‹ Les colonies allemandes et leur valeurChapitre 3 sur 17 · EN AFRIQUE · texte numérisé non relu

EN AFRIQUE

Faisant peu à peu son chemin, l’idée coloniale prenait corps chaque jour, davantage, grâce à l’ardente propagande de la «Deutsche Kolonialgesellschaft ». De notables commerçants ainsi que des firmes importantes furent rapidement mis au courant du changement d’attitude du Chancelier à l’égard des questions coloniales, changement consacré par l’habileté avec laquelle il avait dirigé le Congrès de Berlin et réalisé l’heureuse formule de «la liberté du pavillon sur le grand f leuve africain ». C’est avec reconnaissance que l’on accueillit les efforts faits par Bismarck pour donner le libre accès dans le bassin du Congo aux négociants allemands. Mais on demandait plus. L’écrivain Wulffing signalait à ses compatriotes les occasions manquées en 1871 et en 1878 (en Afrique du Sud) et leur rappelait qu’il était temps d’acquérir la Nouvelle-Bretagne, la Nouvelle- Irlande, Formose, le Damaraland et de fonder des Établissements dans l’Amérique du Sud. Plus d’un chercha à suivre l’exemple de M. von Maltzan qui, avec l’appui du prince de Hohenlohe, essaya de forcer la main du Gouvernement, en constituant des sociétés commerciales dans des pays d’outre-mer et en l’obligeant à intervenir en fomentant divers incidents:

C’est, du reste, grâce à cette méthode que l’on obtint finalement

(1) SCHEFFEB, Op. C.

l’intervention du Gouvernement allemand dans les questions coloniales. La firme de transports Woërmann assurait un service régulier avec la Côte de l’Afrique Occidentale et ses intérêts étaient v assez puissants pour annoncer, d’accord avec les établissements Lüderitz, en 1882, l’intention de créer un port de débarquement sur la côte d’Afrique entre le 22° et 28° en vue de l’exploitation économique de cette côte et de son hinterland. L’Ambassadeur allemand à Londres fut chargé, en 1883, de faire connaître à l’Angleterre que. si les terres dont il s’agit n’étaient revendiquées ni par la Grande-Bretagne, ni par un autre pays, l’Allemagne se réservait d’accorder à la tentative de Lüderitz. la protection que ce dernier réclamait.

A la suite de divers échanges de notes diplomatiques, le Gouvernement Impérial spécifia à la Grande-Bretagne, le 24 avril 1884, que les acquisitions allemandes réalisées au moyçn de traités passés avec les chefs hottentots et s’étendant sur 150 milles carrés anglais, touchant à la baie d’Angra-Pequena et au nord du fleuve Orange étaient placées sous le protectorat de l’Empereur, et devenues des . territoires de protectorat « Schutzgebiete ».

La colonie du Cap ayant manifesté son intention de ne pas tenir compte des agissements allemands et d’occuper les territoires en question, Bismarck envoya deux croiseurs prendre possession des terres s’étendant du Fleuve Orange au 26e degré. Le Gouvernement de la Reine dut s’incliner devant le fait accompli.

Il semblait à tous, du reste, que c’était l’heure d’effectuer je partage de l’Afrique ; l’ère des missions était close ; la période d’expansion politique était arrivée; le 28 juin 1882; la France s’était entendue avec l’Angleterre au sujet de la répartition des régions situées au nord de la Sierra-Leone, une entente analogue entre l’Angleterre et le Portugal relative aux territoires de l’Afrique du Sud semblait imminente, de Brazza venait de créer le Congo français, tandis que l’Association Internationale du Congo étendait de plus en plus ses domaines." Aussi les particuliers et les corps élus- s’agitèrent de plus en plus en Allemagne; on ne pouvait rester ainsi en dehors de tout mouvement colonial, telle était l’opinion générale.

La signature du traité du protectorat de l’Afrique du Sud allemande ne devait être que le début de faits analogues. Des

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intérêts allemands très puissants existaient en Afrique, au Togo et au Cameroun. L’opinion publique réclama l’acquisition de ces territoires, il y eut là une procédure semblable à celle concernant le Sud-Ouest africain. L’histoire de la fondation des Colonies du Togo et du Cameroun est absolument similaire à celle du Sud-Ouest africain : dans le courant de Tannée 1883 un agent de la Compagnie Woërmann avait acheté le territoire de Malimba, au Cameroun; le 1er février 1884, au Togo, sur l’instigation de commerçants allemands, les chefs indigènes de Petit-Popo sollicitèrent le protectorat allemand. Rayonnant de ces deux centres, les Allemands firent de nombreuses explorations et acquirent un hinterland important. Ces faits furent portés à la connaissance de Bismarck, la firme Woërmann insista auprès de lui pour qu’il agit en faveur de ses intérêts. Le Chancelier ne crut pâs devoir se dérober à ces sollicitations. Malgré l’opposition anglaise, Bismarck obtint, le 29 avril 1885, la reconnaissance du protectorat allemand sur les territoires situés à Test du Rio del Rey. Ces contrées furent dénommées la région du Cameroun. En 1885, la frontière du Cameroun et de la Nigeria britannique était délimitée ainsi que celle du Cameroun et du Congo français. La colonie du Cameroun était fondée.

Au Togo, l’Allemagne obtint à la même époque, une délimitation de frontière avec le Dahomey français, et faisait acte officiel d’occupation en installant, le 21 juin 1886, un commissaire impérial à Bagaida.

Les explorateurs et les pionniers allemands, durant cette même période n’étaient pas restés inactifs sur les côtes Est de l’Afrique. En effet, à la suite d’une série de voyages d’études et d’explorations effectués dans l’Est africain, plus particulièrement dans la région de Witu et du cours du fleuve Tana, une expédition privée acquit en novembre 1884 pour la « Gesellschaft für deutsche Kolonisation », des concessions territoriales dans ces régions. La Compagnie en question obtint ensuite du Ministère des Affaires Étrangères la reconnaissance de ces acquisitions et une charte de protectorat. Le sultan de Witu accepta le protectorat allemand sur les terres relevant de sa souveraineté.

Devant les menées allemandes, le sultan de Zanzibar crqt devoir

protester et dénier toute autorité aux chefs de l’intérieur qui avaient concédé les dits territoires. Le sultan expédia, en avril 1885. des troupes sur le cdntinent afin d’y faire resp'ecter ses droits.

Mais l’Allemagne obtint de l’Angleterre la reconnaissance de la légitimité de ses entreprises (30 mai 1885), alors que le sultan de Zanzibar se prétendait souverain de toute la côte du Cap Delgado, au sud, à Warsbheich, au nord, ainsi que de l’hinterland jusqu’aux grands lacs.

Lp 7 août 1885, cinq vaisseaux de guerre allemands firent une démonstration à Zanzibar. Elle aboutit au traité de commerce du 20 décembre 1885, qui exempte de droits de douane les marchandises à destination des possessions allemandes. Le port de Dar-es- Salarn fut mis à la disposition des Allemands. Une commission anglofranco-allemande fut chargée de délimiter les possessions du sultan.

L’action diplomatique jointe à l’action des navires de guerre allemands donpa à l’Empire une vaste contrée qui prit nom de Territoire de l’Est africain allemand.

Le domaine attribué à l’Allemagne fut partagé entre la Deutsch Ost Afrikanische Gesellschaft et le Comité de Witu. Mais ces compagnies allemandes ne purent jamais réunir les capitaux nécessaires pour l’ organisation administrative et la mise en valeur du nouveau territoire.

Dès la fin de 1885, un Syndicat s’efforça de trouver le demi-million de marks nécessaire. En 1886, des postes de douane furent établis dans la colonie; mais les ressources financières restèrent très insuffisantes.

Bismarck s’était trop engagé pour qu’il lui fût possible de se résigner à la déconfiture de l’entreprise. Celle-ci obtint donc l’appui financier de l’État. L’Empereur et divers princes devinrent actionnaires et la Marine marchande participa pour un demi-million à la nouvelle corporation.

Eto février 1887, l’entreprise obtint ainsi les moyens indispensables. Le 19 octobre et le 1er novembre 1886, la délimitation fut définitivement fixée entre l’Allemagne et l’Angleterre. Le sultan de Zanzibar obtint les îles de Zanzibar, Pemba, Lamce, Mafia et dix milles marins de profondeur de côte depuis l’embouchure du Miningani dans la baie de Zunghi jusqu’à Kipini, ainsi que les localités de Kis-

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maju, Barawa, Merka, Makdischu et de Warscheih. Le sultan de Witu dut se contenter de la côte depuis Kipini jusqu’à l’ extrémité nord de la baie de Manda. Les possessions allemandes devaient être limitées au sud par le fleuve Rovuma, au nord par une ligne tirée de l’embouchure de la Wanga, jusqu’au lac Jipe et de là au milieu des territoires de Zaveta et Dechagga, en suivant le versant nord du Kilimandjaro jusqu’au Victoria-Nyanza. L’Allemagne s’engageait à ne rien acquérir au nord de cette ligne et l’Angleterre rien au sud. La région au nord jusqu’au Zana et ensuite jusqu’à l’intersection, du 1er degré de latitude nord avec le 37e degré de longitude Est fut envisagée comme sphère d’influence anglaise. Les deux puissances se proposaient d’amêner l’état de Zanzibar à adhérer à la convention du Congo; l’Allemagne promit, d’autre part, son adhésion à la convention anglo-française du 10 mars 1862 concernant l’indépendance de Zanzibar.

Le 4 décembre 1886, le sultan de Zanzibar signa cette convention à laquelle la France adhéra le 8 décembre.

Le 10 décembre, le Portugal consentit à reconnaître comme limite entre ses possessions et celles de l’Allemagne, le cours de la Rovuma, jusqu’au confluent du Mjinje, et, à partir de ce point, le degré de latitude jusqu’au rivage du Nyassa.

Le désir de l’Allemagne de se créer un véritable domaine colonial vis-à-vis de Zanzibar était manifeste. Il attira bientôt l’attention de la Grande-Bretagùe qui rappela à Bismarck l’existence de la convention franco-anglaise de 1862. Cet acte garantissait au sultan de Zanzibar l’intégralité de son domaine qu’il s’agisse de l’île même ou des terres situées sur la côte. Le Chancelier chercha d’abord à intéresser le Concert Européen à la question, il élargissait ainsi le rôle qu’il désirait voir jouer par l’Allemagne dans ces contrées, pour que,' de purement local, il devint international.

Aussi, comme ni le sultan de Zanzibar, ni celui de Witu n’étaient capables par leurs propres moyens de maintenir l’ordre dans leurs domaines africains et laissaient s’y pratiquer la traite, Bismarck en prit texte pour provoquer une intervention internationale. Des navires allemands, anglais, italiens et portugais bloquèrent la Côte Orientale en 1889.

Les troubles ayant continué, la Compagnie commerciale de

l’Est Africain obtint que l’Empire agît avec plus d’efficacité pour réaliser l’abolition de la traite et pour occuper militairement ces régions. Une expédition allemande eut alors lieu. Mais ici, le côté des intérêts purement allemands apparaissait trop pour que l’Angleterre n’en prît pas ombrage. Bismarck chercha à traiter avec la Grande-Bretagne pour obtenir les mains libres. Pour permettre une occupation effective de l’Est Africain, le Chancelier se décida à délimiter lesdits territoires en accordant certains avantages à ^Angleterre. Le 19 août 1889, le Gouvernement Impérial déclarait officiellement que « l’Allemagne considérait l’Uganda, le Wadelaï et les territoires situés au nord du 1er degré-de latitude sud comme placés en dehors de la sphère des entreprises coloniales allemandes. »

Ce premier accord fut suivi d’un second, Bismarck rendu à la vie privée, son successeur Caprivi signa l’important arrangement du 1er juillet 1890. Par cet acte, l’Angleterre cédait Héligoland à l’Allemagne, laquelle renonçait à son protectorat sur Witu et sur la Côte des Somalis. L’Angleterre restait maîtresse de territoires situés au nord de la ligne Umbe-Lac Jipe, prolongée au delà du lac Victoria, et l’Allemagne de ceux situés au sud. L’Angleterre obtint le protectorat sur Zanzibar, Pemba et dépendances et Witu, en échange de quoi elle fit abandonner à l’Allemagne les droits du sultan sur la côte et sur l’île de Mafia; la souveraineté du sultan de Witu sur le territoire qui lui avait été reconnu en 1886 fut, à cette occasion, sanctionnée par l’Angleterre.

Ce texte comportait une nouvelle délimitation du Togo et de la Côte d’Or, ainsi que du Cameroun et de la Nigeria.

La limite Est du Sud-Ouest Africain fut également définie avec plus de précision, une bande de territoire large de 20 milles devant rejoindre le Zambèse.,

En s’arrangeant avec l’Angleterre, le gouvernement allemand entendait assurer les bonnes relations avec cette puissance, estimant que les possessions coloniales ne valaient pas. le risque d’un conflit même latent.

La France ne donna son assentiment à la modification de la situation dans l’Est Africain qu’en obtenant de l’Angleterre la reconnaissance de son protectorat à Madagascar.

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