Wilda, pp
IL faut reconnaître que cela n’est pas invraisemblable. Si l’idée de Wilda, que nous ne voulons admettre pour le moment que comme une hypothèse est vraie, la première apparition de la gilde doit coïncider avec les prédications des missionnaires. Il est bien difficile de constater le fait; cependant l'histoire du Danemark nous porte à l’admettre. Il est curieux de voir, du moins autant que les documents historiques nous le montrent, l'apparition simultanée de la gilde et du christianisme dans ce pays à la suite des rapports des Danois et des Anglo-Saxons. Ceux-ci avaient reçu des missionnaires, comme l'Allemagne, dès le temps de Grégoirele Grand. Ce n’est qu'à la fin du 1x° siècle, vers 860, que les incursions des Danois sur les côtes de la Bretagne, simples pirateries et brigandages, prirent le caractère d’un établissement fixe. Refoulant la race Saxonne du nord-est au sud-ouest, ils fondéèrent uu premier établissement qui servit de quartier général pour leurs conquêtes et de point de ralliement aux flottes qui leur venaient du Nord. Jusqu'au milieu du x° siècle, ce ne fut que luttes et pillages, avec des ortunes diverses et des intervalles de paix relative,
L'agitation de cette période n'était pas favorable à une fusion entre les mœurs des deux peuples, malgré la communauté de leur crigine, que révelaient certaines similitudes de langage. Les peuplades scandinaves étaient restées sauvages et païennes Jusqu'au fanatisme, gardant pour la civilisation naissante une sorte de répulsion farouche, prenant pour chef celui qui ne s'était jamais reposé sous un toit de planches, celui
qui n'avait jamais vidé la coupe autour d’un foyer abrité. Se riant de toutes les tempêtes, ils étaient restés d’infatigables pirates sur la route des cygnes que suivaient leurs bateaux légers derrière le Roï de la mer. Les Anglo-Saxons fixés au sol, répartis en des divisions politiques simples, mais stables, Center, Gauen, Shires, ete., avaient été déjà plus profondément pénétrés de la seule influence pacificatrice qui existât alors. Peu à peu cependant, les Danois enrichis par leurs pillages prirent des habitudes plus sédentaires ; ils se fixèrent vers la Northumbrie.
Eu 937, lorsque le roi saxon Athelstane eut soumis à une méme règle tons les peuples qui habitaient la Bretagne, un premier rapprochement put se faire entre vainqueurs et vaincus. Mais ce calme fut de courte durée : à la fin du x° siècle, de 994 à 1002, il y eut une recrudescence d’invasions sous la conduite d’Olaf, roi de Norvège et de Swen, roi de Danema rk, autrefois devenu chrétien et retourné depuis à ses anciens dieux. Les conquêtes leur furent aisées; car ils n’avaient pour adversaire que le roi Ethelred dont les efforts se bornaient à acheter la paix avec l’or de ses sujets. C’est ainsi que Swen laissa à son fils Knut ou Kanut une puissance considérable sur le Danemark et la Bretagne, et de ce moment seulement peut dater une influence sérieuse et réciproque des mœurs saxonnes el danoises, sous la domination incontestée d’un même chef.
La sagesse de Kanut est proverbiale et il parait en effet avoir eu des idées politiques aussi larges qu’on peut le demander à un monarque de cette époque.
IT favorisa les progrès du christianisme, non seulement chez les Anglo-Saxons, mais en Danemark où les missionnaires chrétiens, malgré leurs efforts répétés depuis 822, n'avaient guère obtenu que des succès parüels et précaires, Les vieilles mœurs scandinaves, même chez les nouveaux convertis étouffaient souvent dans leur réveil sauvage ces premiers progrès; il fallut la protection de Kanut pour que, au xr° siècle, les nouvelles doctrines pussent sérieusement balancer l'influence du paganisme et activer la transformation des anciennes institutions. « L'organisation des races germaniques, dit M. Mignet‘, était plutôt guerrière que religieuse; dès que le chef s'était prononcé, le peupie suivait, mais il fallait qu’it se prononcàt. Au sud de la presqu'ile danoise l'influence chrétienne avait pu se faire sentir plus tôt et Henri l'Oiseleur fonda un évêché à Sleswig où l’'Hezlagh paraît être dans toute sa force en 1130. Mais il est probable que dans la partie la plus septentrionale la gilde ne succéda au €onvivium qu’à la suite de l'impulsion donnée par Kanut. Lui-même en Bretagne, où les gildes existaient depuis longtemps, il s'était affilié à la confrérie du Christ à Cantorbéry et la gilde d’Abbotsbury, dans le Dorsetshire, avait été fondée par son ami Orc ou Orcy et la femme de celui-ci, Tola, en l'honneur de Dieu et de saint Pierre?. »
L'hypothèse de Wilda nous paraît donc se vérifier
1. Mignet. De l'Introduction des Germains, etc. Mémoires de PAcadémie des sciences morales et politiques, t. III, p. 673.