‹ Les Collèges d'ArtisansChapitre 72 sur 198 · Wilda, pp · texte numérisé non relu

Wilda, pp

pleinement pour le Danemark dans ce qu’elle a de général, mais il nous est impossible de saisir dans une avalyse plus détaillée la transition des gildes purement religieuses en gildes constituées pour l'assistance mutuelle de leurs membres. Les faits que nous venons d'exposer établissent la coïncidence des deux apparitions de la gilde et du christianisme sur la terre classique du paganisme scandinave et du convivium:; nous ne pouvons leur demander davantage". Aussi, nous n'en tirerons pas cette conséquence que l’Angleerre est le pays où la gilde a pris naissance pour se répandre ensuite sur le continent, car nous avons vu qu’en Allemagne et en France son apparition est tout aussi ancienne.

Mais pour élucider le problème de l'influence du christianisme sur les associations germaniques, il nous reste encore à expliquer un fait qui paraît en contradiction avec ce que nous avons dit du Danemark. Il s’agit des prohibitions portées contre les gildes par l'autorité religieuse, et dans un but analogue par certains capitulaires, Pourquoi ces attaques partielles en France ei en Allemagne, tandis qu’on ne trouve rien de semblable en Danemark et en Angleterre?

Eu Angleterre on a toujours su profiter des institutions nées spontanément de l'initiative individuelle : en outre l’organisation politique de ce pays fut tou-

ujrs assez forte pour maintenir dans certaines limites cette sauvegarde des droits individuels. Dès le règne

1. Fortuyn, Specimen historico-politicum de Gildarum historia, p. 28.

d’Athelstane (925-940), comme on le voit par les statuts de la gilde de paix de Londres, les associations faisaient partie de la constitution de État. Elles sont agréées par les évêques et les gerefa du roi. On peut donc supposer que les gildes n’y eurent jamais assez de liberté et ne traversèrent pas des crises assez serieuses pour avoir quelque occasion d’abuser de leur puissance.

En Danemark, elles ne pouvaient que servir la cause de la propagation de la foi, et là encore elles se développaient sous la tutelle du pouvoir royal. Ce n'est pas à dire qu’il n’y eut pas lutte : pendant que le prêtre enseigpait le peuple, le chanteur national, le scop, attendait les fideles au sortir de l’égiise, avec ses récits qui ne célébrent que le sang versé, l'ivresse du festin, l’enlèvement des captives. Pour lutter contre lentrainement de ces souvenirs nationaux et pour réfréner les passions grossières de ceux qu'il évangélisait, le clergé tentait de leur substituer l’amour du prochain et le dévouement aux bonnes œuvres. Dans les pénitentiels de cette époque, parmi les œuvres satisfactoires imposées aux pécheurs repentants, on trouve la construction des ponts sur les fleuves, le rétablissement des routes, les secours aux étrangers, aux veuves, aux orphelins, les dons aux pauvres, etc.

Pour nous, il n’y a pas de doute que ces tentatives n’aient obtenu un grand succès et que ce soit là l’origine de bien des gildes religieuses en même temps que la cause de la transformation de toutes les autres associations. La religion nouvelle agrandit

considérablement le cercle de cette assistance mutuelle qui fait la base de toute union et d’un autre côté en fit profiter ceux mêmes qui ne faisaient pas partie de la gilde quand leur situation misérable et vécessiteuse les rendait dignes d'intérêt. La silde n’a pas le caractère guerrier et militänt de la plupart des associations nées du convivium: cette tendance est remplacée par celle de la bienfaisance. Si les gildes religieuses ont paru les premières!, il ne faut pas en conclure cependant qu’elles étaient le résultat d’une rénovation complète de l'antique esprit paien ; le clergé prit à plusieurs reprises et d'une manière générale des dispositions restrictives contre elles.

Ainsi d’une part le christianisme tendait à la formation de nouvelles gildes et, d’autre part, à certaines époques il les proscrivait. Pourquoi ces traitements divers? Voici, à notre avis, l'explication qu’on en peut donner. Les textes de cette époque ne se rapportent qu'aux vin et 1x° siècles et seulement à la France, à la Belgique et à l'Allemagne : il n’en est pas. question, à notre connaissance du moins, pour lAngleterre où les gildes existaient déjà, ni pour les pays scandinaves où la foi nouvelle n'avait pas encore de racines sérieuses. Ce sont d’abord des capitulaires d’évêques et des décisions de conciles, inspirées par le péril que ces réunions faisaient courir

g, id. p. 163. C’est la seule conclusion positive à laquelle cet auteur croit qu'il soit possible d’arriver dans cette question délicate de l’origine de la gilde,

Page 1