‹ Les Collèges d'ArtisansChapitre 74 sur 198 · Haïtwig, eod, loc., p · texte numérisé non relu

Haïtwig, eod, loc., p

pres : l'un au point de vue des mœurs, l’autre au point de vue du serment qui liait les membres de la gilde et en faisait autant de conspirateurs,.

La synonymie de conjuratio et de consptratio prouve queles unions, prohibées comme usages païens, jouaient aussi un rôle politique. Charlemagne avait exigé de tous ses sujets un serment de fidélité; par conséquent, c'était créer une occasion de conflits que de s'engager envers d’autres par des liens de même nature, Aussi est-ce un point toujours visé par les capitulaires de l’empereur :

789. « Omnino prohibendum est ebrietatis malum. « Etistas conjurationes quas faciunt per J. Stephanum « aut per nos aut per filios nostros prohibemus ‘.

794. « De conjurationibus et conspirationibus ne « fiant, et ubi sunt inventæ destruantur* .

Ce qui est encore plus caractéristique, c’est que, même dans le cas où il permet les réunions, les associations, elles ne doivent pas étre accompagnées de liens sacramentels :

779. « De sacramentis pro gildonia invicem conju- « rantibus, ut nemo facere præsumat. Alio vero modo « de eorum eleemosynis, aut de incendio, aut de nau- « fragio, quamvis convenientiam faciant, nemo in hoc « Jurare præsunal*. ;

Plus loin, nous aurons à signaler le rôle que joue-

1. Pertz, Leges, I. p. 68.c. 10. — Ce capitulaire a été reproduit par Lothaire IL. V. Pertz eod. loc. p. 442.

DMPENEZ, LES, LADA, C. JL.

9 Pertz, Lez p 370.10.

rent les gildes dans les révoltes du 1x° siècle en France et en Belgique ; nous nous contentons pour le moment de préciser le sens de ces premiers capitulaires.

Si nous passons aux sources ecclésiastiques, le point de vue change et nous nous trouvons en présence de tous les abus que Ja grossièreté des mœurs du temps introduisait jusque dans les réunions religieuses. Il ne faut pas s'étonner de voir le clergé lui-même aussi fortement empreint des habitudes du siècle ; le milieu dans lequel il se recrutait souvent et les désordres qu’avaient entraînés les innovations de Charles-Martel sont une explication suffisante des faits que nous révélent ces documents. Ils sont en petit nombre, mais ils présentent un aperçu assez exact et assez curieux des mœurs du moyen âge, pour que nous les citions dans toute leur étendue.

À Nantes se tint un concile, à une date incertaine mais qui doit appartenir au début du 1x° siècle ! selon toute vraisemblance, Dans l’un de ses canons? il chercha à tracer une ligne de démarcation entre les gildes dont il autorisait la création et celles qu'il prohibait. « De collectis, vel confratriis, quas consortia « vocant, sicut verbis monuimus, et nunc scriplis « expresse præcipimus, ut tantum fiat quanium rec- « um ad auctoritatem et utilitatem atque ad salutem « aninæ pertinct. Ultra autem nemo nec sacerdos, « neque fidelis quisquam, in parochia nostra progredi « audeat. Id est ut, in omni obsequio religionis, vide-

1. Hartwig, eod, loc, p. 135, 2, Labbe, Conciles, t, IX, col. 472, canon 15,

licet in oblatione, in luminaribus, in oratiombus mutluis, In exequiis defunclorum, in eleemosynariis et ceteris pietatis officiis. Pastos autem et comessaones, quas divina auctoritas vetat ubi et gravedines, et indebitæ exactiones, et turpes ac inanes lætitiæ et rixæ, sæpe etiam, sicuti experti sumus, usque ad homicidia, et odia, et dissensiones accidere solent, adeo penitus interdicimus ut qui contra hoc decretum agere præsumpserit, si presbyter fuerit, vel quilibet clericus, gradu privetur : si laicus est, aut femina, ab ecclesia usque ad satisfactionem separetur. » Ainsi les confréries religieuses ou de

bienfaisance sont seules permises et, pour empêcher leurs réunions de dégénérer, le concile défend de les tenir hors de la présence des prêtres et de se départir de la modestie, de la tempérance, de la sobriété et de la bonne entente qui convient entre confrères. IL prévoitavec un certain détail les cas où il sera permis de s’assembler. « Conventus autem talium confra-

trum, necesse si fuerit ut simul conveniant aut forte aliquis contra parem unum discordiam habuerit, quem reconciliare necesse sit... si contigerit ut veræ caritatis et fraternæ invicem consolationis omnes ad refectionem conveniant.... Qui voluerint eulogias a presbytero accipiant ; et panem tantum frangentes, singulos accipiant biberes et nihil amplius contingere præsumant. » Rien de plus

frugal que ces agapes; il ne faut pas croire cependant que cet idéal rêvé par les prélats assemblés à Nantes se soit réalisé immédiatement.

L'archevêque de Reims, Hinemar, au milieu du x siècle, sentait le besoin de reproduire dans un de ses capitulaires le canon que nous venons de citer ‘. Un autre texte, plus explicite encore, montre jusqu’à quel point le clergé inférieur était mêlé à la vie populaire et avait de peine à en dépouiller les habitudes”. « Ut nullus presbvierorum ad aniversariam diem, « vel tricesimam tertiam vel septimam alicujus de- « functi, vel quacurnque vocatione ad collectam * « presbyteri convenerint, se inebriare præsumat, nec « precari in amore sanclorum, nec ipsius animæ « bibere, aut alios ab bibendum cogere, vei se aliena « precatione ingurgilare, nec plausus et risus incon- « ditos et fabulas inanes ibi facere et cantare præsu- « mat, nec turpia joca cum urso vel tornatricibus « antese facere permittat, nec larvas dæmonum, quas « vulgo talamascas dicunt, ibi anteferre consentiat, « quia hoc diabolicum est et a sacris canonibus pro- « hibitum. Sed cum honestate et religione prandeat « et ad tempus ad ecclesiam redeat. Summopere « eliam quisque cavens, sicut de statu suo vult guu- « dere ut non quacumque occasione aut parem suum « aut alium quemlibet ad viam, iram vel contentio- « Dem, quanto magis ad pugnam vel cædem aliquo « verboirritet, necprovocet, nec provocatus prosiliat,

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