‹ Les Collèges d'ArtisansChapitre 75 sur 198 · Labbe, Conciles, t, X, p. 4, canon · texte numérisé non relu

Labbe, Conciles, t, X, p. 4, canon

3. C'est le mot que nous trouvons dans le canon du concile de Nantes et dans le premier capitulaire d’Hincmar, avec ses synonymes : de collectis, vel confratriis.…. de collectis quas geldonias vel confratrias vulso vocant.

« quia in talibus comissationibus et potationibus « sicut irreligiosi faciunt, semper immiscet diabolus. » Suivent des règles de bonne tenue et de politesse à observer dans les banquets, un petit code de la civilité. À ce texte si curieux, nous pourrons comparer en bien des points des statuts de gildes, miroirs également fidèles des superstitions, des jeux grossiers, des mœurs violentes et des habitudes d’intempérance qui faisaient le fond de la vie populaire. Si les chansons de gestes des ditférents cycles répandent un jour intéressant sur la classe des seigneurs et des guerriers, les textes dont nous parlons les complètent fort utilement et nous rendent le même service pour la classe inférieure que les anciens chroniqueurs laissent entièrement dans l'ombre. Au nom d’'Hincmar, nous pouvons ajouter celui de Walther d'Orléans qui reproduit à peu près les mêmes prohibitions en 858. «Si quando in cujuslibet anniversario ad prandium « presbyteri invitantur, cum omni pudicitia et sobrie- « late a procaci loquacitate et rusticis cantilenis ca- « veant, nec saltatrices in modum filiæ Herodiadis « coram se turpes facere ludos permittant..…. »

De tout ce qui précède, il résulte donc que le clergé, comme le pouvoir séculier, admettait la formation d'unions fondées dans un but religieux ou évidemment ulile à la société : aumônes, prières pour les membres vivants ou défunts, entretien des églises par les offrandes, secours mutuels en cas d'incendie et de naufrage. Toutes les autres étaient rigoureuse:

ment bannies comme œuvres diaboliques, paiennes

ou immorales et comme attentatoires à l’autorité qui s’affirmait si énergiquement par la bouche de Charlemagne. Cela ne suffit certainement pas à expliquer le développement si grand que prit la gilde, son caractère d’association fermée et la multiplicité de ses applications'. Aussi, sans repousser complètement la thèse de Wilda sur l'influence du christianisme, et tout en lui reconnaissant même une grande part de vérité, nous croyons qu'il convient de rejeter tout ce qu'elle a d’absolu, de la considérer uniquement comme un des éléments de la solution que nous cherchons et de la compléter par l'adjonction d’autres causes.

* Lorsque l'on parle des institutions issues directement du génie d’un peuple ou d’une race, et en particulier des institutions du moyen âge, on attribue fréquemment leur apparition aux nécessités du moment. Ce point de vue ne manque pas de justesse à coup sûr, mais encore a-t-il besoin d’être mieux défini. Pour notre part, nous ne croyons pas à la naissance spontanée d’une institution sociale quelconque. Il y a toujours quelque germe , souvent caché, dont les circonstances favorisent le développement, une sorte d’organisme à l’état embryonnaire qui contient déjà virtuellement les qualités fondamentales du sujet. Par conséquent, se

1. C’est la définition qu’en donne Brentano : « The brotherly ban- « ding together in close unions, which expressed itself in manifolds € ways in the mutual rendering of help and support, » On ne peut mieux résumer le type caractéristique de la gilde,

borner à étudier les agents extérieurs et leur puissance de transformation, c’est limiter son analyse à un seul des deux termes de la question; pour qu'elle soit complète, il est absolument nécessaire, quaud cela est possible, de soumettre au même examen ce germe primitif iutmême.

C'est ainsi que nous interprétons les dées de Brentano sur l'origine de la gilde‘. Pour lui, la thèse de Wilda est complètement erronée. Les confréries pPieuses qui existaient entre les religieux de divers monastères et les prêtres d’un même district dérivent du monachisme lui-même et par conséquent sont originaires du sud. Quand, de ces pays, le christianisme a passé dans le nord, il y a trouvé les associations païennes et s’est emparé de cette forme afin de se propager plus rapidement. Plus tard, quand ce domaine lui parut assuré, il commença la guerre contre Îles gildes. En résumé, le christianisme donna une grande impulsion au développement de ces associations, mais leur modele existait auparavant”. Ce modéle est la constitution de la famille qui, basée sur les liens naturels, servit comme de moule à Porganisation artificielle des associations et l’ancienne division des peuples germains en communautés plus ou

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