemagne' : « Si quis in honorem dæmonum come-
l'APCrr LUE Capit. de part. SALON, CT.
« derit, si nobilis fuerit 1. x sol., si ingenuus xxx, «si lidus xv persolvat. »
L'influence et les rites du paganisme cédèrent plutôt à une substitution lente et mesurée de la forme chrétienne. Le plan que traçait Grégoire le Grand à ses missionnaires était fort habile et, loin de heurter de front d’antiques habitudes, il recommandait de s'en servir pour l’affermissement de la religion nouvelle, ea les détournant de leur sens primitif. Il faut abattre les idoles, disait-il, mais non les temples « afin que « ce peuple, ne voyant pas abaitre ses temples, se « convertisse plus aisément et qu'après avoir confessé « le vrai Dieu, il s’assemble plus volontiers pour « l’adorer dans les lieux qu’il connaît déja. Et, comme « ils ont l'habitude dans les fêtes des démons d’im- « moiler beaucoup de bœufs, 1l faudra aussi mstituer « quelque autre solennité à la place de celle-ci. Par « exemple, le jour de la Dédicace des églises, le « peuple pourra se faire des huttes de feuillage au- « tour de ses temples changés en sanctuaires du Christ « et célébrer la fête par un banquet fraternel.... Car «il est impossible à coup sûr de tout retrancher « d’un seuil coup à des âmes sauvages”. » L'usage des réunions accompagnées de festins ne tomba donc pas en désuétude; on but au Christ, à la Vierge, aux saints, à la place des dieux et des héros du Wahlhalla : aux repas des funérailles on faisait venir un
1 S. Gregorii, Epist. Ho MBUIL SES Mignet De L'introduction de l'ancienne Germanie dans la Société civilisée (Mémoires de l'Académie des
sciences morales et olitiaues HIT, 673).
prêtre el on l’invitait ensuite au banquet (Seelenbier) qui devait se composer d’au moins trois personnes". La forme générale restait; l’ancienne application seule avait disparu pour faire place à un nouvel ordre de choses et d’idées.
Si maintenant nous comparons le Convivium des races Scandinave et Germanique à lo Gilde proprement dite, nous sommes saisis d’une impression différente. Chez les Germains, entre ceux que réunit un même festin, on ne trouve pas d'assistance mutuelle bien caractérisée : aux fêtes des dieux, on se rencontre par hasard et chacun apporte ses provisions; dans d’autres circonstances, ce sont des parents, des amis qui célèbrent ensemble quelque événement intéressant la famille seule, ou bien des guerriers, des nobles unis par un lien politique. En outre, aucune règle fixe ne présidait à ces banquets, sauf un certain cérémonial de table (Tafelordnung). S'il y à entre eux quelque lien commun, il ne consiste pas dans ces réunions mêmes. La gilde au contraire a plus d’extension et de stabilité; elle repose sur un engagement spécial contracté par ses membres et possède sa règle propre, des statuts que l’on jure de respecter, en prenant à témoin un saint ou quelque personnage éminent. Est-elle une évolution de la coutume que nous venons d’étudier? A-t-elle une origine propre? Et alors quelle influence a fécondé ce germe ou à simplement fait progresser cette institution déjà existante? Voilà